Saint-Simon, Mémoires, tome VIII, page
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ses mains 1 ; il y avait plusieurs années que Mme de Lafayette était impotente, quand elle mourut, et cela n'est vraiment pas surprenant. « Nos pères, écrit Mercier, ne se chauffoient presque point. Trois feux, en comptant celui de la cuisine, suffisoient dans une maison qui comptoit dix-huit à vingt maîtres, et quels maîtres ! ceux qui occupoient les premières charges de l'État. Les jambes enfermées dans une peau d'ours, ils bravoient également et le froid le plus piquant et l'ignorance de l'Académie royale d'architecture. Qu'importe, en effet, le luxe des ornements, et la symétrie et l'enfilade des appartements, si nous sommes forcés d'y souffler dans nos doigts, ou d'y vivre enfumés comme des renards » 2.
Plus heureux que nos ancêtres, nous trouvant désormais en possession d'appareils sinon parfaits, du moins capables de développer un calorique suffisant, nous ne marchanderons pas à la cheminée la reconnaissance qui lui est due, et cette reconnaissance se traduira par la place que nous lui accorderons, place variable, suivant la destination de la pièce, mais qui dans le salon, lieu de réception par excellence, doit se transformer en une place d'honneur, et occuper le milieu d'une de nos parois. Dans la chambre à coucher, par contre, ou dans le cabinet de travail, nous pourrons la rapprocher un peu de la fenêtre, afin de jouir à la fois de ces deux éléments de gaîté, la lumière et le feu. Mais, dans l'un comme dans l'autre cas, nous aurons soin que la cheminée soit, autant que possible, disposée perpendiculairement à la croisée, de façon à n'être pas, en se chauffant, obligé de tourner le dos au jour.
Une autre précaution, à laquelle nous ne manquerons pas, c'est d'arrêter soigneusement les dimensions, la forme, le style de notre cheminée, de la bien proportionner à la pièce qu'elle orne et au caractère définitif que notre ornementation doit revêtir, et nous nous souviendrons que non seulement elle constitue une décoration fixe, mais encore la plus fixe des décora-
1. « J'ai encore les mains enflées, mon enfant, mais que cela vous persuade la fin de mon rhumatisme », Lettres, 27 janvier 1696.