LA PORTE TRIOMPHALE DE CAPOUE
octogonal, étagé en gradins, dont deux étaient visibles au-dessus du sol, portait les tours rondes; les quatre assises intérieures de ces tours, bâties à gros bossages, étaient séparées par une épaisse moulure de la construction en appareil lisse1. La pierre calcaire dont l'édifice est composé a pris le poli d'un marbre. Les joints sont si vifs qu'ils ne laissent pas de place au ciment ; peut-être l'évôque Campano disait-il vrai, en rapportant que les blocs étaient soudés entre eux par des tenons de plomb, à la manière romaine. On pourrait croire que les matériaux des tours de Frédéric II ont été tirés de l'amphithéâtre de la Capoue antique, qui avait été en partie démoli, avant le xui" siècle, pour la construction de la nouvelle Capoue. Cependant les bossages, plus saillants et plus réguliers que ceux des forteresses de la côte apulienne, sont moins vigoureux que ceux des portes romaines ; le profil des épaisses moulures n'est pas antique'. Les architectes de Frédéric II ont l'ail, tirer des pierres du mont Til'ata, qui avait été la carrière des constructeurs de l'amphithéâtre. En taillant et en assemblant ces matériaux neufs, ils ont certainement imité les monuments romains. L'union d'un soubassement en appareil rustique et d'une construction en appareil poli était inspirée de modèles analogues à ceux que Brunelleschi consulta pour dessiner la façade gigantesque du palais Pitti.
La baie fie la porte reste visible entre les deux tours, mais la voûte qui la surmontait a disparu; aucun témoignage ne fait connaître si la courbe était tracée en tiers-point ou en plein cintre. La face de la porte qui était tournée vers le nord, du coté opposé à la ville, est enfouie dans le bastion du xvi* siècle. Cette face de la porte n'était point bâtie en simple pierre : elle formait, entre les deux tours, une arche de marbre, décorée de reliefs et de statues. Les descriptions d'André le Hongrois, au xme siècle, de Luca de Penne, au xiv", et île l'évôque Campano, au xve, complétées par une relation qu'un érudit de Capoue, Scipione Sannelli, rédigea peu d'années après la démolition des tours », ne donnent qu'une image assez confuse de la décoration sculptée. Des statues antiques provenant de Capua relevé étaient érigées sur le couronnement de, l'édifice. Sous la voûte de l'arche triomphale des bas-reliefs de marbre, qui avaient conservé jusqu'au xvi'- siècle toute leur blancheur, représentaient « des trophées et des victoires de l'empereur1 ».
Au-dessus de l'arcade une image féminine en ronde bosse figurait Capoue, la ville fidèle"; elle ouvrait sa tunique pour montrer à la place de son cœur l'aigle impériale; un vers gravé au-dessus de la tète de la statue proclamait que la ville défendue par les (ours élevées devant le pont était la gardienne du royaume de Sicile :
Cesaris imperio regni custodia fio.
1 . Voir les croquis du plan et du profil des tours dans l'article de Fabriczy ; p. 10-11 ; fig. 1 et 2.