‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 337 sur 433 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Le mur de la façade, stuqué au débul du xvnr siècle, a été de nos jours incrusté de mosaïques,

L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIII' SIÈCLE 617 portique 1 : il est entouré d'une file de colonnes, accouplées deux à deux, dont les fûts minces, en marbre blanc, portent de simples chapiteaux cubiques. Sur la paroi légère qui s'élève au-dessus des colonnes, de larges arcs en tiers-point, bandés de trois en trois colonnes, forment par leur entre-croisement une arabesque ajourée et dentelée. Deux cloîtres identiques à celui delà cathédrale se voient encore sur les deux massifs de rocher entre lesquels sont comprises la ville et la « marine ». L'un, le plus grand, a fait partie de l'abbaye

Fie. 278. — CLoiinE de ban pietro a

(hôtel des Capuecihi), amalpj

bénédictine de San Pietro à Toczolo ; en 121?, le cardinal Pietro de Capoue amena dans ce monastère des Cisterciens de Fossanova : on peut croire que le fondateur de la nouvelle cathédrale fit reconstruire à celle occasion les bâtiments monastiques, et avec eux le cloître [fig. 878). En 1583, les Capucins s'installèrent dans le monastère abandonné, qui garde encore leur nom. maintenant qu'il est devenu une auberge confortable. L'autre cloître, élevé sur le

Pr ontoire qui sépare Amalfi d'Atrani, a fait partie, lui aussi, d'une abbaye dont le nom

D est pas connu ; comme le cloître des Capuccini, un hôtelier l'a pris pour l'exercice de son industrie, la seule qui reste florissante dans la ville qui fut jadis un des entrepôts de l'Orient2. En dehors d'Amalfi on ne connaît en Italie qu'un autre exemple de ces cloîtres aux

1. 1266-1268 (Caméra, Storta di Amalfi, 2" éd., 1, p. 28). ï. L'hôtel qui contienl ce cloître est celui de la Lima.

arcatures entrelacées. C'est le cloître de San Domenico à Salerne, aujourd'hui enfermé dans l'enceinte d'unecaserne, et en partie muré ; de pittoresques dessins, publiés par Schulz1, montrent ce cloître plus léger et plus capricieusement ajouré que le portique de la cathédrale d'Amalfl. A Sorrente, les arcades du cloître de San Francesco, qui reposent sur de courts piliers octogonaux du xtv" siècle2, sont une imitation tardive et isolée des cloîtres élevés pendant le siècle précédent sur le versant opposé du promontoire.

Cette architecture aérienne reste confinée aux rives du golle de Salerne. Elle y apparaît soudainement vers les premières années du xine siècle, sans que rien l'ait annoncée. Les cloîtres de la Cava, qui remontent au xu6 siècle, ne ressemblent pas aux cloîtres d'Amalfl:

avec leurs chapiteaux antiques et leurs arcades en plein cintre, fortement surhaussées, ils rappellent encore le portique delà cathédrale de Salerne, bâtie par Robert Guiscard8. La vogue prise tout à coup dans la région amalfîtaine par le motif des arcs brisés et entrelacés ne peut s'expliquer que par l'adoption d'une mode étrangère.

Les arcs entrelacés se montrent, sur des édifices du moyen âge, aux extrémités opposées de l'Europe : d'une part, sur la façade et le chevet des grandes basiliques de Sicile ; de l'autre, sur les murs des églises de Normandie, d'Angleterre et même de Scandinavie. Dans l'intervalle on ne rencontre semblable décoration ni dans l'Italie du Nord, ni dans le Midi ou le Centre de la France. L'emploi de ces arcs entrelacés clans la décoration extérieure des murailles est l'unique caractère commun que présentent les architectures des divers pays qui ont été colonisés ou conquis par les Normands.

Les arcatures dont les cloîtres d'Amalfl reproduisent le tracé ne sont point, à coup sûr, une invention Scandinave, importée en Italie par les compagnons de Rainulf ou de Robert de Toéni ; ce motif ne s'introduisit pas en Norvège avant la lin du xue siècle, et tout porte à croire qu'il fut mis à la mode par des architectes venus d'Angleterre. A la cathédrale de Drontheim, la partie de l'édifice qui est décoré à l'extérieur et à l'intérieur d'arcatures entre-croisées est couverte de voûtes d'ogives; c'est une copie d'une cathédrale anglaise4.

Si l'on suppose que le motif se soit développé en Sicile, on aura peine à admettre qu'il y soit né. L'art sicilien, si fécond et si varié qu'il se soif montré au xu' siècle, n'a rien créé : son originalité s'est faite de combinaisons nouvelles, réalisées avec des formes déjà connues de l'Italie latine ou de l'Orient byzantin et musulman. Or les arcatures sommaires qui relèvent parfois la nudité des églises byzantines ne s'entre croisent pas plus que les

1. Scuulz, II, p. 229, fig. 117; relevé en géométral dans l'Atlas, pl. LXXXIV.

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