‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 143 sur 155 · Ovide, Les Cosmétiques · texte numérisé non relu

Ovide, Les Cosmétiques

2. Voir les Etiquettes de la Cour et la Physiologie du Mariage.

pourraient dissimuler à nos yeux quelques détails négligés ou quelque incorrection fâcheuse dans notre mise. Des girandoles devront donc être disposées sur trois, au moins, des parois de la pièce, et surtout dans le voisinage des glaces, de façon à ce que la lumière, abondamment reflétée, inonde tout notre cabinet de ses clartés diffuses.

Les glaces, devront pareillement être nombreuses et disposées

Fig. 243. Baignoire en argent massif, dessinée par de l.afossc.

de manière à ce qu'on puisse s'apercevoir de divers côtés. L'armoire à glace, que nous avons admise dans notre chambre à coucher, trouvera également ici sa place, surtout si elle est ù trois battants permettant de se voir de dos et de trois quarts. Un épais tapis devra garnir le sol afin d'amortir les pas des femmes de chambre, et qu'il soit loisible de poser à terre son pied déchaussé. Devant la toilette, toutefois, une grande marche de marbre, ou à défaut de marbre une toile cirée, ou encore une épaisse fourrure permettra de donner aux ablutions, toute l'étendue qu'elles comportent, sans crainte de tacher ou de

pourrir le tapis. Sur la toilette de marbre blanc, pourront prendre place les pièces variées d'une garniture plus ou moins belle, plus ou moins précieuse, plus ou moins riche. La porcelaine ou l'argenterie pourront y faire alterner leurs reluisances, et y étaler leurs formes élégantes et souples. Cuvette, pot à eau, flacons pour les essences ; boîtes à parfums, à poudre de riz, à savons et à brosses ; bols variés pour loger les éponges, sont autant de pièces indispensables, qui peuvent devenir des ornements du plus haut prix.

Sur un coin de la toilette, des écrins en velours, des cassettes en cristal, un nécessaire en écaille pourront renfermer l'attirail de ciseaux, de pinces et de brossettes ; et un coussin de satin ponceau, ou un petit tapis brodé de couleur vive, recevra des brosses, peignes et miroirs de main montés en ivoire. Ce sera là, du reste, la seule note chaude, la seule coloration éclatante fournie par tout le mobilier. Tentures et meubles, en effet, devront être, autant que possible, conçus dans des tonalités neutres et grises, afin de laisser à la parure et à l'ajustement tout son éclat naturel

Souvenez-vous, en effet, de ce que nous avons dit jadis de l'action que les couleurs avoisinantes produisent sur le teint et sur le vêtement soit par le contraste, soit par le reflet. Ne risquez donc pas d'obéir à un besoin naturel d'harmonie, qui vous pousserait à mettre d'accord votre figure et votre ajustement, avec un entourage dont le caractère serait trop accentué, et de les faire discorder avec tout autre milieu, conçu dans un esprit différent et dans des colorations contraires. D'ailleurs, cette réserve dans la coloration n'entraîne pas la pauvreté dans la décoration et dans le style. Votre cabinet pourra revêtir une somptuosité d'autant plus grande, que personne ne devant y être admis, personne ne pourra se choquer d'un luxe qui pourrait sembler outré et déplaisant.

Ainsi, sans pousser les choses à l'excès, sans aller jusqu'à la

i. La tenture murale pourra être formée par une natte. — Ce genre de tenture très ancien chez nous, puisqu'il précéda l'emploi des tapisseries (voir Tallemant, tome III, page 314), a cet avantage de ne pas craindre la buée, et de résister parfaitement à l'humidité.

Cabinet de travail

(Cabinet de l'auteur,)

somptuosité débordante d'une Pompadour, dont le cabinet était tapissé de laques anciens de la plus rare qualité, sans avoir une garniture de toilette aussi richement travaillée que celle de la Dauphine, garniture que la beauté seule du travail sauva de la destruction, ou encore une toilette d'or massif comme celle dont Mme Dubarry tirait vanité, vous pouvez donner libre cours à vos fantaisies les plus coûteuses '.

Avec la fin du siècle dernier, les bains trop longtemps négligés, redevinrent à la mode. Les seigneurs et les dames du grand monde qui, sous la Régence et le règne de Louis XV, ne possédaient point de salle de bains dans leurs hôtels, mais allaient chez le fameux Poitevin2, furent alors pris de l'ostentation des baignoires. On commença de donner audience au bain. L'abbé de Vermond, ancien précepteur de Marie-Antoinette, recevait les ministres et les évèques, étant dans son bain3. « Je me baignais beaucoup à Rome, écrit de son côté Mme de Gcnlis, et aussitôt que j'étais dans le bain, on avertissait le cardinal, qui venait avec son neveu causer trois quarts d'heure avec moi ». On sait que Marat reçut de la sorte Charlotte Corday, et s'en trouva mal.

Nous suivrons donc cet usage, dans ce qu'il a de bon. Non pas pour y donner audience, mais par hygiène, nous aurons un cabinet assez vaste pour qu'il puisse contenir une baignoire, et servir au besoin de salle de bain ; assez long pour y installer, s'il nous plait, un appareil à douches; enfin assez large pour recevoir un sopha et devenir au besoin un lieu de repos. Théoriquement, nous ne limitons pas son étendue, non plus que la quantité et la forme des meubles, dont il vous plaira de le garnir. Bien mieux, nous vous recommanderons, chère lectrice, d'y placer une horloge, ou un cartel, horloge ou cartel sonnant les quarts et les sonnant fortement, de façon à ne pas vous permettre d'oublier, que tous vos admirateurs attendent avec impatience que vous ayez achevé votre toilette, et que vous redeveniez visible pour eux.

Page 1