PORTAIL DE I. ÉGLISE DE SANTA M A H I A UONTBFALCONE DEL SANNIO
1. L'église de Canneto a été indiquée par Schulz, qui décrit assez inexactement les sculptures du' portail (II, p. 49). L'église de Santa Maria délia Strada a élé indiquée par M. A. Perella (revue Arte c Storia, 1888, p. 118). M. Avena a récemment publié des photographies de cette église, dues à M. l'ingénieur Magliano (Monumcnti deWItalia méridionale; Relazione dcll'b'fficio rer/ionale, Naples, 1902, p. 166-168).
2. Dans la nef de Santa Maria di Canneto, lesarcades en plein cintre sont portées, d'un côté, par des piliers rectangulaires, de l'autre, par des colonnes antiques coupées à mi-hauteur. L'église de Santa Maria délia Strada a des piliers ronds en pierre d'appareil. La nef de cette dernière église a été couverte au xiv° siècle de voûtes d'ogives, qui reposent sur des culots encastrés dans le mur, au-dessus des chapiteaux des piliers.
3. Le campanile de Santa Maria di Canneto s'élève près du chevet; celui de Santa Maria délia Strada près de la façade .
4. Aujourd'hui Santa Maria di Faifoli, près de Montagano (Corpus inscr. Int., IX, p. 237).
LE COMTÉ DE MOLrSE ET LA BASILICATE 513
représentent que des monstres, des cavaliers et des chasseurs, aussi informes que les graffltti rupestr-es qui ont été retrouvés dans le Sahara. Il est difficile de dater des œuvres aussi primitives. L'abbé Raynald, donl le nom est gravé sur le portail de l'église de Canneto, n'a laissé aucune trace dans les chroniques. Mais, à en juger par la petite rose de Santa Maria délia Strada, qui est flanquée de deux demi-ligures de bœufs et surmontée d'un aigle en ronde bosse, il est probable que cette église n'est pas antérieure au xin" siècle.
Fig. 226. — Église de santa ma n i a della strada, prèb hataice.
Sous le règne des derniers rois normands ou de Frédéric II, le décorateur des deux églises de Canneto el de Santa Maria della Strada, le seul artiste peut-être que la Molise ail produit avant la période angevine, était littéralement un sauvage.
La Rasilicate n'était pas restée, comme la Molise, en dehors de l'activité commerciale et de l'histoire vivante. Le mont Vulture, qui est le centre géographique de l'Italie méridionale toute entière, en devint, au milieu du xie siècle, le centre historique. C'est sous les murs de Venosa que le sort de la domination byzantine en Italie se décida dans une bataille suprême ; c'est Molli, la « porte île l'Apulie », que les Normands vainqueurs choisirent pour capitale
des provinces à demi domptées. Jusqu'aux premières aimées du xue siècle, Melli resta la citadelle des ducs d'ApUlie, et Venosa leur nécropole. Puis le charme oriental de la Sicile retint les conquérants du Nord loin des montagnes austères parmi lesquelles ils avaient trouvé la victoire : c'est Païenne qui, après la fondation du royaume de Sicile et d'Apulie, posséda les palais et les tombeaux des rois1.
Pendant le temps où la région dominée par le mont Vulture avait été le premier siège de la puissance normande, les Bénédictins français, attirés à Venosa, avaient commence de bâtir, à la suite de la primitive église de la Sainte-Trinité, une grande église qui devait rappeler les édifices les plus importants de la Bourgogne ou du midi de la France. Le plan de l'église bénédictine de Venosa fui reproduit par l'architecte de la cathédrale d'Acerenza; mais ce dernier édifice resta une imitation isolée d'un modèle étranger. L'art français et « clunisien » ne fut point admis dans les murailles de Melli. Cependant la ville bâtie au pied de Vulture, en perdant son rang de capitale, avait conservé de l'éclat el de la vie. Au cours du .\uc siècle, elle s'embellit d'une série de monuments. La plupart de ces monuments ont été ruinés de fond en comble par uni' suite do tremblements de terre, dont le dernier abattit toutes les églises, le M août 1851. Un seul des édifices du moyen âge, le plus haut et le plus ancien, a défié les secousses les plus désastreuses et est resté debout au-dessus des ruines amoncelées: c'est le campanile de la cathédrale, qui parle encore de la grandeur passée de Melfi.
La tour est rectangulaire ; son troisième étage, qui était autrefois couronné de créneaux dentés -, supporte un lanternon octogonal, coiffé d'une pyramide aiguë. Une plaque de marbre, encastrée à la base de l'édifice, porte une inscription qui donne la date de 1153 et les noms de ceux qui ont contribué à l'audacieuse construction. Le campanile de Melli est une fondation à la fois royale et municipale. Les deux rois de Sicile, Roger et (inillaume 8, dont le nom n'est attaché à aucun des grands édifices de la Terre de Bari, ont donné l'ordre d'élever dans la cité qui avait été la première conquête des aventuriers, leurs ancêtres, un monument destiné à témoigner de la munificence des souverains de Païenne. La construction fut terminée par l'évêque de Melfi, Roger, avec l'aide du peuple de la ville, aussi attaché que le peuple des villes apuliennes à ses libertés ''.
Une seconde inscription, placée au premier étage de la façade méridionale delà tour, fait connaître le nom de l'architecte, Noslo Remerii, qui travaillait à la construction en 1153,
1. F. Lbnobmant, A travers VApulie et ta Laçante, I, p. 173 ; — G. Fortunato, Rionero médiévale, Trani, 1809, p. 15.
2. G. Aranko, Notizie storiche delta ciltù di Melfi, Florence, 1866, p. 78, n. 1.
3. Guillaume ne succéda à son père Roger qu'en 1 151 ; la dale de 1 153 a été gravée tout d'abord sur l'inscription du premier étage, où le roi Roger est seul mentionné; celte même date a été reproduite par erreur sur l'inscription qui nomme Guillaume a côté de Roger. Voir les notes suivantes.
4. f HOC OPUS BBGIUM RBG1NA CELI COHENDET QuOD EX PBBCBPTO ET SALA RIO 1NV1CTÏSS1MI RECIS ROGBRIl El FlLU EJUS GL0RI08ISS1MI REGIS
\\(illelmi} presul Roo(m'us) cum fideli populo Melfiensi Fblici Exrru coNSUMAVrr. Anno pomim MCLIII. Cf. Gilstiniani, Dizionario georj .-rarjionato del Reyno diNapoli, V, p. 426 ; — ScHOXZ, I, p. 328 et n. 3.
au compte du roi Roger1. Ce nom semble être de souche normande; mais rien ne permet de croire que l'artiste qui le portail fût venu directement de Normandie. La décoration appliquée à la masse puissante du campanile est de celles qui étaient inconnues, au xn" siècle, dans l'Ouest de la France. Des incrustations composées de morceaux de marbre blanc oL de lave noirâtre dessinent de larges bandeaux entreles étages cl des encadrements autour des fenêtres géminées. A droite el à gauche des fenêtres supérieures, d'énormes silhouettes de griffons, remplies d'une mosaïque de lave sombre, se détachenl sur le calcaire de l'appareil. Ces incrustations de couleur neutre rappelleront celles qui décorent le chevet de l'église basilienne de Santa Maria de] Patir (fig. 43, p. 126) : on pourrait supposer que ce système de décoration témoignât, eu Basilicate comme en Calabre, d'une influence sicilienne, el ipic l'architecte Noslo eût été envoyé de Païenne par le roi Roger, fondateur du campanile de Melfl. Mais l'architecture de ce campanile diffère totalement de celle des plus anciens campaniles de Païenne, tels que la tour élevée «levant l'entrée de la Martorana. Il faut remarquer, de plus, que des incrustations polychromes se sont conservées à l'extérieur de plusieurs églises d'Apulie, qui n'ont rien de commun avec l'art sicilien: les mosaïques géométriques disposées sur la façade de la cathédrale de Troja, au-dessus des arcat lires, et sur le chevet de Saint- Nicolas de Bari, autour des fenêtres, ont beaucoup d'ana- Fi« m. logie avec le décor du campanile de Melfl ; sur une muraille extérieure de l'église San Benedetto de Gonversano court un bandeau orné de palmëttes en pierres de couleur, et sur l'une des tours d'abside de cette église un griffon est ligure par une mosaïque de menues pierres et d'émail3. Toutes ces décorations diffèrent moins par le style que par les matériaux employés de la décoration du campanile bâti par l'architecte Noslô. Il est possible qu'à Melfi, comme en Apulie, les incrustations appliquées à l'extérieur des édifices ne soient qu'une adaptation locale d'un procédé de décor familier aux architectes de l'Orient chrétien, qui composaient avec les briques des dessins
■ Campanile de la
DE BIELP1 (1 I53j2.
Régi Rogebio, Anno'AB tncarnatù Noslo Rembrii fecU hoc -t.
lem Xristi w:\.\i
Cette inscription a été
opiée pour la première fois par F. Lrnormant (.1 travers F Apulie et In Lucrnii,- 1 n |74i Gazette archéologique, 1 883, p. 22). fac-similé donné par Lenormanl est entièrement conforme à celui qu'a publié récemment M. Guabini [dapoli nobilissima, IX, 1900, p. 136).
2. Le campanile de Melfi a été reproduit pour la première fuis, d'après une peinture à l'huile fort exacte, dans un article de M. lî. I.roce (Napoli nobilissima, II, 1893, p. 182, De. 29).