LA POETE TRIOMPHALE DE CAPOUE. - FRÉDÉRIC II ET L'ANTIQUITÉ
Le monument élevé par Frédéric II au bout du pont romain ,1e Capoue ; 5on rôle défensif; date ,1e sa construction Aclm.rat.on . ont ,1a été entouré depuis l'époque angevine jusqu'au xvr siècle. Histoire ,1e sa destruction en I 557'
I. - Restes des tours de Frédéric 11 ; matériaux employés; construction digne d'un édifice romain. - Porte triomphal,:
ouverte entre les deux tours; descriptions qui permettent d'imaginer sa décoration sculptée.
II. -Fragments des sculptures de la porte triomphale qui ont été transportés au musée de Capoue; comment ils ont
été conservés et retrouvés. Statue de l'empereur ; figure allégorique de Capoue ; bustes de deux ministres ; huit tètes décorative! ; tête barbue formant clef de voûte. - Ressemblance de ces sculptures avec les œuvres romaines de basse époque. - Détail, de costumes qui ne sont pas antiques; l'expression des visages; ces sculptures sont contemporaines de Frédéric II. - L'architecte Nicole de Cicala; le sculpteur de la statue et des bustes est inconnu - La rena.ssance de la statuaire hors d'Italie ; la porte de Capoue et la l'ode d'or de Freiberg. Questions de date. Difficulté d admettre une mfluence de l'art allemand du xm< siècle dans les sculptures de Capoue. - Modèles imités parle sculpteur; ,dées exprimées. Les portraits. Le Jugement dernier et le jugement de César. L'apothéose de l'empereur Une pensée ,1 humaniste exprimée par un chapelain qui suivait Charles d'Anjou ili. - Frédéric II amateur d'art antique. - Les Augustales. La monnaie du Cabinet de Vienne et la statue de Capoue - Le rôle des artistes; le rôle de l'empereur. - Frédéric II, précurseur de la Renaissance classique. Les tours de Capoue et la porte triomphale de Castel Nuovo.
Au printemps de l'année 1233, Frédéric II revint d'Apulie en Campante et tint sa cour à Capoue. Il fit établir aussitôt les fondations d'un nouvel ouvrage fortifié qui devait défendre sa ville fidèle du côté du nord1. Les arches d'un pont romain traversaient le Volturne devant Capoue. Le pont avait été placé au point où la via Appia et la via Latina s'unissaient pour franchir le seul fleuve de la région campanienne; il donnait encore passage, au temps de Frédéric II, à la route qui descendait de Home par Terracine et Gaète, et qui pouvait amener vers Capoue les armées pontificales. Sous les rois normands, cette route traversait, avant d'atteindre le fleuve et la ville, un faubourg appelé Sant' Antonio e Terenziano. Le faubourg, qui avait été entouré de murs, pour former une sorte d'ouvrage avancé au delà du pont, se trouvait à moitié ruiné, avec son enceinte, dès le milieu du xne siècle -. Au mois d'août de l'année 1232, Frédéric II fit démolir les maisons et les murailles. Désormais le large fleuve creusait devant Capoue un fossé infranchissable pour qui ne serait pas maître du pont. Il restait à défendre le passage : Frédéric II y pour-
1 R.ccardo d, San fis»».™ (MmUTORl, R. I. S., VII, p. ,032 et 1034). Pour toute l'histoire de ce monument ie suis de près 1 étude très comp ete de M. de Fabmczy, Zut Kunstge.ohiokte ter Hohenstauferueit; K„iser Friedrich', fi Z LZl -, S TtZT P' iZel'SChrift far X,V> «<"«); je cite la pagination du lirage 4 part
2. Voir un passage de la chronique de l'abbé de Telese (MuaATom, R. I. S., V p. 633), cité par Fabriczy (p. 5).
vut, ries que le faubourg' eut été rasé, en dressant à la tête du pont un châtelet composé de deux tours entre lesquelles la voie romaine passait sous une porte triomphale. L'édifice était élevé jusqu'au faîte en 1239 ; le 17 novembre de cette année, Frédéric II envoyait de Lodi une lettre qui ordonnait de faire couvrir les deux tours1. Le 3 avril 1240, l'empereur, de retour à Lucera, commettait un certain Riccardo de Pulcara à la revision des comptes de la construction terminée 2.
Le monument que le registre de Frédéric II appelle « les tours du pont » ou « l'arc entre les tours », afin de le distinguer du castrum élevé dans la ville, de l'autre côté du fleuve, fut admiré pendant trois siècles, alors que les châteaux de guerre échelonnés sur la côte apulienne n'éveillaient plus aucune curiosité. Le prêtre André, chapelain des rois de Hongrie Béla et Etienne, qui accompagnait Charles d'Anjou dans son expédition contre Manfred, et qui célèbre, dans une chronique dédiée à Philippe, comte d'Alençon, la victoire remportée par le champion de l'Église et de Dieu sur le fils de l'empereur excommunié, no peut citer le pont de Vol turne sans vanter en passant la grandeur, la force et la beauté des tours qui avaient coûté, disait-on, à Frédéric II, plus de 20.000 onces d'or. Sous le règne de Robert le Sage, un jurisconsulte originaire des Abruzzes, Luca de Penne, insère dans son commentaire sur le Code de Justinien une description détaillée de la porte triomphale de Capoue. Au milieu du xv" siècle, l'évêque humaniste Giovan Antonio Campano, en parlant du siège de Capoue, dans sa biographie du condottiere Braccio di Montone, entame l'éloge classique des tours fameuses3.
Le monument qui était resté, sous les dynasties d'Anjou et d'Aragon, un objet d'admiration pour les hommes les plus éclairés, eut, sous la domination espagnole, un sort analogue à celui des châteaux d'Apulie, et plus fatal encore. Tandis que les hautes tours carrées do la forteresse de Bari restaient debout au milieu d'une épaisse ceinture de bastions, les tours du pont de Capoue furent rasées, en 1557, à une dizaine de mètres au-dessus du sol, par ordre du vice-roi, qui était le duc d'Albe.
Les restes des tours furent emprisonnés dans un large bastion rectangulaire. Un autre bastion fut élevé à l'ouest du premier et c'est entre les deux murs de pierre surmontés de terre gazonnée que passa, en faisant un coude brusque, la route qui continuait autrefois, majestueuse et droite, sous l'arche de la porte impériale.
La maçonnerie ancienne qui subsiste, engagée dans la construction du xvi" siècle, permet de juger au moins du plan et de l'appareil des deux tours. Un soubassement de plan
I. lk iLLAiiu-RmiiiOLLES, Hist. diplom., V, i, p. 513; Schulz, IV, p. :t, n" VI et VIII. ■>. HoniARD-BaiHolLES, V, n, p. 880 ; — Schulz, IV, p. 11, n° XXVI.
3. Sur ces divers témoignages, voir : Salazaro, l'Arco di trionfo con le torri di Federico II a Cupua ; Caserta, 1877 ; — Fabmczv, art. cité, p. 6-8 ; — V. Bindi, l'Àrco di trionfo di Federico II imperatorc a Capua (Arte e storia, 1884, p. 81-82).