‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 42 sur 433 · Mi'NTz, fier, areh., 1883, I, p · texte numérisé non relu

Mi'NTz, fier, areh., 1883, I, p

Ci DE LA FIN DE L'EMPIRE ROMAIN A L'INVASION SARRASINE

l'abside de la Stephania une Transfiguration', c'est-à-dire la composition même que Justinien, peu d'années auparavant, fit représenter dans l'abside de l'église Sainte-Catherine, sur le mont Sinaï3.

11 ne s'est conservé à Naples aucune décoration d'ensemble, en mosaïque, qui soit postérieure au v" siècle et antérieure au xiv". Cependant on peut se faire une idée de la technique adoptée par les mosaïstes napolitains, vers le temps de l'évêque Jean, d'après les restaurations anciennes que nous avons relevées parmi les figures qui décorent le baptistère de l'évêque Soter. Le Christ qui donne la Loi, drapé d'une tunique d'or, et la Samaritaine, vêtue de blanc (fig. S), sont comme enserrés dans des gaines rigides, dont les plis rares tombent droit, comme ceux des draperies que portent, sur les mosaïques ravcnnates du vi" siècle, les personnages vélos à l'antique. Le contour et les traits des visages, auxquels des yeux énormes donnent nu air hébété, sont soulignés d'un large cerné noir. Le ton de chair, bien loin d'être fait de teintes grises et livides soigneusement dégradées, comme sur les figures napolitaines du v" siècle, est piqueté de touches criardes des tons les plus heurtés. Cette technique, qui compose une tache brillante avec des ingrédients multicolores, est exactement celle des ai-listes ravennates, qui, en décorant l'abside de San Vitale ou celle de la cathédrale de Parenzo, en [strie, semblent avoir préludé aux hardiesses modernes des « pointillistes ».

L'évêque Jean fit encore exécuter à Xaples, dans la basilique de Saint-Laurent, une décoration composée de plaques de marbres, exmarmorum crasiis. Nous pouvons nous faire une idée de ces décorations campaniennes du vie siècle par les remarquables fragments de pavement historié qui ont été retrouvés dans la cathédrale de l'ancienne Capoue. Ces fragments, au nombre do cinq, formaient une grande rosace d'entrelacs inscrite dans un carré 3. La bordure est faite d'une série d'enroulements circulaires ; dans les quatre écoinçons est figuré un vase entre deux oiseaux affrontés; au centre, dans un cercle à fond blanc, un aigle, de dessin fort mesquin, tient dans ses serres un poisson [fig. 13.) Les oiseaux, comme les entrelacs, sont cernés d'un gros trait noir. Le ton général de la mosaïque est un gris roux, qui n'a pas plus d'éclat que les couleurs des pavements antiques les plus communs. Les longs rubans couverts de nattes pourraient être directement imités de mosaïques romaines, comme celle qui formait autrefois le pavement de l'église de Sainte-Constance. Mais

1 . y, G. IL, Script, rer. lonij. et ital., p. 410 ; — C.vrAsso, Monumenta Neap. Due., I, p. 177. — Cf. Mi.vrz, Revue arch., 1883, I, p. 29.

2. M1" de Laborde, Voyage de l'Arabie Vitrée, 1830, in-f°, p. 07, pl. xvn. Cf. Gaiirucci, pl. 268. Une photographie médiocre de la mosaïque est donnée diins l'album de Kondakopf : Voyage au Sina'i eu 1884 (en russe), Odessa, in-f", pl. XXVIII.

Nous ne savons rien de la décoration nouvelle dont l'évêque Étienne para la Stephania au vine siècle, après un nouvel incendie, et qu'il accompagna d'ingénieuses inscriptions métriques, où il faisait allusion au phénix renaissant de ses cendres : •< ... Eamdem renovavit ecclesiam, versibus ad instar Fenicis descriptis » (M. G. H., Script, rer. ital. et long., p. 426). Il i'st impossible d'admettre la laborieuse explication que Muratori donne de ce passage si clair: « Hexametros et pentamètres arbitrer, ex quibus hexametri, repefitis tribus postremis pedibus pentametri prœcedenfis, conflantur, ad instar Phœnicis, fabulostc volucris, quia ex se renascuntur » (R. I. S., I, I , p. :<l I, n. 8'à).

3. Voir une restitution satisfaisante dans Salazaro, I, pl. III; reproduite par Garrucci, III, pl. 277.

ce qu'on chercherait en vain dans les décorations gréco-romaines et jusque dans les fantaisies alexandrines de Ylsium de Pompéi, ce sont les combinaisons de ces bandes couvertes de nattes ou de triangles. Au lieu de former chacune un élément indépendant qui, circonscrit dans un cadre, comme une étoile ou une croix de mosaïque dans son alvéole, se juxtapose à des éléments semblables, sans les pénétrer ou les traverser, les bandes se croisent et se nouent entre elles. L'entrelacs n'est plus, dans le décor, une partie d'un tout; il est lui-même le tout. C'est là un principe de décoration entièrement différent du principe gréco-romain, et qui se rapproche du système primitif, qui fui si longtemps conservé par les orfèvres barbares. Mais • les entrelacs du pavement de Capoite se distinguent des -"j^ entrelacs gravés sur les fibules eaueasiques ou germa- ^ 3f v"'^ ' ..

niques en ce qu'ils concourent à former, non pas un \$f *'?'. ■•* . -..:.y\ :v?>v»v

écheveau embrouillé, mais une rosace géomélriquemenl '■' ' 1 • , flh, jjfc

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régulière et ordonnée par rapport 5 un ccnlrc. Cotte variété ^«V*** % ' ,'■ / /'/.. d'entrelacs, ègalemenf étrangère à l'art gréco-romain cl à '.ï?v ; <B*v. l'industrie des peuples du Nord, se développera merveilleuse- ./^-vv" ' " . . ment dans les arts de l'Orient musulman ; si l'on en veut ô '.••<•.' découvrir les premiers exemples et l'origine, c'est dans *'.'... .'.

l'art byzantin qu'il faut chercher. On trouvera une e bi-

naison d'entrelacs presque aussi complexe que celle du ' pavement de Capoue sur une miniature qui décore le frontispice d'un manuscrit célèbre, et dont l'origine byzantine • ,' ne peut être mise en cloute : car, dans la rosace formée par les rubans nattés, est peint, entre les allégories de la Sagesse

et de la Grandeur d'âme, le portrait d'une princesse de FlG, pBVIiMBSr D'ms mosaïque Byzance, morte en l'an 527, Juliana Anicia'. Le pavement ",: "v™""" "l: vr "*out' A SAV,A retrouvé rend le môme témoignage que la mosaïque perdue

de la Transfiguration et que les figures du vi" siècle insérées dans les mosaïques du baptistère de Soter. L'art des mosaïstes campaniens, qui avait été enrichi dès le v" siècle d'éléments orientaux, fut, après la conquête byzantine, un ail tout oriental.

Parmi les villes célèbres dans l'antiquité qui bordaient les côtes de l'Adriatique, au sud du Gargano, et le rivage de la mer Ionienne, les seules qui, dans les dernières années de l'Empire romain, aient gardé quelque prospérité, sont les villes d'Apulie, voisines de l'Ofanto. Canusium, continuellement enrichie par le commerce des blés et des huiles, élevait au ive siècle un monument à Constantin et à ses fils, et une statue équestre, en bronze doré, au père de Théodose '. Puis la domination des Golhs s'établit sans violences dans la ville

1 . Celle miniature a été souvent reproduite, et notamment, en couleurs, par Lababte, Histoire des Arts industriels, II, pl. XLIH. Cf. Kuaus, Geschichte dcrChrisll. Kunst, II, p. 4S9-460.

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