DE SAN PELL1NO, PRES PENTIMA
l'état où il se trouvait sous le règne de Charles I" d'Anjou, est composé de deux églises d'époque différente, soudées l'une à l'autre. Le plus ancien des deux monuments est dédié au pape saint Alexandre. Il a la forme bizarre d'un transept isolé, qui ne fait point suite à une nef. et qui est fermé de tous côtés par des murs anciens. Ce transept est flanqué, vers le levant, d'une abside large et basse, voûtée en cul-de-four, et, vers le sud, d'un campanile rasé au-dessus du premier étage (fig. 239). Le chevet, dont une partie seulement se trouve masquée par une chapelle moderne, a gardé son aspect primitif. Les bandes verticales qui font saillie sur le campanile et sur l'abside se terminent à leur partie supérieure par un ornement de relief accusé et de décor classique, qui est la copie d'un morceau d'architrave
1. P. Piccifulli, Rasscgna Abrutxese, III, 1899, p. 26 et 27 (plan). Cette église est citée en 1 1 38, dans une bulle d'Innocent Il : elle a reçu en 1240 un ambon, qui a été transporté dans l'église de I'rala, et qui sera décrit plus loin.
antique; un entrelacs natté, qui court au-dessus des denticules et des oves, est comme la signature du marbrier du moyen âge1. Les modillons alignés entre ces bandes et ceux qui forment une corniche au-dessus du toit de l'abside, sont grossièrement ornés de rosaces très simples, de feuilles plates et de figurines aussi informes que les gravures qui ont été incisées à la fin du xi° siècle sur les piliers de Santa Maria in Valle Porolaneta. Cette construction et celte décoration peuvent appartenir à la cathédrale bâtie vers 1080, par un évèque de Valva, appelé Transmundus, et qui élait fils du comte des Marses2. Autour de l'église de Sanl'Alessandro, le sol s'est notablement exhaussé : le pavement de l'église se trouve en contre-bas de plus d'un mètre. Môme en tenant compte du niveau ancien, l'église paraîtra, à l'intérieur comme à l'extérieur, singulièrement liasse et trapue. Contre les parois intérieures s'élèvent des demi-colonnes appareillées, qui s'adossent à de hauts pilastres et qui portaient les fermes de la charpente11. Ces colonnes ont pour couronnement des morceaux d'architrave imités de l'antique, vers la fin du xi" siècle, comme ceux que l'on a vus à l'extérieur de l'abside. Deux des colonnes adossées font partie intégrante du mur qui clôt le transept, sur la face du monument où aurait dû s'ouvrir un arc triomphal; ces colonnes sont postérieures de peu d'années à celles qui se dressent à droite et à gauche de l'énorme haie de l'abside. Il est clair que l'église de Sant'Alessandro a reçu de. bonne heure la forme singulière qu'elle a gardée: celle d'un transept sans nef. Cette église est, selon toute vraisemblance, une cathédrale inachevée : l'argent manqua peut-être pour terminer sur un plan trop vaste le monument isolé non loin duquel Sulmona élevait à la lin du \r une cathédrale rivale. L'édilice fut fermé brusquement par une clôture de pierre qui permit de le livrer au culte : son plan dessine encore sur le sol les bras d'une croix qui n'a jamais eu de pied.
Quand les travaux furent repris, l'édifice, que l'on peut attribuer à la fin du xie siècle, demeura dans l'état où il avait été laissé. Il est probable que les architectes trouvèrent l'église primitive trop basse pour les nefs qu'ils concevaient. A côté de l'ancienne cathédrale fut fondée une église à trois nefs, qui devait s'élever au-dessus de sa voisine de toute la hauteur de sa nef principale. L'axe du nouvel édifice prit une direction parallèle à celle qu'aurait eue la nef dont les piliers étaient restés à l'état de projet ; le mur qui ferma le bas-côté et qui était frappé par le soleil du midi s'appuya à l'un des angles de l'édifice inachevé. Les mesures furent prises de telle manière que l'ancienne église se trouva soudée perpendiculairement au milieu du vaisseau de la nouvelle, comme une annexe démesurée ' :
1. I.a corniche de l'abside est formée de même par une suite régulière de denticules et d'oves que surmonte un ruban continu d'entrelacs.
2. Sur l'un des blocs romains qui forment la base du campanile, l'inscription suivante, qui a échappé à Schulz et à Hindi, est gravée à enté d'inscriptions antiques : VGO HOC F. OPVS. l.e nom d'Ugo est peut-être celui du comte qui donna à l'église de Valva, vers 1090, une urne de bronze destinée à recevoir les reliques de saint Alexandre (Sciiulz, 11, p. 57; Hindi, p. 767). Le bloc qui porte cette inscription semble d'ailleurs avoir été réemployé dans la construction du campanile, en même temps que les matériaux antiques pris aux ruines de Corfinium.