‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 97 sur 433 · Salasaro, il, pl. i et il · texte numérisé non relu

Salasaro, il, pl. i et il

2. J'ai noté dans la grotte du Ponte di Triglia, près Statte, un saint éveque (S. JuLuNDs), avec une mitre blanche du xuie siècle ; c'est une image isolée et ruinée, qui ne saurait devenir un terme de comparaison. Il eu est de même de la ligure du pape saint Léon (S. Léo papa), qu'on trouve à Laterza, dans un jardin appartenant à la famille dell' Aquila. et qui est datée du xmc siècle par la mitre qu'elle porte. Le saint Lucius (o 'i. Ae'jxio:!, représenté dans une autre grotte de Laterza, en costume pontifical du x\\c siècle, est une peinture déjà toute latine et » giotlesque ».

pinceau, peuvent provoquer quoique surprise. En songeant au modelé savant des mosaïques de Daphni ou de Cefalù, aux oppositions d'ombre et de lumière marquées sur les miniatures byzantines par les plus ingénieuses dégradations, on se demandera si le procédé apulien ne représente pas, dans l'art byzantin, une simplification populaire ou une variété provinciale. A Home même, des peintres de fresques qui travaillaient au xie et au xn1 siècle pour les monastères basiliens isolés au cœur de l'État pontifical firent usage d'une technique bien plus raffinée que les modestes décorateurs des grottes apuliennes Dans l'église Sanlu Marin Antiqua, qui occupe un coin des substructions ruinées du Palatin, les vénérables fresques du vm' et du i\E siècle voisinenl avec de pures peintures byzantines, à inscriptions grecques ou latines, dont les plus récentes, à en juger par la sereine beauté des visages et par la sévère précision du dessin, ne peuvent être postérieures au xu' siècle. Ces peintures, scènes de la Passion, médaillons de prophètes ou d'apôtres, images votives de saints et de saintes, sont « empâtées » aussi solidement que les gouaches les plus nourries des manuscrits byzantins. Faut-il donc supposer que la suppression du modelé et des couleurs vives soit une particularité locale de l'art byzantin d'Apulie, et que les saintes images, privées de leur éclat et de leur relief, se soient réduites à des ombres grêles, pour peupler les obscures chapelles souterraines? La Grèce, qui ne possède plus de peintures chrétiennes antérieures au xiv" siècle, n'offrira pas de documents de comparaison qui puissent être opposés à ceux que nous avons trouvés dans une ruine de Rome. Mais, à Sainte-Sophie de Kiev, — l'un des monuments byzantins les plus riches et peut-être le mieux conservé, — il existe encore, sous les voûtes et dans un vestibule, une importante série de fresques du xie siècle, chérubins, figures et légendes de saints, scènes de l'Hippodrome, où tous les personnages, à peine détachés sur un fond bleu clair, sont cernés de traits bruns et très légèrement modelés à l'ocre jaune ', exactement comme les plus anciennes des saintes images tracées sur les parois des grottes de la Terre d'Otrante. Les fresques de Kiev, rapprochées de celles de Home, tendent à prouver que l'art byzantin appliqua, avant le xiir" siècle, deux techniques différentes à la peinture murale : l'une, imitant toutes les finesses de la miniature; l'autre, esquissant comme un grand dessin au pinceau. En tout cas, les peintures de l'église russe attestent que la pratique des fresques monochromes, loin d'être spéciale à l'Apulie, était adoptée dans plusieurs des pays vassaux de la civilisation et de l'art byzantins. Quant au modelé savant qui fut employé par les peintres d'Apulie au xm' 'et au xiv" siècle, c'est la technique de toutes les fresques qui se sont conservées dans les églises de Mistrà et de l'Athos.

La série des peintures murales retrouvées dans l'Italie byzantine doit être complétée par rénumération d'œuvres d'un travail plus précieux, comme les icônes peintes sur panneaux à fond d'or. Les églises d'Apulie n'ont conservé que trois tableaux byzantins qui soient antérieurs au xiv" siècle. Les personnages et les sujets représentés sur ces tableaux

I. Sainte Sopkic de Kicr, Atlas publié par la Société Imp. russe d'Archéologie, in-f», pl. 32 et passim.

prouvent que tous trois ont été exécutés en Apulie, et non envoyés d'Orient. Le plus grand de ces panneaux, déposé dans la crypte de la cathédrale de Trani, est une image du patron de la ville, saint Nicolas le pèlerin, entouré de scènes de sa légende. Le tout a été si malencontreusement repeint qu'on ne saurait plus juger de la date ni du style. Deux autres panneaux, d'une excellente conservation, se trouvent sur l'autel de la chapelle de Santa Margherila, à Bisceglie, qui fut consacrée en 1197. Sur l'un, on voit la sainte titulaire de l'église, dans l'attitude de l'orante ; sur l'autre, l'image traditionnelle de saint Nicolas, le patron vénéré de la Terre de Bari1. Les figures de la sainte et du saint sont accompagnées de véritables miniatures, qui racontent leur légende. Les deux panneaux de Bisceglie sont deux icônes byzantines, d'une couleur profonde et bien patinée; les lumières, sur les plis des draperies, sont relevées en traits d'or.

Que l'on passe en revue les fresques encore nombreuses ou les très rares panneaux qui représentent l'œuvre des peintres dans les provinces byzantines de l'Italie du Sud, entre le xe et le xiv" siècle, on ne peut trouver la moindre trace de l'école latine en qui Salazaro avait foi. De ces peintres, les uns ont été moines et les autres laïcs; les uns étaient Grecs de lignée et de langage, et d'autres portaient un nom lombard ou normand, comme le Bajulardus de Nardô. Mais tous, en tant qu'artistes, étaient sujets de Byzance.

Quatre siècles de l'histoire de la peinture dans les provinces italiennes qui avaient formé le thème de Longobardie, ont donné une réponse partielle à la « troisième » question byzantine, celle qui étudie les rapports artistiques de l'Orient chrétien et de l'Occident après l'an mil. Cette question, ainsi que Dobbert l'a judicieusement observé, doit être subdivisée : il faut sérier les réponses non seulement par périodes, mais encore par régions.

En effet, à peine avons-nous examiné le problème de l'influence byzantine dans les provinces les plus méridionales de l'Italie, que nous allons retrouver dans la région campanienne d'autres grottes et d'autres églises décorées de peintures, dont plusieurs ressemblent, par le style et l'iconographie, à celles qui viennent d'être étudiées. Aucune de ces peintures ue marque la place d'un établissement de moines grecs. Les laures basiliennes, échelonnées depuis le phare de Messine et le canal d'Otrante jusqu'à l'Ofanto et au mont Vulture, sont séparées des vieux monastères basiliens de Borne et du monastère que saint Nil de Bossano s'en alla fonder à Orottaferrata par le grand Ktat bénédictin dont le Mont-Cassin est la capitale2.

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