Suirnop, Vizantiniski Vréméni, t. IV, avec 2 planches
4. Ivoire Trivulzio (Milan); ivoire de Y Antiquarium de Munich (Ventuki, Storia dcll' Arte italianu, I, 1901, p. 77 et 79, lig. 60 et 61).
LES MOSAÏQUES CAMPA SIENNES ANTÉRIEURES A JUSTINIEN 61
ont aux épaules six ailes '. Un exemple de la même particularité est donné par un monument dont l'origine orientale ne peut être mise en doute : la chaire de marbre du Trésor de Saint-Marc à Venise. Sur cette chaire, les six ailes des animaux symboliques, au lieu d'être appliquées les unes contre les autres, s'élargissent en éventail, comme les ailes des monstres assyriens.
Ainsi, les premiers mosaïstes chrétiens de la Campanie, qui ont puisé plus d'un motif dans les traditions locales, décor pompéien ou peinture des catacombes, et qui se sont fait une technique notablement différente de celle qu'adoptèrent les plus anciens ateliers de Rome et deRavenne, ont parfois reproduit les grandes compositions triomphales des absides romaines, parfois imité les symboles de gloire qui rayonnent au sommet des coupoles de Ravenne, et parfois représenté des images propres à l'art chrétien d'Orient.
On peut être émerveillé de la complexité brillante de cet art, qui, lout en vivant de sa vie propre, semble avoir participé au rayonnement de l'art romain, de l'art ravennate et de l'art oriental. Mais comment expliquer la rencontre d'éléments si divers dans les écoles artistiques de la Campanie'.'
L'art romain, pour atteindre Capoue, n'avait qu'à descendre la Via Latina. De même les motifs orientaux insérés dans la décoration des églises campaniennes, — le Trône du Jugement, comme les Saintes Femmes au Tombeau et la Vierge glorieuse, comme les six ailes des animaux évangéliques, — auront été importés à Naples par mer. Il reste à expliquer que les artistes napolitains aient connu l'art de Ravenne. Comment une influence artistique se sera-t-elle transportée du littoral de l'Adriatique au golfe de Naples? Comment, au V siècle, la ville la plus florissante de l'Italie méridionale aura-t-elle subi l'hégémonie artistique d'une ville de l'Italie septentrionale, à laquelle ne l'unissait encore aucun lien politique? 11 faut le reconnaître, la seule hypothèse vraisemblable est celle d'une influence orientale, qui aurait atteint en même temps la Campanie, par le port de Xaples, et Ravenne, par le port de Classis. L'existence de motifs ravennates dans l'art napolitain, où ces motifs ont coexiste avec des motifs dont l'origine orientale est certaine, donnera un argument inattendu aux historiens qui soutiennent que, dès les dernières années de l'Empire d'Occident, Ravenne a été une Byzance d'Italie.
Il suffit d'avoir prouvé que, parmi les problèmes relatifs à la civilisation des premiers siècles chrétiens, doit se poser une « question napolitaine », liée indissolublement à la question ravennate Le jour où il sera démontré que l'art de Ravenne, dès la première moitié du ve siècle, ne se distinguait pas de l'art de Byzance etde Jérusalem, on saura du même coup que l'art des mosaïstes campaniens n'a été qu'une variété italienne de l'art oriental. Alors on ne pourra s'étonner de trouver des mosaïques orientales sous la coupole et sur les trompes d'angles d'un édifice qui, comme le baptistère de Naples, est un exemplaire d'architecture
1. Les symboles des Évangélistes portent également six ailes sur le précieux diptyque oriental d'orfèvrerie et d'ivoire qui est conservé dans le Trésor de la cathédrale de Milan (Vbntoki, Storia delV Arle italiana, I, fig. 388 et 389).
orientale plus pur que le mausolée de Galla Placidia. Mais, dans l'état actuel des recherches, l'histoire de l'art ne pourrait, sans imprudence, fixer la place des premières mosaïques napolitaines entre Rome et l'Orient. C'est à la condition de n'aboutir à aucune conclusion que les rapprochements indiqués dans notre étude conserveront quelque valeur, le jour où sera résolue, avec la question ravennate, la « première question byzantine».
Fie. il. — Le christ, médaillon de mosaïque