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DANS LA CHAPELLE DE SAINT-LAURENT, AUX SOURCES DU VOLTURNE

LES COMMENCEMENTS DE L'ART BÉNÉDICTIN 101 villes peintes sur le rouleau du livre de Josué; Celle image doit être rattachée au cycle de figures antiques que s'appropria le premier art byzantin1. Entre toutes les représentations analogues qui se sont conservées sur les ivoires et les miniatures, la 1%, de Jérusalem, peinte clans la chapelle du Volturne, est eelle qui rappelle de plus près, par son attitude même, la statue exécutée pour la ville d'Antioche par un élève de Lysippe

L'idée de représenter l'Enfant lavé dans un grand bassin par une ou deux femmes n'a été suggérée aux peintres ou aux sculpteurs par aucune tradition écrite, soit canonique, soit apocryphe. Les deux « Évangiles de l'Enfance » ne font pas allusion à la scène du bain : ils nomment seulement les sages-femmes Salomé et Zélémi, en racontant les légendes relatives à la manifestation de la virginité de Marie. Selon ces légendes, la vérification solennelle de la miraculeuse prérogative accordée par Dieu à sa Mère aurait été faite par deux fois : avant la délivrance de Marie, dans le Temple de Jérusalem, et après celte délivrance, dans la crèche de Bethléem. Pour répondre aux accusations répandues par la rumeur publique, Joseph et Marie auraient été convoqués dans le sanctuaire, devant le grand prêtre Abiathar, pourboire « l'eau du breuvage du Seigneur, telle que si un parjure la goûtait et ensuite faisait le tour do l'autel par sept fois, Dieu donnait un signe sur la face du coupable3 ». Celte première épreuve fut la seule que les artistes de Byzançe et de Ravenne représentèrent dès le temps de Justinien : sur les diptyques de Paris et d'Etchmiadzin4, et sur la chaire de Maximien, on voit la Vierge, debout auprès de saint Joseph, approcher une coupe de ses lèvres. La seconde épreuve fut faite par Salomé, la sage-femme que Joseph avait appelée : il est dit dans la légende que la main de l'indiscrète fut desséchée et ne guérit qu'au contact du berceau où dormait l'Enfant0; mais du bain il n'est point question. En effet la scène familière qui apparaît dans l'art byzantin, au vu" siècle, n'a point son origine dans une tradition chrétienne, mais, comme on l'a récemment démontré, dans un motif de l'art païen1'1. Déjà, dans les rares peintures et les nombreuses sculptures grécoromaines qui représentent une naissance, on remarque au premier plan une femme occupée à laver le nouveau-né. Le motif fut pris sans doute, vers le vie siècle de l'ère chrétienne, à quelque fragment antique, que l'imagination populaire rapprocha de la légende des deux sages-femmes. Il a suffi, pour doter l'art chrétien d'Orient d'un motif étranger jusqu'alors à la littérature chrétienne, qu'un marbrier copiât pour le sarcophage d'un fidèle un

i. Bordier, Description des manuscrits grecs, p. S et 0.

■2. Cf. M. Collignon, Histoire de la sculpture grecque, II, p. 483-488.

:i. l'seudo-Mattluri Evangelium, ch. xn et mi, édit. Tischendorf, p. 74-70

4. J. Stbzïgowssi, Dtjzunlinischc Sludicn, 1891, I, p. 4u, pl. I.

■i. Proto-Evancjelium Jacobi, ch. m et sx, éd. Tischendorf, p. 30-38.

6. F. Noack, Die Geburt Christi in der Bildcnden Kunst, Darmstadt, 1894, p. 10 et2:S. Dobbebt (Ueber den styl Nmoio Pisunos, Munich, 1873, p. 38-40, établit nettement que le motif du bain de l'Enfant n'appartient pas à l'art chrétien romain. Il attribue, à tort, une origine littéraire à ce détail iconographique, et en rapporte, après Didron {Guide de In Peinture, 1852, p. 171, n. 2), l'invention ou la divulgation à Siméon Métaphraste (+ 977). Son erreur provient comme il le dit lui-même (p. 81, n. 67), de ce qu'il ne connaissait pas de représentât» a de ce motif avant le x« siècle' DoLbert est d'ailleurs revenu sur ce sujet et a donné des détails plus exacls dans son article sur le panneau de Duccio di Buoninsegna, acquis par leMuséede Berlin, et qui représente laNalivité du Christ {Jahrb. der /Y. Kunslsamml., Iï83,p. 159)

bas-relief commun sur les sarcophages païens, et qui représentait la naissance, de Bacchus1.

Les ivoires et les miniatures d'origine byzantine, qui représentent la nativité du Christ, répéteront, jusqu'au xme siècle, l'image païenne, où l'Enfant divin reste inerte et abandonné entre les liras d'une femme qui le plonge dans l'eau. La fresque de Saint- Vincent au Volturne s'éloigne davantage du modèle antique : dans la peinture bénédictine, Jésus est déjà grand et fort, peu d'instants après sa naissance, et, debout dans la vasque, 11 bénit en Maître du monde. (Test en Vérité une conception religieuse nouvelle qui anime un groupe inspiré de l'art païen.

L'attitude de l'Enfant Jésus, dans la vasque où le tient la compagne de Salomé, marque une première différence entre l'iconographie suivie par le peintre du Volturne et l'iconographie byzantine. Une différence beaucoup plus profonde se remarque dans l'allure de l'ange de l'Annonciation.

Un érudit, qui a suivi le développement du thème de la Salutation angélique dans l'art byzantin -, a pu remarquer que l'attitude de l'ange s'animait de siècle en siècle, suivant une progression régulière, qui ne s'accélère point avant le temps des Comnènes. Dans le Grégoire de Nazianze du ix* siècle, comme dans l'Évangéliaire syriaque du vi", le messager divin se présente dans une attitude grave, appuyé sur la jambe gauche, le corps immobile, le bras droit tendu vers la 'Vierge; sa tunique descend à plis serrés le long des jambes, et son manteau, après avoir passé sur le bras gauche, tombe droit devant le corps. L'altitude de l'ange n'a pas encore changé dans la mosaïque de Daphni, qui est du xie siècle. Puis, peu à peu, la statue se met en mouvement; la jambe gauche, qui portait le poids du corps immobile, se ploie, el l'ange fait un pas. Son allure, fixée parle peintre, devient de plus en plus rapide, jusqu'à ce qu'au xui" siècle l'ange entre brusquement dans la chambre de la Vierge, d'un mouvement si soudain (pie ses vêlements volent derrière lui, avec ses ailes grandes ouvertes. Le beau jeune homme, dont les pieds posaient à terre comme ceux des mortels, est devenu, comme les anges qui peuplent le ciel, un être ailé qui arrive vers Marie par les chemins des airs. Or ce vol de l'archange annonciateur, qui n'apparaît dans la peinture byzantine qu'au xiue siècle, le voici représenté dans toute son impétuosité par un peintre bénédictin des premières années du ixc siècle.

Par ce détail l'artiste italien se sépare franchement de l'ancienne iconographie byzantine, à laquelle il a emprunté, d'autre part, tant de traits caractéristiques. Dans la chapelle du Volturne. ce moine anonyme a représenté encore une image sainte, qui est restée inconnue des peintres et des mosaïstes grecs: c'est la Vierge-Reine. En Orient, la Mère de Dieu, dans ses triomphes, ne pose jamais sur son front le diadème, ni cette tiare constellée de pierreries, que les deux Vierges trônantes dans la chapelle bénédictine portent, à la mode des

1. Voir, par exemple, le sarcophage du Musée Capitolin, cité par F. Noack : Helbig, les Musées de Rome, trad. Toutain, 1, p. 440.

2. G. Millet, Quelques représentations de la Salutation angélique (Bull, de corr. hell., 1894, p. 453-4G3).

saintes qui, à Saut' Apollinare de Ravenne, s'en vont en procession vers la Vierge, voilée du simple maphorion.

En dépit de tous les détails byzantins que l'on a notés dans les fresques de la chapelle du Volturne, il est donc impossible de considérer ces fresques comme la copie directe d'un modèle oriental. Mais alors de quels modèles le peintre bénédictin s'est-il inspiré? A quelle école s'est-il formé? Quelle tradition a-t-il recueillie? C'est à Rome qu'on trouvera la réponse à cette question, non point dans les catacombes, qui ne renferment pas une seule fresque du même style que celles de l'abbaye du Samnium, mais dans les basiliques, qui, entre le vi« et le ixe siècle, furent ornées de mosaïques et de peintures.

Le pape grec Jean VII, en 705, avait fait décorer un oratoire de Saint-Pierre de Rome avec une série de scènes évangéliques. Des dessins du xvr siècle ont conservé la silhouette de ces mosaïques1 : par une singulière rencontre, on y voit précisément les trois motifs que nous avons mis à pari, dans les fresques de chapelle du Volturne : une Annonciation, où l'ange était représenté volant et posé seulement sur la pointe du pied droit, le bain de l'Enfant-, avec Jésus debout et bénissant, enfin la Vierge-Reine, en orante, la couronne au front, à côté du pontife prosterné.

Les détails, qui, dans les fresques contemporaines de l'abbé Epiphane, portent le plus nettement la marque d'un art étranger à l'Orient, se trouvaienl déjà réunis, un siècle plus tôt, dans un coin du plus grand sanctuaire de la Ville pontificale. Doit-on penser que le peintre bénédictin, en mêlant à des compositions toutes byzantines quelques ligures » latines », ait essayé lui-même de combiner des modèles orientaux et des modèles romains ? L'hypothèse esl inutile,

En effet, l'iconographie byzantine fut connue des mosaïstes romains avant qu'elle le fût du peintre bénédictin. La procession des saintes, qui se déroulait sur les murs d'une église de Ravenne et dont un groupe reste visible dans la chapelle du Volturne, esl reproduite à Rome, au ix" siècle, dans les églises situées sur la rive gauche et la rive droite (lu Tibre. Sainte Agnès, dans l'abside de son église, hors do l'enceinte de Rome, porte le même costume que les princesses byzantines, qui présentent leurs couronnes au-dessus des arcs triom-

{. Voir la gravure publiée par Ciamnni (de Sacris JEdifldis a Constantino Magno constructis, Rome, 1747, p. 75 et pl. XXIII), ou mieux le dessin de Grimaldi, que M. Mûntz a fait connaître dans un article de la Hernie archéologique (Notes sur les mosaïques chrétiennes d'Italie, IV, 1877, I, p. 151, pl. XVII). Un fragment de la mosaïque qui représente une des sages-femmes occupées à laver l'Enfant a été conservé, avec quelques autres, quand l'oratoire eut été démoli, sous le pontificat de Paul IV : il se trouve aujourd'hui au Musée chrétien du Latran.

2. Ce dernier motif, dont l'origine hyzanline est incontestée, apparaît déjà à Rome sur une fresque du vu' siècle, qui se voyait autrefois dans le Culm ulum de saint Valentin, près de la via Flaminia, et qui n'est plus connue que par là gravure de Bosio, Roma sotterranca, 163 >, p. 570. - 0. Mardochi, Il Cimitero e la basilica di San Valentino, Rome, 1890, p. 64; — Gahmjcci, pl. LXXXIV; — L. Lefort, fier, arch., 1880, II, 334-335.

phaux de Sainte-Praxède et de Sainte-Cécile an Transtévère, décorés par les soins du pape Pascal tet. Los mêmes attitudes et les mémos costumes reparaissent dans la chapelle de Saint-Zénon, enchâssée dans l'église de Sainte-Praxède, et qui, depuis son pavé multicolore jusqu'à sa coupole incrustée d'or, est un joyau d'art oriental '. Le décor des basiliques romaines, avant et après le sacre de Charlemagne, rappelle l'Orient, aussi bien par la simplicité géométrique des sculptures brodées, sur les Iramemw de marbre que par la magnificence des tentures de soie, historiées de personnages, qui tapissent les autels et les nefs. Les énumérations que Jean Diacre nous a laissées des étoiles précieuses dont les évêques de Naples vêtirent leurs deux cathédrales, semblent se poursuivre, développées et enrichies au centuple, dans les vies des pontifes romains, qu'Anastase le Bibliothécaire écrit ii la manière d'un inventaire de sacristie et de trésor.

On ne s'étonnera point de trouver dans l'intérieur des édifices que les architectes romains élevaient sur le modèle îles premières églises latines, tout un placage d'art oriental, si l'on connaît un peu de l'histoire de Rome entre le vne et le x° siècle.

Une seconde hellénisa tion de Home fut commencée par les exarques et achevée par les treize Papes d'origine orientale, qui se succédèrent pendant cent cinquante ans, à partir de l'année 606 -. Elle ne cessa point de produire ses effets clés que l'exarchat fut supprimé et que le duc de Rome, après avoir été officier de l'Empereur, devint général du Pape. Au ixe siècle, « Rome possédait toujours une colonie grecque permanente, groupée dans le quartier populeux et marchand qui s'étend aux pieds du Palatin et de l'Aventin3 ». Elle avait ses monastères basiliens, plus savants que ceux de l'Italie méridionale. Ce n'est pas à Naples, mais à Rome, que saint Nil va chercher des livres grecs pour son monastère de Calabre. Pour expliquer qu'un peintre bénédictin du ixe siècle ait connu quelque chose de l'art chrétien d'Orient, il est inutile de supposer des rapports établis entre les monastères latins du Samnium et de la Terre de Labour et les villes isolées dans les plus lointaines provinces du Sud qui étaient vassales ou sujettes du basileus. Rome suffisait il répandre autour d'elle un reflet de la civilisation de Byzance.

Cependant les mosaïques et les peintures romaines du vin' et du ix" siècle n'étaient pas des copies littérales de modèles orientaux : des éléments latins se mêlent aux éléments byzantins dans le décor des basiliques « carolingiennes > de Home, exactement comme dans les peintures dégradées de la chapelle du Volturne. A coté des ligures à silhouette byzantine et des saintes femmes parées comme des idoles, on voit reparaître, au temps de Léon III et de Pascal I". dans la conque des absides et sur les arcs triomphaux, les compositions qui avaient orné, quatre ou cinq siècles plus tôt, l'église de Saint-Paul hors les Murs ou celle de Saint-Casme et Saint-Damien au Forum. En face

1. Voir les reproductions jointes à un article de X. Baidorïa {Arch. stor. fielV Artc, 1891, p. 236 et suiv.).

2. Dikul, Etude sur l'Exarchat, liv. III, ch. 11, passim; en particulier, p. 258 et 278.

3. Batiffol, Librairies byzantines à Home (Mélanges île l'École de Rome, VIII, 1888. p. 297). Il n'y aurait rien à modifier, — que le ton agressif, — dans la forte leçon que Louis Cour.uod a consacrée à Rome byzantine. Voir les Leçons professées à l'Ecole du Louvre, et publiées par MM. II. Lemonnier et A. Michel, p. 347-358.

LES COMMENCEMENTS DE L'ART BÉNÉDICTIN 105 de ce dernier édifice, les fouilles récentes ont mis à nu des raines couvertes de peintures, qui sont le monument le plus étrange et le plus frappant des siècles où la ville des Papes était à moitié grecque. Ces ruines sont le reste de 1 église Santa Maria Antiqua, qui appartint sans doute à l'une des communautés basiliennes dont les cellules et les oratoires se blottirent dans les gigantesques substructions du Palatin1. On a retrouvé entre les murailles de brique romaine, transformées en basilique, un fragment d'ambon qui remonte aux premières années du vm" siècle, et où le nom du pape syrien Jean VII le même qui fit décorer de mosaïques l'oratoire de la Vierge dans la basilique de Saint- Pierre, est écrit deux fois, en latin et en grec : f Johanncs semis Sanclœ Ma-rUe, f U„i-WJ SoiiXou ttk Osotôxou. Les peintures alignées sur les parois de l'église célèbrent à la fois les saints qui ont fait la gloire des deux Églises d'Orient et d'Occident. Des deux côtés de l'abside, deux files de médaillons représentent, l'une les Pères de l'Église grecque, avec des inscriptions grecques, l'autre les Pères de l'Église latine, avec des inscriptions latines. A gauche de la nef est rangée une solennelle assemblée de saints, dont les noms sont uniformément écrits en grec. Au milieu d'eux trône et bénit le Christ. A la droite du Rédempteur sont debout neuf saints de l'Église grecque, à commencer parles trois docteurs, Jean Chrysostome, Grégoire de Nàzianze et Basile; à sa gaucbe sont alignés onze saints de l'Église latine, dont les trois premiers sont les papes Clément, Silvestre et Léon Comme l'inscription du pape Jean VII, les fresques dont l'église du Palatin a été décorée par les moines grecs et les pontifes romains du vm" et du ix" siècle sont, en quelque sorte, bilingues.

Ces peintures, encore très sommairement décrites, et dont l'étude critique est appelée à éclaircir toute une période obscure de l'histoire de l'art, se prêtent mieux à une comparaison avec les fresques du Volturne que les mosaïques, auxquelles l'emploi des émaux a imposé un dessin plus arrêté, un modelé plus sommaire et un coloris beaucoup plus éclatant. Dans l'église du Palatin, où se sont mêlés de la manière la plus intime l'art oriental et l'art latin contemporains des iconoclastes, on retrouve la Vierge-Reine de la chapelle bénédictine : au pied de la Souveraine du Ciel (Maria Regina), le peintre romain a représenté à genoux le pape saint Silvestre (ses Silbestrus), et un pape du vm" siècle a écrit son nom. Tout près de ce groupe, deux saintes, couvertes de joyaux et vêtues en princesses d'Orient, sont exactement pareilles, pour le costume, le dessin des figures et le ton d'ocre jaune du coloris, aux saintes et aux deux grandes Vierges du Volturne. Ces deux figures, peintes sans doute à Home par un Crée, sont désignées par les deux inscriptions : il Ail A ArNH; HAHA KHKHAHA.

Le style et la technique, dont la sainte Agnes et la sainte Cécile de Santa .Maria Antiqua olïrent un exemple bien conservé, se retrouvent dans les fresques du ix" siècle qui ornent

1. Cf. G. Focolaiu, FArte,m, 1900, p. 428-MI ; -0. M.tmnciM, Nnoio Bull. di Arch. crist., VI, 1900,p 292-309 •—Cosmos tytholicus, III, 1901, p. 237-260; -V. Fedemci, Arch. delta Socielà Rom. di storia patria, XXIII, 1900, p. 317-362.'

2. FÏDE8I0I, toc. cit., p 330-331. A côlé de l'église Santa Maria Antiqua avaient été découvertes', avant te dernières fouilles, des pemlurcs, où l'on voit représentés cole à cote les deux patriarches du nionachisme orienlal et occidental saint Rasile et sainl Benoit (de Rossi, Bull, di Arch. crist., 1883, p. 143).

encore deux parois do la basilique inférieure de Saint-Clément. Ces dernières peintures ont, comme quelques-unes des figures éparses sur les murs de l'église du Palatin, la plus étroite parenté avec les fresques bénédictines de la chapelle du Volturne. La plus importante des anciennes peintures de Saint-Clément est une Ascension, peinte au temps du pape Léon IV, vers 850'. Celte scène, de même que celles qui forment la série des peintures exécutées pour l'abbé Épiphane, représente une tradition étrangère à l'art des catacombes et des premières basiliques de Home. Los premiers modèles de cette composition, animée de mouvements hardis, sont dans l'Évangéliaire syriaque du moine Rabula et sur les ampoules palestiniennes de Monza. Les deux anges qui soutiennent dans les airs. une grande auréole, au milieu de laquelle le Christ bénit, ont une draperie blanche, dont le jet rappelle les plis formés par le manteau de l'Ange qui, dans la chapelle du Volturne, descend vers saint Laurent. De même la .More do Dieu, debout sur un tertre, est enveloppée do l'ample voile sombre que nous avons vu sur la tète do la Vierge, dans les scènes do la Nativité et de la Crucifixion. Les gestes violents et les mains démesurées des Apôtres, qui assistent à l'Ascension, semblent révéler des habitudes de dessinateur analogues à celles du peintre bénédictin. Enfin, toujours comme dans les fresques du Volturne, le modelé procède par rehauts de couleur blanche, et le ton général est une ocre jaune ou brique.

Ainsi les fresques peintes dans la chapelle du Volturne vers l'an 830 ressemblent de la manière la plus complète à certaines fresques romaines du vin' et du i\" siècle, non seulement par l'iconographie des scènes, qui est un mélange de motifs orientaux et latins, mais jusque par l'allure du dessin et par la gamme claire et monotone du coloris.

La première école bénédictine de l'Italie du Sud, dont une seule œuvre a survécu et vient d'être remise en lumière, doit être rattachée, dans l'histoire, à l'école romaine. L'art, moitié byzantin, moitié latin, dont l'oratoire du pape .(eau VII offre un exemple frappant, dès les premières années du viif siècle, se trouvait constitué à Rome, au temps où les Bénédictins, chassés de la Terre de Labour par l'invasion lombarde, habitaient encore auprès du palais de Latran. Puis, lorsque le monastère du Volturne eut été fondé et l'abbaye du Mont-Cassin relevée de ses ruines, des rapports constants restèrent établis entre Rome et les moines revenus dans l'Italie méridionale. Ce n'est point par une vaine coïncidence que, vers l'an 800, l'activité artistique atteint sa plus largo expansion au Mont-Cassin et à Saint-Vincent du Volturne, sous le gouvernement des abbés Gisulf et Josué, en même temps qu'à Rome, sous le pontificat de Léon III et de Pascal I".

Lorsqu'on a retrouvé à Rome le foyer d'art dont les rayons ont pénétré jusqu'au cœur

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