‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 67 sur 433 · I DU PLAN · texte numérisé non relu

I DU PLAN

rectangulaire. A gauche de l'ouverture apparaît l'ange de l'Annonciation, vêtu de blanc (H). Soutenu par ses grandes ailes étendues et son vêtement qui vole, à peine semble-t-il poser à terre. Le messager tient dans la main gauche le long bâton des hérauts; de la main droite, il esquisse un geste de bénédiction. De l'autre côté de la fenêtre, la Vierge, vêtue en princesse, avec une petite couronne, s'est levée de son haut et large siège. Elle regarde de face, comme si elle craignait de tourner son regard vers l'ange : sa main droite est levée, en signe d'étonnement; sa main gauche tient un long fuseau (H', Pl. III, n° 1).

Deux autres scènes (I et J) représentent la Nativité en trois groupes distincts. Sur la paroi voisine de l'ange Gabriel, on voit la Vierge étendue sur un long matelas et tout enveloppée d'un ample voile sombre; près d'elle à droite), saint Joseph, assis, la regarde attentivement, et, le doigt levé, il semble méditer le mystère [fig. 32). Sur la paroi qui fait face, on dislingue, en liant, quelques traces de la crèche, avec l'Enfant au maillot. Plus lias, Jésus, déjà grand, est debout, entièrement nu, dans une grande vasque qui ressemble à un bénitier; deux femmes sont occupées à le laver (J, fig. 33) : l'une d'elles est la sage-femme de l'Évangile apocryphe (SALOME).

Une dernière peinture, de l'autre eôté du retrait, où sont représentées l'Annonciation et la Nativité, fait pendant à la Crucifixion. On y voit, dans une grande auréole circulaire, la Vierge en costume royal, assise sur un trône. Elle porte à deux mains, sur ses genoux, une auréole elliptique dans laquelle Jésus est assis, tenant un volumen dans la main

gauche, et bénissant à la grecque. A gauche de l'escabeau sur lequel s'appuie la Mère de Dieu, un moine en aube à larges manches est à genoux et se prosterne, pour prendre le pied de la Reine et le baiser. Ce moine, comme l'abbé, porte un nimbe rectangulaire

{1, fig. H).

La voûte qui couvre le petit liras de la croix est, comme les parois latérales de la chapelle, revêtue d'un enduit de stuc fin et poli, sur lequel deux grandes figures sont peintes. L'une (M) est un Christ à barbe brune, assis et bénissant. Plus loin, vers l'abside (on N), on remarque, dans une large auréole circulaire, une Vierge (SCA MARw ! , qui porte le

Fie. 33. — L'enfant jksus lavé par les

SAGES-FEMMES. FrESOUE DU IX0 SIECLE, DANS LA CHAPELLE SAINT-LAURENT AUX SOURCES DU VOLTUHNE (J DU PLAN).

même costume que la Vierge de l'Annonciation, et fait de la main droite le même geste; elle appuie la main gauche sur un livre où on lit : (Ecce beatam) ME DICENT. C'est, de toutes les figures, celle qui a le mieux conservé la fraîcheur de son coloris [Pl. 111, n" 3).

Il est évident, à première vue, que les peintures que nous venons de passer en revue ont été exécutées d'un coup et par une seule main. De môme, il suffit d'un coup d'oeil pour apercevoir dans cette chapelle obscure des détails rares ou uniques dans la série des peintures italiennes du moyen âge. Le voyageur sent confusément qu'il est mis en présence d'un ail ancien, dont les spécimens oui presque tous disparu. Mais il faut préciser : la date de ces peintures peut, comme l'a remarqué W Piscicelli, être fixée à vingt ans près. Le portrait de l'abbé Épiphane, dont le nom se trouve inscrit au pied du crucifix, est accompagné du nimbe rectangulaire, par lequel, à partir du vm8 siècle, on a distingué les vivants des saints auxquels ils rendaient hommage. Épiphane a été abbé de Saint- Vincent du Vol I urne depuis l'année 826 jusqu'à l'année 843. 11 succédait à l'abbé Talaric, qui, continuant dignement les traditions de son prédécesseur Josué, avait bâti au bord du Volturne les deux églises du Saint-Sauveur et de Saint-Michel Archange. Épiphane, à son tour, éleva, dans deux îles voisines du fleuve, deux églises dédiées, l'une à la Vierge, l'autre à saint Laurent '. On a reconnu, dans la chapelle enfouie, les images de saint Laurent et de saint Etienne, debout aux deux côtés du Christ, et le martyre des deux saints diacres. Quant aux îles dont parle le chroniqueur, elles ne sont autres que les deux monticules, dont l'un porte encore l'édifice bâti par Épiphane. Autrefois ces îlots étaient entourés par le fleuve, plus largement épandu sur le plateau. Aucun doute n'est possible : on a retrouvé, au milieu des montagnes samnites, une suite presque intacte de fresques qui remontent à l'époque carolingienne.

Un détail vient encore augmenter le prix de la découverte : le moine prosterné aux pieds de la Vierge, et qui, comme l'abbé Épiphane, était au nombre des vivants quand la chapelle fut décorée, parait être l'auteur même des peintures. Pourquoi, en effet, un second portrait aurait-il trouvé place dans l'édifice, près de celui du vieillard qui avait commandé construction et décoration, si ce jeune Bénédictin, en aube de lin. n'avait pas pris à l'œuvre une part qui justifiât une altitude de donateur? On citera plus loin une miniature dessinée, en 1072, au frontispice d'un des plus magnifiques manu-

'fc. 34. — Un diacre bénédictin prosterné aux pieds de la vierge heine. fliesijue du ix^ siecle, dans

LA Cil A PELLE SA I XT-L A 1 1 H EN T A U X SOURCES DU VOLTURNE. — Au-DES- SOUS DU GROUPE PRINCIPAL, l-DESOUE DU Xe SIÈCLE (L DU PLAN).

i. « jEdiflcavit vero duns ecclesias, Sanclœ Mariœ in insula, et Sancli Laumilii in alia insula. » {Chron. Vult., ap. Muhatori, R. J. S., [, n, p. 38o E.i

scrits du Mont-Cassin; là. tandis que l'abbé Jean, sur l'ordre de qui le livre a été écrit, s'avance, en compagnie de l'abbé Desiderius, vers saint Benoît assis et bénissant, un moine imberbe est prosterné devant le saint et prend son pied pour le baiser; ce moine, comme l'indique le quatrain écrit au bas de la page, est l'auteur de la miniature, le peintre Léon. Il esl permis de croire que le jeune moine agenouillé devant la Vierge devant la chapelle de Volturne est, lui aussi, le peintre des fresques. De même que la miniature de Léon est un précieux reste de l'art du Mont-Cassin au temps de l'abbé Desiderius, de même les peintures du Volturne représentent l'art qui fut pratiqué, pendant une première période de prospérité, dans les deux grands monastères bénédictins de l'Italie méridionale.

Reste à préciser, par l'analyse, les caractères de cet art, et à en déterminer l'origine. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la hardiesse presque téméraire du dessin. Le peintre indique d'un trait énergique les mouvements les plus violents; il se complaît à exprimer do son mieux la légèreté des ligures ailées, et à faire voler dans les airs les pans des tuniques et des manteaux. Sans doute ces audaces sont accompagnées de puériles maladresses : ainsi les mains des deux grandes Vierges sont d'une longueur démesurée ; leurs genoux sont grossièrement marqués sur la tunique par deux cercles. Les jambes de quelques personnages sont allongées et comme étirées, sous des torses assez bien proportionnés aux tètes. Mais, en même temps, le type des visages, l'ovale un peu arrondi, les yeux bien fendus, le nez droit et assez court, la bouche petite et sans grimace, semblent rappeler de loin des modèles classiques. De même le coloris est assez habile pour évoquer le souvenir des fresques pompéiennes. L'artiste, comme dans les peintures gréco-romaines, procède en plaquant des « lumières » sur un « dessous » foncé. La silhouette des personnages n'est séparée de la demi-teinte des fonds que par un contour très mince et à peine perceptible, destiné seulement à appuyer le contraste des valeurs. Bien que les couleurs soient superposées, sans se fondre, et que les plis des draperies, par exemple, soient représentés par la juxtaposition de rayures d'intensité diverse, le résultat obtenu est plus harmonieux qu'on ne peut l'imaginer d'après des reproductions durcies par la lumière brutale du magnésium. Les tons employés sont peu nombreux et peu éclatants; ils se maintiennent dans la gamme des bruns, des rouges et des jaunes, dont l'accord donne une sorte de camaïeu blond.

Ces peintures finement modelées, dans un ton doux et presque monochrome, diffèrent profondément des brutales enluminures barbouillées aux parois de quelques catacombes romaines, après le vi" siècle : faces rondes, uniformément cernées d'un large trait noir et marquées aux joues de plaques vineuses, corps sans mouvement, raidis clans des plis droits. Bien plutôt les saintes porte-couronnes rappelleront, par le ton du coloris,

autant que par la richesse orientale clu costume, les cinq ligures de martyres encore visibles dans le vestibule de la catacombe napolitaine de San Gennaro, et qui ont été peintes au xtn siècle dans un temps où Naples était largement ouverte à la civilisation byzantine1. Le travail « gouache », par lequel le peintre bénédictin a indiqué les ombres et les lumières, comme aussi le dessin des attitudes vivantes et des draperies volantes, fait penser aux miniatures de deux célèbres manuscrits byzantins, le Grégoire de Nazianze, décoré à la fin du ixe siècle pour l'empereur Basile V", et le Ménologe, peint pour Basile 11, un siècle plus tard3.

Dans les deux manuscrits impériaux, comme dans la chapelle du Volturne, on observe, à côté de personnages immobilisés dans une attitude de cérémonie, des anges el des bourreaux d'une allure impétueuse; à côté de patriciens en costume de cour, des saints drapés à l'antique dans des manteaux de laine1.

De même, parmi les motifs qui concourent à la décoration de Pédicule, il en est plusieurs qu'on retrouve dans l'art byzantin, soit avant, soit après le ixe siècle. La procession des saintes passe devant nos yeux comme une suite de la longue et splendide théorie qui, à Bavenne, se déroule tout le long de la nef de Sauf Apollinare Nuovo. Quant au groupe des anges qui se tiennent debout dans la petite abside de la chapelle bénédictine, il reparaîtra jusqu'au xme siècle et au delà, dans le sanctuaire des églises grecques. De même la Vierge de la voûte domine l'autel, comme dans l'église de Parenzo, où sa grande image occupe le fond de l'abside, tandis que le Christ est assis à la croisée des voûtes de la chapelle, comme le Pantocrator, qui trônera dans les coupoles grecques, depuis le ix" siècle jusqu'à nos jours.

Nous devrons nous arrêter plus longuemenl à l'examen de deux motifs, moins connus ou plus rares que les précédents : la figure allégorique de Jérusalem en pleurs et le bain de l'Enfant Jésus.

La personnification de la ville de Jérusalem est un souvenir de Part antique, adapté aux idées chrétiennes5. Cette femme assise sur un rocher et couronnée de tours n'est autre que l'image. — moitié divinité, moitié allégorie, — de la Fortune de la ville, de la ■{*/;,„ dont les statues se multiplièrent, sous les successeurs d'Alexandre, dans l'Asie

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