‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 347 sur 433 · Fig, 300, pl. XXX-XXXH · texte numérisé non relu

Fig, 300, pl. XXX-XXXH

des archivoltes des portails. Tandis que les animaux en ronde bosse sortent des façades,

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Fig. 2(18. — Portail et porte i>e bronze de la cathkuhalk de ukneve.nt.

comme si les murs donnaient naissance à des êtres monstrueux, les animaux des bas-reliefs grandissent, eux aussi, et se trouvent à l'étroit dans leurs compartiments respectifs : sur

LA SCULPTURE APULIEXXE 0M

les portails de San Leonardode Siponto et de Bénévent, les monstres débordent les rinceaux

qui leur servent de cadre, et leurs membres contournés s'entrelacent aux rameaux En

même temps le relief prend

plus de force. A Bénévent, où

les modèles romains étaient

partout, dans les murs des

habitations et sur le pavé des

rues, un maître très habile,

nommé Ruggiero1, a sculpté,

vers le commencement du

xme siècle, sur l'encadrement

du portail central de la cathédrale, des animaux qui ont la même plénitude de vie que ceux du portail de Trani. et des volutes opulentes dont la végétation est une pousse vigoureuse de l'acanthe corinthienne ifig. 298). Môme en Capitanate et dans la Terre de Bari, la flore antique apparaît dans la sculpture, vers la fin du xn* siècle, à côté de la flore byzantine.

Au portail de Santa Maria Maggiore de Monte Sant'Angelo, le décor des montants et de l'archivolte est fait de rinceaux grêles et de figurines d'animaux conformes à la tradition apulienne; mais le linteau, sous le bas-relief qui représente la Vierge entre deux anges, est la copie d'un morceau d'architrave antique donl le feuillage est fortement ombre par des points noirs percés an trépan l'I KXX)

De même, au portail de Bitonto, un premier encadrement, sur lequel courent des bêtes

daflormes parmi les branches minces, est comm ublé d'un seco, ncadremenf pur de

tout élément monstrueux, e! sur lequel se déploient des volutes d'acanthe (Pl. XXXI, Le

l. ScHuii, II, p. .109.

Cliché Moscïoni,

Fio. 299. — Fe.\ëti\e absidale de la cathédhaie de

Chapiteaux du trieorium de la cathédrale daltamuha.

double cadre de la grande fenêtre âbsidale est, comme celui du portail, moitié apulien, moitié antique. A côté des lions qui combattent des serpents et des griffons qui tiennent une proie dans leurs serres1, des pilastres élancés, qui portent d'étroits chapiteaux

d'acanthe, sont couverts d'un feuillage touffu, au milieu duquel se montrent deux figurines complètement nues (fig. 299). Ces figurines, mêlées aux volutes classiques, ne sont plus des imitations d'ivoires byzantins à sujets profanes. Le sculpteur apulien qui a exécuté à la fois le portai I et la fenêtre monumentale de la cathédrale de Bilonlo semble avoir regardé, des terres cuites de Ruvo ou de Bari, comme, deux siècles plus tard, des sculpteurs établis en Toscane, Piero dj Giovanni et Nicola d'Arezzo, regarderont des reliefs de sarcophages ou de petits bronzes, pour les copier sur les montants des portes de la cathédrale de Florence'-.

Faut-il donner à ce sculpteur apulien du xiii" siècle et à ses émules le titre qui a été donné à ces deux contemporains de Donatello. celui de « Précurseurs de la Renaissance » ? En vérité des imitations locales du décor antique ne sauraient passer pour une révolution clans l'art du moyen âge. L'acanthe, qui ne s'épanouit pas avant la fin du xue siècle autour des portails apuliens, avait été copiée, dès le commencement du siècle, jusque dans les vallons perdus des Abruzzes. L'art sicilien, au temps de Guillaume le Bon, avait imité les motifs et le relief de la sculpture

gréco-romaine avec autant de science que de verve. En regard des figurines sculptées dans la cathédrale de Salerne, sur le candélabre pascal et sur les chapiteaux de la chaire, ou même des reproductions de ces figurines qui ont été exécutées en Campanie, à Capoue et

f. L'un des griffons est mutilé et méconnaissable.

2. Voir les dessins publiés par E. MOntz, les Précurseurs de la Renaissance, p. 50-56 (hors texte).

Fig. 301.

Chapiteau de la nef de la cathédrale d'altamura.

LA SCULPTURE APULIENNE

Fig. 302. — Chapiteau de la nef de la cathédrale de b1tonto.

à Sessa, les acanthes et les statuettes nues représentés en bas-reliei sur le portail de Bitonto sembleront d'assez médiocres études d'après l'antique '.

Le décor apulien du xiir* siècle n'est, dans son ensemble, qu'un développement magnifique des éléments combinés, dans le siècle précédent, par les sculpteurs de la Terre de Bari. Les monstres, dont le corps se gonfle d'une vie nouvelle, ont conservé les caractères de race qu'ils tiennent de leur origine orientale; comme les animaux qui se poursuivent sur les bas-reliefs, les statues de lions accroupies sous les colonnettes des portails sont toujours les bêtes fantastiques qui tiennent entre leurs serres un homme, un mouton ou un dragon, et les griffons posés sur les chapiteaux ont le dos squameux des monstres qui sortent des façades de la cathédrale de Bari.

Les chapiteaux entourés d'oiseaux et flanqués, aux angles, de mufles d'animaux, comme ceux qui avaient été sculptés à Tarente vers la fin du xi« siècle, avaient été remplacés au

xu- siècle, dans la Terre d'Otrante et la Terre de Bari, par de simples variantes des chapiteaux byzantins au feuillage d'acanthe épineuse. Les figurines d'hommes ou d'animaux avaient été réservées pour les chapiteaux de quelques portails, — comme ceux de la cathédrale de Monopoli et du baptistère de Brindisi, — où elles voisinaient avec les êtres fantastiques qui se poursuivaient le long des montants. C'est à peine si une tête humaine se montrait çà et là parmi les feuillages si vivants des grands chapiteaux de Troja. Au temps de Frédéric II, le décor monstrueux des portails envahit les chapiteaux des nefs. A Altamura. près des chapiteaux qu'un travail aigu de ciseleur a ramené à des formes cristallines de polyèdre (fig. 300), quelques-unes des énormes colonnes portent des blocs de marbre transformés en groupes étranges : un buste d'homme barbu avance cà mx angles du chapiteau sont posés des aigles ou des grillons

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