‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 326 sur 433 · FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II

achever le développement qu'elles avaient commencé de prendre dans la période d'anarchie où, entre les Grecs, les Lombards et les Normands, elles étaient devenues de véritables villes libres. Frédéric II savait trop bien quels dangers faisaient courir à son autorité les villes lombardes pour laisser à la personnalité collective d'une ville les libertés qu'il enlevait aux familles féodales. Les franchises municipales, déjà limitées par Roger et Guillaume 1", à la suite de soulèvements qui avaient agité presque tout le royaume, furent réduites à néant par Frédéric II Mais à l'initiative qui favorise les énergies spontanées l'empereur suppléa par une organisation raisonné© de toutes les forces vives de son royaume '.

Dans la monarchie unitaire, dont Frédéric II réalisa le premier exemple accompli, l'autorité et la pensée de l'empereur s'exerçaient d'un bout à l'autre de son royaume de Sicile par l'intermédiaire d'une hiérarchie de fonctionnaires. La plupart de ces officiers royaux étaient des hommes de loi ; les plus puissants d'entre eux portaient le titre de maître-justicier. Quant aux conseillers de l'empereur, à (.'eux dont il lit ses ministres, c'étaient des légistes de l'Italie méridionale. Pietro délia Vigna, né à Cajazzo, près de Capoue, Taddeo de Sessa, Roffredo de Bénévent. Alors, les hommes de loi, avec les médecins, formaient en Italie la caste des esprits qui, connaissant d'autres mobiles d'action que la force et la foi, étaient, dans la vie publique, les plus capables de se gouverner par la raison. Avec leur collaboration, l'empereur s'appliqua à faire produire aux pays d'Italie dont il était maître ce que l'esprit de méthode pouvait y développer de richesse intellectuelle et de bien-être matériel. Tout en donnant à l'Ecole de Salerne le rôle d'une véritable Université royale, dont le diplôme était nécessaire pour l'exercice de la médecine, l'empereur créa de toutes pièces, l'Université de Naples, qui, pour l'enseignement du droit, devait, dans sa pensée, rivaliser avec Padoue, et attirer même les étudiants de l'Italie du Nord. On connaît l'intérêt que Frédéric II prit aux problèmes scientifiques et philosophiques et les questions qu'il fit poser sur la métaphysique d Aristote aux savants arabes de l'Espagne. Ce n'est qu'à la cour impériale que la poésie en langue vulgaire fleurit au xm" siècle dans l'Italie du Sud. Le souverain s'intéressait aux questions les plus pratiques comme aux spéculations les plus désintéressées. Le poète impérial était doublé d'un administrateur vigilant, qui, au milieu des soucis des guerres qu'il dut préparer sans trêve, sut faire prospérer pacifiquement ses domaines. Frédéric eut, dans les diverses provinces de l'Italie méridionale et de la Sicile, des fermes et des haras modèles auxquels étaient préposés des officiers royaux. Il eut aussi des vaisseaux qui faisaient pour son compte le commerce de l'Orient el des Pays barba resques. Le grand empereur fut un grand propriétaire, qui, entre deux batailles, envoyait un ordre pour la vente des bestiaux ou le choix des étalons, et un grand commerçant qui connaissait le cours du blé, avec les causes politiques de ses fluctua-

i. Voir les textes eara< Imsliques cités par Winkelmann : « Ex digaitate regiminis, quod mandamus in terris, non lam oostris «juam aostroram lïuYIium utilitatibus volumus providere, cum nostra intersit locupletea habere subjectos... >■ 'De regni siculi administrations, p. 49).

tions1. Dans les actes les plus variés de son administration se manifeste le mobile de sa vie, qui a été, selon "ia forte expression de Huillard-Bréholles, « un goût inné pour la civilisation »-, c'est-à-dire pour le progrès par la raison. A plus d'un de ses contemporains et môme de ses ennemis Frédéric II apparut comme un civilisateur de l'Italie3.

Les sources d'énergie entretenues dans l'Italie du Sud par l'administration savante de Frédéric II se répandirent en activité artistique. L'art local qui s'était développé en Campanie et en Apulie, pendant le cours du xii" siècle, achève d'acquérir toute son ampleur et toute sa richesse dans la première moitié du siècle suivant. Parmi les monuments du règne de Frédéric 11. la plupart sont encore l'œuvre des villes; quelques-uns sont des fondations de l'empereur.

M a été possible d'analyser en détail l'art de l'Italie du Sud pendant la domination normande, sans rappeler qu'en passant les noms des rois de Païenne. Mais, lorsque la cour se transporte avec Frédéric II dans les provinces continentales du royaume, les résidences de l'empereur deviennent des centres nouveaux de civilisation et do luxe. A côté des monuments qui ont été exécutés par des clercs et des laïcs qui avaient dû leur éducation artistique aux architectes et aux décorateurs du xu" siècle, d'autres monuments sont destinés à satisfaire le goût d'un souverain plus curieux de nouveautés et plus savamment cultivé que ses sujets et ses courtisans. Sous le règne de Frédéric II, l'Italie méridionale, où l'art monastique de souche italienne et d'imitation byzantine achève de s'éteindre, va produire, à côté de l'art provincial, un art impérial.

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