‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 51 sur 433 · Zimuehma.nn, Oberitalienische Plasiik, p · texte numérisé non relu

Zimuehma.nn, Oberitalienische Plasiik, p

tecte a eu l'idée bizarre de faire sortir ce décor, sec et plat comme une découpure, de la sculpture romaine 1 en décomposition, toute boursouflée ef vermiculée par les morsures du trépan. Pour établir que le système de décoration qu'on trouve à la fuis à Naples, à Home el en Lombardie, n'esl ni lombard, ni romain, il nous suffira peut-être d'un fragment perdu dans une ville de l'Italie méridionale, qui. du vt" au xie siècle, resta aux mains des (irecs.

Fie. 14. — Chapiteau du vt" siècle et colonnes gravées du IXe dans la crypte de la cathédrale d'otra.nte.

Si l'on descend dans la crypte de la cathédrale d'Otrante, on distinguera, au milieu de cette vaste et étrange forêt de colonnes antiques, et parmi des chapiteaux du xue siècle, deux de ces chapiteaux, en forme de corbeille tressée, et flanqués de quatre aigles, que. les marbriers de Proconnèse fabriquaient au vi' siècle pour l'exportation 2 ; puis quatre colonnes en marbre blanc, toutes gravées de rinceaux plats, et qui, sans doute, ont supporté la coupole d'un ciborium (fig. 14); et enfin, dans l'ombre, devant un autel, une plaque de

1 . Ma7.z\nte, la Scollvra omameiitale romana (Ici bassi tentpi (Arch. stor. dclC artc, I89fi ; voir surtout p. 184).

2. Un grand nombre de chapiteaux semblables sont réunis à Sainte-Sophie de Constanlinople [Salzbnberg, pl. XX, n° 1) et à Saint-Marc de Venise [la Basilica, etc., fig. 81, 127 C, 127 D, 241, etc.). Il s'en trouvait dans les églises chrétiennes de l'Afrique, qui ont été placés par des architectes musulmans sur les colonnes des mosquées de Tunis et de Kairouan. Ces chapiteaux à corbeille tressée furent imités à Home : voir les chapiteaux du ciborium de Saint-Clément (514-523), publiés par Cattaneo, p. 34.

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transenna ornée de palmettes aux tiges arrondies (fig. 15). Ce dernier fragment est parfaitement identique à d'autres plaques, qui se trouvent, l'une à Home, dans l'église Santa Maria in Trastevere '. et l'autre à Ferenlino, dans l'Etat romain.

Commenl supposer qu'un motif d'origine lombarde ou romaine eût été transmis, au vin" ou au i\" siècle, dans un port de la mer Ionienne qui sut se défendre contre les Lombards, par lesquels il était enserré du côté de la terre, et ne garda de débouché que du côté de l'Orient? N'est-il pas naturel d'admettre que des motifs identiques aient été importés en même temps à Otrante et à Rome! El cette importation, qui, pour l'une îles villes tout au moins, devait prendre la voiede mer, d'où a-t-elle pu venir, sinon de la Grèce ou de Byzanee? La transenna d'Otrante est un argument nouveau en faveur de la thèse soutenue par les savants qui, en Italie et en France2, ont reconnu l'origine orientale de ce décor sans relief et sans accent, composé uniquement île palmettes, d'entrelacs, de rosaces et de silhouettes, qui, dans les siècles les plus obscurs du moyen âge, a remplacé le bas-relief sur le mobilier des églises de Grèce et d'Italie.

15. — Fragment d'une <> transenna » de style oriental, dans la crypte de la cathedrale d*otrante.

A côté de ces sculptures sans relief, communes dans toute la péninsule, Naples possède un très important monument île sculpture, qui remonte au ix" siècle, et qui n'offre aucune ressemblance avec les plaques sèchement décorées à la mode byzantine dont certaines églises de Home sont encore pavées. Ce monument n'a jusqu'ici attire l'attention d'aucun archéologue, bien qu'il soit connu de tous les hagiographes. C'est le fameux Calendrier de l'église napolitaine, gravé sur deux longues plaques de marbre, qui a été retrouvé, en 1742, dans une restauration de l'église San Giovanni Maggiore, où les deux morceaux étaient noyés dans la construction.

La décoration sculptée sur les deux plaques, au revers des inscriptions, était identique :

1. Cattaneo, p. 171, fig. 03 6; cf., à la page suivante, la flg. 93 G.

2. Cattaneo, ouvr. cité ; Frothincham, American Journal of archxology, X, 1895, p. 182 et suiv. ; L Col-rajod, Leçons professées à l'Ecole du Louvre, et publiées par MM. André Michel et H. Lemonnier, Paris, 1899, t. I, les Origines; Cfe A. Mahignan, Un historien de l'Art français, Louis Courajod, Paris, 1899, ch. IV, p. 73-87.

des rinceaux d'un relief très ferme, des chevaux ailés, des lions ailés et des griffons, tous d'un modelé très accentué et de l'allure la plus fi ère (fig. 16). Sur l'une des plaques, les animaux étaient représentés en marche; sur l'autre, ils étaient représentés courant et à demi cabrés1 (fig. 17). Lorsqu'on a transporté, au xvm" siècle, les marbres de San Giovanni dans la chapelle privée de l'archevêque de Naples, on les a sciés sur leur épaisse tranche, de manière à pouvoir exposer à la fois les deux faces, celle où étail gravé le texte et celle qui portait la décoration. Une moitié de la face sculptée de chacune des deux plaques a été laissée de côté et se trouve peut-être engagée dans la muraille. La plaque couverte d'animaux qui esl exposée comprend deux moitiés rapprochées de chacune des plaques : sur l'une des moitiés, les animaux marchent, sur l'autre, ils courent.

La longueur totale de la plaque ainsi reconstituée est de 5"', 50 (fig. 12).

Les deux érudits napolitains, qui, lors de la découverte du Galen- F drier, en ont longuement étudié le

texte, s'accordent pour en placer la rédaction vers le milieu du ix" siècle '. Peut-on admettre que l'on ait repris, pour y graver le Calendrier, des plaques sculptées antérieurement? Pour quel usage aurait-on décoré ces magnifiques morceaux de marbre? En auraiton fait des montants de porte? Il est clair que la décoration était destinée à être placée horizontalement. Pour décorer des portes avec ces plaques, il eût fallu m faire des linteaux ; et comment un linteau de plus de 5 mètres de portée eût-il soutenu la pesée d'un mur?

Si les sculptures ne peuveni être antérieures au Calendrier gravé, il rus le qu'elles en soient contemporaines. Et c'est ce que l'on admettra sans peine, pour peu que l'on compare le travail du ciseau sur les feuillages des rinceaux et sur les chapiteaux des colonneltes qui séparent les mois du Calendrier .

Dès lors, où aura- t-on pu placer, dans l'église San Giovanni, ce Calendrier décoré sur ses deux faces et qu'on ne pouvait adosser à un mur, sans masquer les sculptures ou les inscriptions? Je ne vois qu'une hypothèse, c'est que ces deux longues plaques, disposées boni à bout, et peut-être séparées par un étroit intervalle, aient formé, en travers de la nef, l'architrave d'un iconostase, dont il resterait à trouver ou à imaginer les supports. Or, dans un des bas côtés de l'église San Giovanni, il existe encore une plaque de marbre, couverte de

16. — DÉTAIL DES RELIEFS SCULPTES SUIl LUN DES MARBRES 11U IXe SIECLE CONSERVES DANS LA CHAPELLE DE l'auCHEVÈCHÉ DE NAPLES.

1. Cf. Mazzocchi, In vetus mmmoreum Sanctir Neapolitanse Ecclesix Kalendarium commenlarius, Naples, 1744-43 ; — Sadhatini, // vetusto Calcndario Napoletano, Naples, 1744-1768.

2. Cf. Mazzocchi, ouv. cité, I, p. xvm et suiv. : Viatriba de aetate hujus marmorci Kalendarii. L'auleur démontre que le Calendrier ne peut être ni antérieur à 840, ni postérieur à 850.

rinceaux et d'animaux, identiques, pour le dessin et le relief, à la décoration du Calendrier, mais exécutés à plus grande échelle. Au milieu du décor compliqué se détachent deux animaux de grande taille, un cerf ri un cheval ailé, qui se regardent dans une Hère attitude [fy. 18). Celle nouvelle plaque est la partie médiane d'une sorte de transénna : au milieu

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Grandes plaques de marbre sculpté, portant, sur uni: face, des him:i:au\ et iiks i-iguhes lp animaux ailés, et,

/AUTRE, UN CALENDRIER IiK I." Ki. LISE NAPOLITAINE, RÉDIGÉ VERS SliO. KtaT DES DEUX PLAQUES APRES LEUR DÉCOUVERTE, EN D'APRÈS LES GRAVURES PUBLIÉES PAU UAZZOCCBI.

îles rinceaux se détachent deux colonnettes auxquelles deux autres faisaient pendant. Supposons que le parapet, qui , dans l'état actuel, a 0"',76 de haut, ait eu seulement quelques centimètres de plus; prolongeons au-dessus de ce parapet les quatre colonnettes, et nous n'aurons qu'à poser sur leurs chapiteaux une des plaques du Calendrier pour obtenir une partie de l'iconostase que nous cherchions à reconstituer.

Quoi qu'il en soit de l'arrangement primitif de ces trois plaques, leur décoration sculptée suffit à retenir l'attention. Le relief accusé, le modelé musculeux des corps de lions ailés,

la tête puissante du grand cerf, l'ampleur des volutes, laissent bien loin les pauvres découpures de la transenna de Sânt' Aspreno. Faut-il, d'au Ire part, démontrer par le menu que cette sculpture savante n'est pas une imitation directe de quelque modèle romain? Le feuillage même n'est pas l'acanthe classiq ue: si l'on voulait retrouver ces fortes tiges creusées degravures profondes, ces pousses de feuilles maigres et pointues, ces nœuds robustes, il faudrait chercher, non à Rome, mais à Athènes, ou à Alexandrie, ou en Asie Mineure, sur quelque irise ionique, descendante dégénérée de celle de I'Erechteion. Nous pouvons noter ici un de ces

Fui. 18. — Fragment d'une transe.nxa du ixc siècle, trks richement sculptée, dans l'église san giovanni maggiore, a naples.

éléments grecs qui on! passé directement dans l'art byzantin, sans l'intermédiaire de l'art gréco-romain'. Quant aux animaux, ce sont les bètes fantastiques des légendes et des étolïes orientales. Sur une tenture de soie, exactement contemporaine du Calendrier de Naples, et qui fui donnée par un pape à une église romaine, on voyait, comme sur le parapet de San Giovanni Maggiore, un cheval blanc ailé-. Les griffons qui se cabrent parmi les volutes sont pareils, même pour le relief et le travail de ciseau, à ceux qui, sur un marbre grec du xe siècle, encastré dans une paroi extérieure de Saint-Mare de Venise, emportent au ciel Alexandre le Grand dans son char magique3.

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