‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 361 sur 433 · Bindi, Album, pl · texte numérisé non relu

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3. Aucuns des historiens qui ont parlé Je la cathédrale de Lanciano n'a su voir, derrière la façade du siv siècle

1 église du xm« englobée dans l'église baroque. Le dernier qui ait écrit sur celte cathédrale esl M. G M Bkixim (Revue' Arte e Storia, 1890, p. 187). '

térieur, et qui continue immédiatement les nefs, sans l'intermédiaire d'un transept. Il est très probable que la construction de cette voûte originale, dont un segment s'appuyait sur l'arc triomphal, trois sur les murs épaulés par des contreforts, et quatre sur des arcades élevées dans les angles du plan carré, est une imitation simplifiée des voûtes octogonales

que les Cisterciens élevaient à la croisée des transepts et dont un exemple est donné par l'église d'Arbona : l'architecte local aura inventé un expédient afin de tourner les difficultés que présentait, pour lui, le tracé des « liernes », dont les arcs devaient avoir pour point de départ non point la retombée, mais le sommet des grands arcs brisés.

Les détails de la décoration remontent, comme la plupart des dispositions du plan et des procédés de la construction, à des prototypes français et bourguignons. Les chapiteaux des pilastres de la nef sont hérissés de «crochets» saillants. Le portail latéral, qui est resté en place, offre, avec ses fines colonnettes, son archivolte en tierspoint, ses pilastres gravés de deux cannelures et l'angle obtus de son fronton, une curieuse combinaison de motifs antiques

FtO. MO. - m DELA CATHÉDRALE DR LA.NC1AN0, COMMENCÉE EN 1227. ^ ^ ^jfg f^^fo [fig 33]).

Des combinaisons du même goût avaient été réalisées par les architectes bourguignons qui s'étaient inspirés des ruines antiques conservées à Autun. Les monuments que les Cisterciens bâtirent au commencement du xiue siècle dans l'État pontifical ont gardé quelques-uns des traits qui donnaient aux églises de Bourgogne la physionomie sévère et noble des portes triomphales élevées par les Romains : les deux frontons qui couronnent le portail et le mur de façade de l'abbatiale de Fossanova' sont composés d'après

i. EiNLAm', Orig. franc, de l'arch. goth. en Italie, p. 39, pl. II.

les mêmes principes que le portail latéral de la cathédrale de Lanciano1. La grande église de style bourguignon qui fut élevée, sous Frédéric 11, dans une ville des Abruzzes,

PME

FlQ. 331. — PuUlAlL DE LA CATHEDRALE DE LANCIANO.

est encore plus étroitement unie que la cathédrale de Sienne au groupe que forment en Ilalie les églises de l'Ordre de Citeaux.

I. L inlluence directe des modèles antiques restes sur place ou mime des artistes locaux qui avaient imité parfois ces modèles a probablement contribué à développer les motifs antiques dans la composition des portails de Fossanova et de Lanciano. I.e linteau du portail de Fossanova a été décoré de mosaïques par un marbrier romain; cet artiste a pu

prendre part à la construction même du portail, dont \r fronton ressemble ù un i mment tout italien, le porche de la

cathédrale de Civilà Caslolkma. élevé ,.„ lato par une famille d'arlisles originaires de Rome. A Lanciano, les morceaux antiques ne manquaient pas, pris du pont bâti par Dioclélien. Mais il reste certain qu'à Lanciano. comme à Fossanova, quelque maître d'reuvre étranger a dessiné des détails tels que les chapiteaux des pilastres et les modillons du fronton, qui, loin d'être copiés d'après l'antique, sont du plus pur style bourguignon des premières années du XIII" siècle.

La Terre de Bari possède une église qui n'est point sans analogie avec celles de l'Ordre de Citeaux, et qui reproduit, jusque dans le détail de sa décoration sculptée, des modèles bourguignons. C'est l'église élevée à Barletta par les chanoines du Saint- Sépulcre. Le caractère et l'importance de ce monument ont été pour la première fois reconnus par M. Enlart, qui a publié une description minutieuse de l'église, avec une série de relevés !.

L'édifice a trois nefs et trois absides, avec un transept à peine saillant. Les bas-côtés sont couverts de voûtes d'arêtes; les voûtes de la nef et les deux travées latérales du transept sont soutenues par des branches d'ogives. Le carré du transept est surmonté d'une coupole octogonale sur trompes. Les pilastres sans cannelures qui portent les doubleaux el les ogives de la nef rappellent ceux des cathédrales d'Autun et de Langres. L'église est précédée d'un narthex à deux étages, qui, avec sa tribune voûtée d'ogives et flanquée de deux tours basses, reproduit dans ses lignes essentielles la tribune élevée à l'entrée de la grande église de Vézelay. Deux chapiteaux de ce narthex, les seuls dans l'église qui n'aient pas été martelés au xvm" siècle, ont pour décor les larges feuilles et les grosses pommes de pin qui sont communes sur les chapiteaux romans de la Bourgogne. La porte latérale, — avec son fronton triangulaire, ses archivoltes dont la moulure vient s'amortir sur un « congé », ses chapiteaux, libre et large traduction du corinthien, ses pilastres, ornés de rosaces, qui reposent sur un stylobato cannelé, — fait penser aux portails de Saint- Lazare d'A vallon et de l'église de Semur-en-Brionnais. Il n'est pas jusqu'aux modillons de la corniche extérieure, ornés de feuillages et de têtes monstrueuses, qui n'aient le relief et l'ampleur des sculptures bourguignonnes du xnc siècle. L'intervention d'un architecte local n'est visible que dans un détail : tandis que les contreforts du mur latéral, du côté du sud, ont un profil commun dans l'architecture française du moyen âge, les contreforts du côté du nord, qui ont la forme de pilastres épais, sont unis les uns aux autres par une suite d'arcades, comme les contreforts de la cathédrale de Tram. Ce détail mis à part, l'église du Saint-Sépulcre, à Barletta, n'a rien qui la distingue des églises du diocèse de Màcon ou du diocèse d'Autun.

La date de fondation ou de consécration de cette église bourguignonne, élevée au bord de l'Adriatique, n'est pas connue. Les documents du cartulaire du Saint-Sépulcre et les bulles pontificales font savoir seulement que les chanoines du Saint-Sépulcre possédaient une église paroissiale dans un faubourg de Barletta, dès 1138, et que cette église se trouvait comprise, en 1102, dans l'enceinte de la ville, dont les murailles avaient été en

1. Enlart, Origines françaises de Carchit. ijolh. en Italie, p. 163-176; ftg. 59-67.

grande partie reconstruites1. II est impossible que l'édifiée actuel, avec ses voûtes d'ogives, ait été construit dans le premier tiers du xn» siècle. Schulz, qui, d'ailleurs, ne trouvait •< rien d'important à remarquer » dans l'église du Saint-Sépulcre, croit y reconnaître un vieux plan roman sous des additions d'un gothique tardif -. Mais il est clair que la construction ancienne a été bâtie tout entière par le même architecte. L'historien récent de la ville de Barletta, M. Loflredo, qui ne méconnaît pas les ca- . ractères français de l'église, l'attribue à la fin du xm° siècle et la classe parmi les monuments angevins. Mais la simple énumération des édifices de Bourgognequi ont avec L'édifice de Barletta une ressemblance évidente a montré que cette église reproduit des modèles qui appartiennent pour la plupart au dernier quart du xii" siècle3.

Elle est plus archaïque, sinon plus ancienne que les églises bâties dans l'État romain par les moines cisterciens.

L'apparition d'une église bourguignonne à quelques pas d'un port apulien s'explique, non point par l'influence artistique de l'ordre de Citeaux, mais par l'histoire même de la ville de Barletta pendant le Fl0 xn" et le xui" siècle. Les chanoines de Jérusalem qui avaient fondé l'église du Saint-Sépulcre n'étaient point à Barletta les seuls représentants des colonies franques de la Terre Sainte. A côté d'eux, les Templiers possédaient l'église de Sainte-Marie-Madeleine; les Teuloniques occupaient l'hôpital de Saint-Thomas et l'église de Saint-Augustin. En 1156, après le sac et l'incendie de Bari, le grand prieuré des Hospitaliers de Saint-Jean, qui se trouvait dans cette ville, fut transféré

332. — Vue intérieure de l'éulise de saxta mari* la nuova (aujourd'hui san giovanni), a matera, en basilicate.

1. E. de RomiiiE, le Cartulairc de Cérjlise du Saint-Sépulcre, Paris, 1849; - S. Loffreoo, Storia délia città di Barletta, Tiiini, 189.1, p. 1 43 et 200.

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