‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 39 sur 433 · Cf. Mim-z, lier. Areh., 1883, I, p · texte numérisé non relu

Cf. Mim-z, lier. Areh., 1883, I, p

LES MOSAÏQUES CAMP A NIE X NE S ANTÉRIEURES A JUSTÏNIEN 59

d'Engenioet de Chiôccàrelli, on voyait, au sommet de l'arc, l'image du Sauveur assis sur son trône; à droite et à gauche, en deux groupes inégaux, les sept chandeliers de l'Apocalypse et sept séraphins ; plus bas, dans les écoinçons de l'arcade, les vingt-quatre vieillards présentant leurs couronnes. Ce sont des motifs qui, tous, ont été représentés à Rome dans des mosaïques célèbres, les uns, au ve siècle, à Saint-Paul hors les Murs, les autres, au vi", dans l'église des Saints-Cosmo et Damieri.

Les deux basiliques napolitaines, décorées à l'exemple des premières églises de Rome, ont perdu depuis longtemps leurs mosaïques anciennes. Dans le baptistère, où les mosaïques du ve siècle brillent encore, on ne trouvera qu'une scène qui semble appartenir à l'iconographie romaine. Le Don de Dieu, qui n'a pris place dans aucune des absides de Ravenne, a été représenté en mosaïque, dès le v* siècle, dans les églises romaines de Sant' Agala in Suburra et de Sanl' Andréa Catabarbera 1 et, au siècle suivant, dans l'abside de l'église des Saints-Cosme et Damien. l'ourlant le motif du Don de Dieu n'était pas inconnu à Ravenne; si. dans cette ville, les mosaïstes l'ont négligé, les marbriers s'en sont emparés. Sur les grands sarcophages rangés dans la basilique de Classe, le Christ, tenant le rouleau de la Loi, est représenté, à plusieurs reprises, entre saint Pierre et saint Paul. Parfois le saint Pierre porte sur l'épaule une longue croix. Ce même détail reparait sur la mosaïque napolitaine.

Les autres motifs qui composent la décoration du baptistère de Soler sont étrangers à l'arl romain. L'arrangement même des draperies de soie, frangées d'or, qui sont simulées au-dessus de chacun des compartiments de la coupole, rappellera le vélum qui, sous la coupole du Baptistère des Orthodoxes, t'ait un dais continu au cortège des douze apôtres. Le labarum, qui, au sommet de la coupole du baptistère napolitain, apparaît dans un ciel constellé, et les symboles des Kvangélistes, nichés dans les trompes d'angles, sur un champ semé de larges étoiles, semblent répéter, à quelques pas du golfe de Naples, la décoration de la coupole basse qui surmonte le mausolée de Galla Placidia. C'est encore à la coupole de ce mausolée, comme à celle du baptistère de Soler, que fait penser la petite coupole du baptistère élevé par saint Paulin, qui, elle aussi, offrait une image en miniature de la voûte étoilée. Dans l'abside de la grande basilique du cimetière de Nola, la croix triomphante rayonnait, comme sous la coupole du baptistère de Xaples: les agneaux qui faisaient cortège à cette croix et tout le décor de l'apothéose annonçaient, ainsi qu'on l'a remarqué, la composition célèbre qui se déploie dans l'abside de Sant' Apollinare in Classe. Par une série de détails, qu'on peut énumérer un à un, les mosaïques campaniennes se distinguent des mosaïques de Rome et se rapprochent de celles de Ravenne2.

Ces motifs sont-ils d'invention italienne ou orientale? On ne peut en décider par des

1. Voir les reproductions de ces mosaïques détruites dans l'ouvrage de Ciajipi.ni : Vet. Mon., pl. l.XXVl et LXXVII.

2. La parenté des mosaïques campaniennes avec les mosaïques ravennales a été reconnue par M. Kiuus : Gesch. (1er Christ. Kunst, I, p. 420.

comparaisons. Mais, dans les mosaïques capouanes du v" et du vi° siècle, on relèvera deux détails, qui se retrouvent l'un à Rome, l'autre à Ravenne, et qui l'un et l'autre semblent appartenir à l'iconographie orientale.

Dans la chapelle de Santa Matrona, attenante à l'église de San Prisco, et dont le décor tout entier offre de si curieuses ressemblances avec celui de deux édifices de Ravenne, l'église de San Vitale et la chapelle funéraire de Galla Placidia, on a remarqué, parmi les mosaïques, les restes d'un trône sur lequel est posée une colombe nimbée. Peut-être un trône semblable figurait-il parmi les étoiles, au sommet de la coupole de l'église voisine. Ce trône vide, préparé pour le .logement et pour le Triomphe, a pris place, à Rome, au sommet de l'arc triomphal de Sainte-Marie Majeure, parmi des personnages vêtus de brocart et de pierreries. Il deviendra par la suite le symbole de la puissance divine clans la peinture byzantine, ce que le Manuel de l'Atbos appelle

D'autre part, la Vierge glorieuse, que l'évêque Symmaque fit représenter, dit-on, au ve siècle, dans l'abside de la cathédrale de Capoue, ne se montre pas dans les absides des basiliques romaines. Celles-ci sont exclusivement occupées, du ive au vue siècle, par l'image du Christ glorieux. C'est seulement à Ravenne, dans l'abside de l'église Santa Maria Maggïore-, et, en pays byzantin, dans la grande abside de la basilique de Parenzo et dans le sanctuaire de deux églises de Chypre3, qu'on rencontre, au vie siècle, l'image de la Tbéotokos, glorifiée par le concile d'Éphèse.

Enfin d'autres détails, clans la décoration compliquée du baptistère napolitain, ne se retrouvent sur aucune des œuvres d'art exécutées en Italie avant le vie siècle.

L'apparition de l'Ange aux saintes femmes qui s'approchent du tombeau du Christ n'a point été figurée sur les sarcophages des fidèles, italiens, parmi les scènes qui racontent les défaites de la Mort : en dehors du baptistère de Naples, le groupe du jeune homme assis devant l'édicule funéraire et des femmes prosternées ne se voit, au v" et au vic siècle, que sur deux ivoires, qui, comme les ampoules de Monza, célèbrent la Résurrection et l'Ascension, avec les autres mystères dont le souvenir était présent dans les Lieux saints. Ces ivoires, comme ces ampoules, proviennent, suivant toute vraisemblance, de la Palestine ''.

Sur l'un des ivoires qui représentent l'ange et les saintes femmes au Tombeau, le feuillet de diptyque de la collection Trivulzio reparaît le plus singulier des détails qu'on a relevés dans l'analyse des mosaïques du baptistère napolitain : les symboles évangéliques

i. Cf. P. Durand, Elude sur l'Etimacia, symbole du Jugement dernier dans l'Iconographie grecque chrétienne, Paris et Chartres, 1837, in-8°.

•2. E. MO.vrz, American Journal of Archzeology, I, 188"., p. 124-125 ; Zimmeuman.v, Giotto, I, p. 28-29.

Page 1