Tableau de Paris, tome X, page
tions, canine fois en place, plus qu'aucune autre, elle est difficile et coûteuse à changer. Enfin, nous exigerons qu'elle soit construite en pierre ou en marbre, c'est-à-dire en une matière absolument incombustible. La prudence recommande cette précaution, et le bon sens l'exigé.
XL1II. Les moyens
DE CHAUFFAGE, QUE LA SCIENCE A MIS A NOTRE PORTÉE, ÉTANT INFINI- MENT SUPÉRIEURS A CEUX USITÉS PAR NOS ANCÊ- TRES, NOUS NE DEVRONS RECOURIR QU'AVEC BEAU- COUP DE MÉNAGEMENTS A LEURS PLANS ET DES- SINS, POUR COMBINER LES
nôtres. — Bien que l'industrie moderne ait varié à l'infini la forme et la condition des appareils de chauffage, nous resterons cependant , autant que possible, fidèles à la cheminée. Quoique elle ne soit pas, à beaucoup près, au point de vue de
la puissance calorique, le plus parlait des engins mis à notre disposition, nous avons à acquitter envers elle une dette de reconnaissance. En outre, de tous les moyens de chauffage, elle est à la fois le plus hygiénique et le plus gai — le plus hygié-
Fig. 183. Cheminée de style Louis xiv, accommodée pour un appartement de nos jours.
nique, car l'air échauffé par elle s'élève peu à peu, monte et échauffe à son tour les couches qu'il traverse, puis, se refroidissant à leur contact, devient plus lourd, s'abaisse, descend, finit par raser le sol et par gagner le foyer, après avoir ainsi parcouru toute la pièce, en emportant les miasmes et en renouvelant l'air confiné — le plus gai, car elle seule nous laisse voir la flamme pétillante, et nous permet de tisonner.
Mais, si nous conservons la cheminée, nous n'aurons garde de la copier servilement sur ses modèles primitifs. Alors même que par le style de la pièce, nous serions obligés de nous en référer à des formes anciennes et de demander notre inspiration au passé, nous aurons soin de réduire ses proportions de façon à ce qu'elles soient en harmonie avec celles de nos appartements. Nous accommoderons, en outre, son mécanisme suivant les découvertes de la science, et, chaque fois qu'il nous sera possible, nous l'agencerons de façon à ce qu'elle puisse porter la garniture, qui est devenue sa parure habituelle, et qui lui communique une animation particulière et une indiscutable gaîté.
Ce n'est pas que les très vastes et très hautes cheminées n'aient parfois leur utilité. Je n'en veux d'autre preuve que l'aventure advenue, au siècle dernier, à Mme de Nantouillet. Un soir, cette dame était seule, un peu malade, étendue sur une chaise longue. L'abbé Chauvelin la vient voir. L'abbé était galant en tous temps, ce soir là il se montra si pressant que la dame sonna de toutes ses forces. Un grand laquais arrive. « Mettez M. l'abbé sur la cheminée », dit-elle. L'abbé était petit, la cheminée haute, le laquais robuste; la lutte ne fut pas longue, une minute après Chauvelin était sur la cheminée... L'abbé frémit, en se voyant juché à cette hauteur qu'il jugeait vertigineuse. Sauter sur le parquet, c'était, pour un être aussi timoré, risquer sa vie. Les éclats de rire de Mme de Nantouillet redoublaient sa fureur, qui atteignit son comble quand il entendit annoncer une visite '. Mais les abbés audacieux et entre-
i. Mmc de Genlis, Souvenirs de Fèlicie, page 176.
prenants sont aujourd'hui plus rares que jadis, et les grandes cheminées, que quelques décorateurs maladroits s'obstinent encore à copier, deviennent une occasion de terribles courants d'air, quand elles ne sont pas garnies d'énormes bûches, et, dès qu'elles sont pleines de bois en combustion, elles se transforment en un tel foyer de chaleur, qu'on n'en peut approcher sans être rôti '. Nous exigerons que notre habitation soit maintenue, par] des appareils cachés, à une température moyenne,
Fig. i8-|. Exemple condamnable de lu décoration se substituant à la forme. Commode Louis XVI (Mobilier national).
et nous ne demanderons au feu visible qu'un appoint de calorique, avec cette gaîté hospitalière, attrayante, attachante, qui n'est pas le moindre charme du foyer.
Quant aux poêles, calorifères, etc., s'il ne nous est pas permis de les proscrire absolument de certaines pièces, encore auronsnous soin qu'ils ne se manifestent qu'à l'état d'exception, et nous demanderons à l'architecte de ne pas se traîner à la remorque de modèles aussi périmés que ridicules, et de se mettre en frais d'imagination, pour approprier ces agents de chauffage à l'ornementation de notre logis.
i. A l'époque même où les grandes cheminées existaient encore, cl ou on n'en connaissait point d'autres, on n'était pas sans se plaindre de leurs inconvénients, comme on peut le voir par la lettre de la duchesse d'Orléans à la duchesse de IIan6vre, en date du 17 janvier 1709. « A la table du roi, j'ai eu le grand feu en pleine ligure... cela m'a immédiatement donné la migraine, la toux, le rhume». Correspondance Je Madame, tome 11, page $5.