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arcatures dentelées qui courent sous les toits des églises lombardes. Ce système de décoration, avant d'être sicilien, n'a été ni français, ni latin, ni grec : il est musulman. Les jeux de compas auxquels les architectes siciliens semblent se divertir en traçant sur la façade de la basilique de Monreale ou sur le chevet de la cathédrale de Païenne des arcatures entre-croisées, à côté de cercles où sont inscrites des étoiles, témoignent d'un goût tout à fait semblable à celui des décorateurs qui dessinaient les épures compliquées des marqueteries de mosaïque. Des arcatures aveugles, tracées en tierspoint, comme celles qui entourent les absides des églises siciliennes, sont découpées sur trois monuments de la dynastie almohade : la Puerta del Sol, à Tolède, la Giralda de Séville et le minaret de la Kotoubya, à Maroc'.

L'école panormitaine, après avoir pris à l'art musulman l'idée première des arcatures entre-croisées, en fit l'un des détails caractéristiques de l'art officiel et royal qui se forma après

l'avènement de Roger (1131). Est-ce

de Sicile que le motif des arcs entrecroisés fut importé en Normandie et

en Angleterre ? Des prélats tels que

l'archevêque anglais Walter of the

Mill, qui fit construire la cathédrale

de Païenne, pouvaient faire connaître

dans leur pays natal un élément de

décoration architecturale qui était

aisé à reproduire sur les parois des

églises du Nord, sans l'intervention

des mosaïstes. Mais il est impossible d'admettre une influence de l'art sicilien sur l'art

anglo-normand. Dans les églises d'Angleterre qui ont été bâties avant l'importation de

280. — Campanile et portique de la ca (après les restaurations).

F.DHALE D amalpj

1. Cf. W. et G. Marçais, les Monuments arabes de Ttemcen ; Paris, 1903, p. 08-99, Bg. 9. I.e regretté Paul Blanchet a retrouvé parmi les mines Je la Kala des Beni-Hammad, dans la province de Constantine, des morceaux d'un revêtement en faïence, de couleur verte, composé de petites arcatures entre-croisées.

l'architecture française, caractérisée par la voûte d'ogives et l'arc en tiers-point, les arcatures entre-croisées sont en plein cintre. Lorsqu'au xnf siècle ces arcatures sont tracées en tiers-point et même lorsqu'elles prennent des formes aiguës de lancette (c'est le cas a la cathédrale de Drontheim), les centres des arcs ne sont jamais pris au-dessus des chapiteaux, comme dans les édifices musulmans et siciliens: les arcatures ne sont pas « surhaussées ». Il y a plus : les arcatures entre-croisées se montrent en Angleterre dès le commencement du xn" siècle, à une époque où les Normands n'avaient encore édifié aucune église à Païenne. L'origine de ces arcatures entre-croisées dans les pays normands du Nord est encore problématique.

Pour les arcs entre-croisés des pittoresques cloîtres d'Amalfi et de Salerne, ils sont t racés à la mode musulmane; leur origine sicilienne n'est pas douteuse. Mais en Sicile les arcs ne s'étaient entre-croisés que sur les façades ou les chevets des églises. Les architectes d'Amalfi et de Salerne isolèrent, pour l'employer à la construction des cloitres, un élément d'architecture qui n'avait servi à Païenne, comme en pays musulman -, qu'à une décoration plaquée sur les murailles des églises. Pour détacher les arcs dans leurs lacis compliqués, ils ajourèrent audacieusement les murs, au-dessus des légers portiques. En croisant les arcs trois par trois, et même quatre par quatre, ils arrivèrent à des combinaisons plus riches que celle de l'architecture sicilienne, et qui semblent annoncer les fantaisies moresques de Séville et de Grenade. Les arcs lobés qui s'entre-croisent au-dessus des colonnettcs du portail d'Amalfi ne sont plus exactement tracés en tiers-point : ils dessinent en l'air dos entrelacs curvilignes identiques à ceux qui décorent, près de Tlemcen, le minaret de la vieille mosquée d'Agâdir (fig. 280)3.

Les colonnettes surmontées d'arcatures furent appliquées à la décoration des églises campaniennes : l'étage supérieur du campanile de la cathédrale de Ravello est orné de petits fûts de marbre blanc au-dessus desquels s'entre-croisent des arcs en plein cintre'1; l'abside de la petite église abandonnée de San Giovanni, près d'Eboli, au sud de Salerne, est entourée de colonnettes jumelles, portant une suite d'arcatures en tiers-point très surhaussées, qui rappellent plutôt encore les monuments de Sicile que ceux d'Amalfi (fig. 279).

Au xii° et au xm" siècle, le décor extérieur des édifices de la presqu'île sorrentine est composé le plus souvent d'incrustations polychromes et non d'arcatures en relief. Le

1. Hors de la Campanie, on ne trouvera dans l'Italie méridionale que deux exemples d'arcatures entre-croisées. Ces arcatures, qui sont tracées en plein cintre, et non plus en tiers-point, décorent le chevet de deux églises : la cathédrale de Molfetta et celle de Giovinazzo ; pour le chevet, ce dernier édifice est une copie à peu près littérale du premier. L'une de ces églises est de la fin du xn» siècle ; l'autre de la fin du xm" (Voir plus loin). Les arcatures entre-croisées sont employées dans de la Terre de Bari après l'extinction de la dynastie normande. Leur apparition soudaine et tardive reste inexpliquée.

2. Les arcades lobées qui se croisent au-dessus des colonnes de la mosquée de Cordoue n'ont été imitées, à ce qu'il semble, dans aucune autre mosquée.

3. W. et G, Marçais, ouv. cite, pl. III ; sur le tracé des entrelacs curvilignes, cf. p. 98-99, fig. 9, II.

4. Voir tous les relevés de l'édifice délabré et de la restauration récemment achevée dans l'ouvrage de M. Avena, Monttm. deU'Italia Mcrid., p. 363-369, fig. 244-253.

L'ART SICULO-CAMPANIBN DU XIIIe SIÈCLE 021 campanile de la petite église Santa Maria de Gradillo, à Ravello et celui d'une église voisine du château aragonais de Lettere sont incrustés de rosaces et d'étoiles en lave noire ou en pierre ponce rougeâtre. Ce décor, dont les matériaux ont été fournis par le Vésuve, rappelle celui que les architectes de Melfi et de Muro ont combiné avec les matériaux accumulés par les éruptions anciennes du mont Yulture. Au bord des golfes de Salerne et de Naples, et au centre de la Basilicate, une architecture de même couleur s'est formée sur un sol chargé des mêmes débris volcaniques. Dés le xi" siècle, peutêtre, la porte de l'église de Sant'Antonio, à Sorrente, était ornée d'une croix et d'une suite de losanges en lave noire-. Mais ce système de décoration ne se développa largement qu'à l'imitation du décor en pierres noirâtres dont les églises et les cloîtres de Palerme et de Monreale offraient d'élégantes combinaisons. Sur le campanile de la cathédrale de Ravello et sur l'abside, maintenant ruinée, de l'église de Sant'Eustachio, à Pontone, près d'Amalfî, la lave, mêlée à la pierre et à la brique, dessina des arcs entrelacés d'après les modèles siciliens.

Quelques édifices élevés au bord du golfe de Salerne et dans la Terre de Labour imitèrent les campaniles et les églises de la Sicile, non seulement par le décor polychrome, mais encore par la silhouette et jusque par la structure.

A l'une des extrémités du portique qui précède la cathédrale d'Amalfî s'élève un pittoresque campanile, coiffé d'une coupole centrale qui est montée sur un haut tambour cylindrique et autour de laquelle sont disposées quatre coupoles plus petites. Des tuiles jaunes et noires couvrent les coupoles; sur les tambours s'entro-eroisent des arcatures dessinées en incrustations de mastic sombre et de faïence aux couleurs vives, dont une restauration récente a exagéré la crudité (fig. 280). Les arcatures sont tracées sur le même patron que celles du cloître voisin. Quant aux cinq coupoles dont le campanile d'Amalfî

1. Schulz, Atlas, pl. LXXXIII, fig. 2 -, — Mothes, Geschiclde der Daukunst in Italien, p. 617 (avec les erreurs de date dont ce livre fourmille).

2. Sorrento e Tasso, pl. IV; l'auleur de la notice attribue cette porte au x« siècle (p. 5).

Fig. 281. — Campanile de la CATHÉDRALE de gaet

est coiffé, comme la Cattolica de Stilo, elles sont une évidente imitation de celles qui

surmontent à Palerme le campanile de la Martorana.

Le campanile d'Amalfl est daté par une inscription : il fut élevé par l'évèque Filippo Agostariccio en 1276. Quelques années plus tard, en 1279, fut achevé à Gaète un campanile qui ne diffère de celui d'Amalfl que par quelques variantes (fig, 281)'. Sauf la base construite en blocs antiques et ornée de magnifiques colonnes monolithes, tout l'édifice est en briques.

Sur cette construction légère se joue une décoration menue et frivole. Le second et le troisième étage sont festonnés d'arcatures entre-croisées ; certaines de ces arcatures se replient sur ellesmêmes et se nouent comme les méandres des mosaïques de pavement (fig. 281)'-. Les arcs eux-mêmes sont incrustés de zigzags et d'étoiles en mastic brun et gris. La haute coupole de forme octogonale, que surmonte un belvédère, et les quatre coupoles basses sont cerclées de fines arcatures et pailletées d'innombrables bacmi en faïence brillante. La plupart sont jaunes, avec de petits fleurons verts, et peuvent être de fabrique campanienne ; un seul est d'origine musulmane ou sicilienne, comme les bacmi de San Giovanni de Ravello: celui-là est blanc avec des feuillages d'un bleu vert et, au centre, un griffon de couleur bistre.

La décoration du campanile de Gaète fut en partie reproduite à Terracine sur le campanile de la cathédrale, qui, par la masse rectangulaire de sa construction en briques et par son couronnement carré, rappelle les campaniles romains. Des arcatures entre-croisées courent au-dessus du second et du troisième étage [fig. 282). Le clocher de la première ville pontificale, au bord do la mer Tyrrhéniennc, marque la limite septentrionale atteinte au xuf siècle par l'architecture sicilienne, quand elle eut été imitée en Campanie et en Terre de Labour:

1. L'inscription, qui est perdue, a été publiée dans plusieurs monographies locales :

Anna Domini MCCLXXIX Episcopo Caielano.

Présidente in série Caie/ana Cyburium campant inceplum est

VenerabW paire riomino Barlholomeo Et féliciter consiimmalum.

Iî. Scalese, De ecclesia Cajefa/ia ejusque sacrosanclis eepiecopis, Naples, 1781) ; G. Vernazza, Il Campanile rii Gnela. Turin, 182], p. 27 ; D. MoNBTTl, Ceiini islorici riell'an/ica Gaela ; Gaète, 18G9, p. 49. Le mot cyburium, qui est le même que ciborium, est ici employé pour désigner la coupole qui surmonte le campanile.

2. Voir, avec la figure ci-contre, la gravure publiée dans le texte de ScHULZ (II, p. 137, fig. 87).

Cliché MùBcioni.

Fig. 282.

Campanile de la cathédrale de terracine.

L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIIP SIÈCLE

cette limite coïncide précisément à Terracine avec celle des mosaïques anibo-siciliennes.

Les deux campaniles d'Amalfi et de Gaète ont été élevés à moins de cinq ans d'intervalle : on peut se demander si le second est une imitation directe du premier, ou si peut-être l'influence sicilienne, dont le campanile d'Amalfi porte témoignage, ne s'est pas exercée directement dans le grand port de la Terre de Labour. Mais il se trouve qu'un campanile, décoré des mêmes arcatures et couronné des mêmes coupoles, au nombre de cinq, est encore debout contre la façade de la cathédrale de Caserta Vecehia, presque à égale

fie. 283. - Cat

dislance d'Amalfi et de Gaète ipg. 145 et 283)'. Ce campanile, d'après une inscription aujourd'hui perdue, avait été achevé en 1234, soit plus de quarante ans avant celui d'Amalfi. 11 est étonnant de trouver à quelques milles de Capoue un monument de style sicilien antérieur aux monuments de même style conservés dans les villes que le commerce maritime incitait en rapports constants avec Païenne. Le campanile de Caserta Vecehia semble prouver que le type des campaniles siciliens avait été introduit en Campanie dès la première moitié du xnï* siècle ; il laisse soupçonner que, dans la région amalfitaine, des édifices, aujourd'hui détruits, ont dû exister, qui auront servi de modèle au monument isolé. Des trois campaniles de même forme et de même décor élevés successivement à Caserta, à Amalfi et à (laète. le plus ancien est le plus massif et le plus nu, tandis que le plus récent, qui

I. I.a façade fut surélevée au temps de la construction du campanile et le fronton neuf fui orné d'arcatures entrecroisées pareilles à celles qui entouraient le premier élage de la tour voisine.

est le plus svelte, se montre tout couvert de broderies et de clinquant. Les architectes campaniens du xin" siècle n'ont cessé de renchérir sur les formes capricieuses et les couleurs bariolées de l'architecture sicilienne.

Pour les églises, le plan sicilien par excellence, qui unissait une net de basilique couverte en charpente avec un sanctuaire voûté, ne fut point reproduit en Campanie dans des édifices complets et bâtis d'une venue, comme il l'avait été en Calabre. Xi la Roccelletla de Squillace, ni San la Maria del Patir ne se retrouvent parmi les rochers d'Amalfi. Pourtant, lorsqu'au xïue siècle l'art sicilien eut achevé de s'acclimater dans les villes riveraines du golfe de Salerne, il arriva qu'à l'imitation des monuments de Païenne,

un architecte ajouta à une basilique latine du xuc siècle un sanctuaire surmonté d'une coupole et un transept voûté. C'est par une addilion de ce genre que s'explique le plan singulier de l'église Santa Maria di Gradillo, à Ravello. La coupole de cet édifice s'est écroulée il y a peu d'années; le tambour était décoré, à la manière du campanile de la cathédrale, d'arcatures entre-croisées, en incrustations de pierres noires et rougeàtres1. L'extrados des voûtes du transept a été laissé nu, sans couverture de bois ni de tuiles ; il est simplement revêtu de ciment, comme le sont encore les terrasses des maisons d'Amalfi et des villages voisins. En pénétrant dans l'église ruinée, on voit que les voûtes du transept Fig. 2tii. — Un coin du palais iutolo, sont des voûtes d'ogives qui ne peuvent être antérieures au milieu du xme siècle.

Le sanctuaire et le transept de l'église Santa Maria de Gradillo se trouvent assez exactement reproduits, mais à une échelle beaucoup plus grande, dans la cathédrale de Caserla Vecchia. L'église, qui poiiait sur sa façade la daie de 1153, était une basilique latine, dont la nef, couverte en charpente, n'a pas été modifiée. Mais à partir de l'arc triomphal commence une construction toute différente de la première. Les archivoltes en plein cintre des fenêtres, encadrées de marbre blanc, qui éclairent la nef et les bas côtés, font place, sur les murs du transept, à des archivoltes en fer à cheval. Au-dessus du toit de la nef s'élève une énorme coupole, la plus richement décorée qui soit en Campanie : elle est toute couverte d'incrustations en pierres de couleur et en marbre blanc, qui dessinent des arcalures entrecroisées et des étoiles {fig. 263). A l'intérieur, le dôme de la coupole est revêtu de stuc et godronné de profondes cannelures, suivant une mode sarrasine quia dû passer en Italie par

1. L'église de San Giovanni del Toro, qui n'a conservé que sa nef de basilique, avec huit colonnes antiques, avait autrefois un sanctuaire surmonté d'une haute coupole. Cette coupole était entourée d'une couronne de colonnettes, surmontées d'arcatures dessinées en pierres de tuf jaunes et noires (Caméra, Storia di Amalfi, 2e éd., II, p. 1124 ; I Mansi, Ravello sacrtw/nonumentale, p. 132).

L'ART SICULO-CAMPANIEN DU XIII' SIÈCLE

la voie de la Sicile '. Sous cette coupole, digne de surmonter le tombeau d'un calife, de hautes colonnettes d'église française montent jusqu'à la naissance des trompes d'angles; d'autres colonnettes semblables reçoivent aux angles du transept la retombée des ogives croisées sous les voûtes '2. L'arc triomphal, porté lui aussi par des colonnettes élancées, a le tracé en tiers-point et le profil des arcs bâtis à Naples à l'entrée du sanctuaire des églises angevines. Cette église, où le décor siculo-campanien est appliqué sur une construction moitié sarrasine, moitié française, n'est pas antérieure au temps de Charles I" d'Anjou. Elle a été certainement achevée peu de temps avant que l'évèque Nicola di Fiore eût donné à la cathédrale un ciborium pour le maitreautel élevé sous la coupole.

Si l'on se souvient que, dés 1234, le campanile se trouvait décoré des mémos arcatures entre-croisées qui se joueront plus légères autour de la coupole de la cathédrale, on sera frappé de la ténacité avec laquelle les motifs de l'architecture sicilienne se sont conservés, en ne cessant de s'enrichir, dans une ville située loin des ports et qui, du haut '88"a8Si d'une colline rocheuse, domine F"'- 28;; la plaine de Capoue (fy. 283).

L'art qui égayait les églises campaniennes de sa grâce profane devait trouver son expression la plus heureuse dans les villas et les palais. On peut voira Sorrente les restes d'une demeure seigneuriale (la « Casa Venerio »), dont les larges fenêtres aveuglées sont entourées d'incrustations en marbre blanc et en pierres noires, comme les fenêtres du campanile de Lettere. Sur la muraille des pierres noires dessinent des étoiles

l ïnb des tours de mînckint Coups d'après si

DU PALAIS IUTOLO, A HA VF.LLO .

1. La coupole détruite de Santa Maria de (W-adillo, à Itavello,

2. SCHUJ.Z, Atltts, pl. LXXni;— Dbuio et Bezold, pl. 73, fig. 2.

? tai 1 gorfronnée de même à l'intérieur.

inscrites dans ries cercles, au centre desquels brillent des bacini de faïence orientale1.

Un palais tout entier, bâti et décoré dans le style siculo-campanien du xmf siècle, est encore debout à côté de la cathédrale de Ravello. Élevé par un des Rufolo, il appartient depuis près d'un siècle à une famille écossaise, qui, tout en entretenant près des habitations des lignes d'allées et de plants réguliers, a laissé une partie des constructions anciennes prendre l'aspect ruineux et pittoresque de « fabriques» destinées à figurer dans un jardin anglais. Il est difficile aujourd'hui d'étudier les murailles, les colonnades et les tours à demi ensevelies dans la verdure fleurie ou envahies par les plantes grimpantes (fig. 284). Sans doute il y a plaisir à goûter, dans un voyage d'agrément, le charme un peu artificiel de ces ruines légères et gracieuses, au milieu de cette végétation savamment inculte. Si l'on veut préciser l'analyse, le mieux est peut-être de recourir aux excellents relevés de Hallmann, qu'on trouve gravés dans l'ouvrage de Schulz '-.

Sur l'acropole de rochers d'où il regarde le golfe de Salerne, le palais des Rufolo se donnait une allure de forteresse féodale, avec les tours rectangulaires élevées aux angles de l'enceinte qui entourait un jardin et une villa. Mais ces tours étaient faites pour la parade et non pour la défense : elles n'avaient ni meurtrières, ni créneaux. Deux d'entre elles sont encore debout3: elles forment à l'intérieur une haute salle couverte d'une coupole (fig. 285). Cette architecture légère etsans résistance n'a rien qui rappelle les donjons menaçants habités par les barons normands de la Basilicate ou de la Molise; elle ne reproduit pas non plus les dispositions des demeures royales de Païenne, ces énormes cubes de maçonnerie, nus et froids à l'extérieur comme des prisons, et qui, à l'intérieur, étaient égayés par tous les jeux des stucs dorés et des mosaïques et animés par le jaillissement des fontaines. L'art sicilien ne montre pas au palais Rufolo les formes purement orientales qu'il conservait dans les résidences d'un Roger ou d'un Guillaume, mais bien les formes nouvelles qu'il avait prises depuis qu'il s'était adapté en Campanie à la décoration des cloîtres et des églises. Un patio à la moresque, entouré de deux étages de loggie, formait au milieu des habitations une cour encaissée et toujours abritée du soleil4. La colonnade du rez de-chaussée se compose de fûts antiques, surmontés d'arcades en tiers-point très surhaussées, qui font penser aux cloîtres de Sicile; la colonnade supérieure, fine comme une grille de marbre, rappelle les constructions religieuses que nous avons passées en revue : les arcatures qui se croisent au-dessus des colonnettes et qui se continuent sur la paroi, dessinées en incrustations de pierres noires, forment des boucles identiques à celles qui se nouent sur le campanile de Gaète. Plus haut encore, au bord du toit, court une tresse étroite d'arcatures entrecroisées, qui imitent les arcades des cloîtres d'Amalli. Les parois des salles ménagées à l'intérieur des tours sont lambrissées des mêmes arcatures. Les coupoles qui s'arron-

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