Mémoires du duc de Luynes, tome VII, page
pas de distraction plus chère que broder de la tapisserie1. Cette occupation noble jouissait à Versailles et à Trianon de prérogatives spéciales; et Marie-Antoinette « entrait dans le salon sans que les métiers à tapisserie fussent laissés par les dames»2. Bien mieux, on vit longtemps chez une marchande, M,le Dubuquois, « un tapis de pied fait par la reine et Mme Élisabeth, pour la grande pièce de son appartement du rez-de-chaussée des Tuileries »3.
On comprend mieux, semble-t-il, après cette profusion d'exemples, comment les époques précédentes portent si franchement l'empreinte de leurs générations respectives. D'autant plus que chaque personnage un peu considérable, sans pousser les choses à l'excès, et se rendre bossu par amour du dessin4, tenait cependant, pour se modeler sur l'image du roi et des princes, à posséder, dans son entourage direct, je dirai même dans sa domesticité, un ou plusieurs artistes, exécuteurs immédiats de ses fantaisies et qui travaillaient exclusivement pour lui.
Un vulgaire financier, M. de la Popelinière, traînait un orchestre à la suite de son opulente personne 5 ! Mme de Sévigné nous montre un simple gentilhomme, M. de La Garde, emmenant partout avec lui un jeune peintre de talent''. M. de Choiseul- Gouffier partant pour son ambassade de Constantinople se fait accompagner par le peintre Cassas 7, et Mme de Simiane8, im-