‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 336 sur 433 · E. Bertaux, Santa Maria di Donna Regina, p · texte numérisé non relu

E. Bertaux, Santa Maria di Donna Regina, p

L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIII' SIÈCLE 615 la mosaïque sicilienne à figures humaines, comme la mosaïque à décor géométrique, s'est transportée des rivages de la baie de Palerme à ceux du golfe de Salerné,

L'abside de droite de la cathédrale de Salerne est encore décorée d'une mosaïque exécutée, vers 1260, aux frais d'un Salernitain fameux, Giovanni, seigneur de Procida. Cette mosaïque a subi Line restauration complète, entreprise par ordre de Pie IX, en 1807 < : on ne peut juger aujourd'hui que de la composition. Le personnage principal est un archange en costume impérial, qui se détache comme un géant ailé sur le fond d'or. Au-dessous de lui saint Mathieu, patron de la cathédrale, est assis sur un trône. A sa droite et à sa gauche se tiennent debout, sur un gazon fleuri, saint Jacques et saint Laurent, saint Jean l'Évangéliste et saint Fortunat. Aux pieds de saint Mathieu le seigneur de Procida est agenouillé. Un distique latin, disposé sous la mosaïque, nomme le donateur :

HOC STUD1IS MAGNIS FECIT PU CURA JOITAN'KIS DE PROCIDA D1CI MEBUIT QUI GEMMA SALERN1 "-.

Les noms des saints sont en latin, comme la dédicace. Mais l'importance donnée à l'archange, au détriment de I'évangéliste qui devait attirer les regards des fidèles salernitains, prouve que l'auteur de la mosaïque avait l'habitude de développer, comme les mosaïstes grecs, le spectacle delà cour céleste et de ses pompes impériales. La décoration exécutée aux frais de Giovanni de Procida dans une abside latérale de la cathédrale de Salerne est postérieure de plus d'un siècle et demi à celle qui avait été exécutée dans l'abside centrale par ordre de l'archevêque Alfanus. L'école de mosaïstes, composée sans doute d'artistes du Mont-Cassin, qui avait représenté à Salerne la Vierge et les prophètes, s'était éteinte longtemps avant le règne de Manfred. Il faut donc supposer que les artistes qui ont travaillé pour Giovanni de Procida s'étaient formés soit dans l'Empire d'Orient, soit en Sicile.

Les mosaïstes qui furent employés à Salerne vers 1260 étaient apparentés à ceux qui travaillèrent à Amalfj dans le courant du xm« siècle. Les mosaïques dont fut décorée l'abside de la cathédrale d'AmalH, après sa reconstruction, commencée en 1208, ont entièrement disparu. Mais deux descriptions du x,„- siècle font connaître les sujets représentés. Au-dessus d'une rangée de saints, ajoutés en 1294 par l'évêque Andréa d'AIagno, d une peinture représentant la translation du corps de saint André à Amalfl et des deux scènes de la Présentation au Temple et de l'Annonciation, on voyait la Vierge glorieuse, et, plus haut encore, un buste colossal du Christ3. C'est dans les basiliques siciliennes, dans la Chapelle palatine, à Cefalù, à Monreale, que les artistes superposèrent ainsi, au fond des absides, la Vierge qui apparaît debout dans le sanctuaire des

1. Voir, sur celte restauration, l'opuscule de G. Ptoom, la Cappella di Ore.jorio VU ncl liuomo di Salenw, 1873, p 130

2. Schulz, II, p. 292. Planche eu chromolithographie dans Sala/.ako, 1, Pl. XXII ; reproduite au trait par Ciausse Basilique* et Mosaïques d'Italie, II, p. 19.

3. Cameha, Storia di Amalfi, 1< éd., I, p. 134; II, Appendice, n° VII.

églises grecques et le gigantesque Pantocrator des coupoles byzantines, qui, ne pouvant planer au-dessus des nefs couvertes en charpente, vint se placer dans la demi-coupole qui couronnait l'abside. Plus d'un demi-siècle après l'achèvement des mosaïques arabo-siciliennes, dont les évêques Robaldo et Dionisio avaient fait incruster le mobilier de marbre donné par eux à la cathédrale d'Amalli ', des mosaïstes siciliens ont été appelés dans lamême ville à décorer la cathédrale neuve bâtie par le cardinal Pietrode Capoue. 11 est probable que, dans la cathédrale de Salerne, des mosaïstes de la même école ont continué de même, en revêtant de mosaïques l'une des absides, la décoration de goût sicilien que l'archevêque Romoaldo et le chancelier Matteo d'Ajello avaient commencée en commandant la chaire, l'ambon et toute la parure du sanctuaire à des maîtres panormitains.

L'influence de l'art sicilien, qui, en pénétrant dans les basiliques delà région campanienne et de la Terre de Labour, illumina les nefs de mosaïques brillantes comme des joyaux, devait transformer dans quelques villes les églises elles-mêmes et y créer au xiii" siècle des types d'architecture religieuse que l'Italie continentale n'avait pas soupçonnés dans le siècle précédent. Près des monuments massifs et sévères, bâtis en blocs antiques sur les plus vieux plans chrétiens de la Campanie, apparurent des constructions tout allégées par des découpures à jour, ou égayées par des revêtements et des incrustations polychromes.

La gravure a popularisé depuis longtemps les vues de la cathédrale d'Amalli, prises de la place au bout de laquelle la coquette église est plantée sur un haut soubassement. Le paysage de rochers aigus, enguirlandés jusqu'à leur pointe par les verdures qui grimpent de gradin en gradin, semble peint à souhait pour faire au monument une toile de fond. L'escalier, qui est comme le praticable de ce décor, conduit à un vaste narthex, en forme de loggia, ménagé devant l'église, sur la plate-forme du soubassement-. Si légère est cette loggia, avec ses arcades ajourées et ses colonnes antiques, trop fines pour l'épaisseur des voûtes, que l'édifice, ébranlé plus d'une fois par les dislocations du promontoire montagneux et rebâti en grande partie de nos jours sur le modèle ancien, semble être le jeu d'une fantaisie éphémère. Les trois arcades du milieu sont en plein cintre; les autres, en tiers-point, sont trilobées ; elles sont garnies, comme des fenêtres sans vitres, d'un remplage dessiné par des arcs en tiers-point entrelacés (fy. 280). Selon toute vraisemblance, la loggia de la cathédrale d'Amalli a fait partie de l'édifice reconstruit en 1208 par le cardinal Pielro de Capoue, après la translation des reliques de saint André.

Le petit cloître attenant à la cathédrale est plus récent d'un demi-siècle que le

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