Mémoires du duc de Luynes, tome Vil, page
tendues. Il met des roulettes à un fauteuil qui n'en comportait pas; il élève sa garniture avec des ressorts en laiton, inusités à l'époque où le siège type a été confectionné. Singulier contresens, qui fait dépendre les dimensions d'un siège de sa fabrication et non de son emploi. Quel est, demanderez-vous, à un de vos fournisseurs, la hauteur de ce siège canné? — Elle est de quarante centimètres. — Et la hauteur de ce siège garni ? — Elle est de quarante-huit. — Pourquoi cette différence? — Parce que celui-ci est garni et celui-là canné. — Eh, Monsieur, un peu de logique ! ai-je les jambes plus ou moins longues, suivant que je m'assieds sur un siège canné ou garni ?
Gardons-nous donc de laisser, au hasard ou à la routine, le soin de régler les proportions des sièges. Ceux-ci doivent être nos empressés, nos prévenants serviteurs, et se modeler uniquement sur nos besoins. Roubo fils, ne l'oublions pas, disait, avec infiniment de raison, qu'il est deux sortes de meubles, ceux dont l'usage est banal, qui sont destinés aux visiteurs, aux passants, aux amis, et qu'on peut, par conséquent, construire sur un module moyen, d'après des données normales; et ceux qui, nous étant personnels, doivent être taillés sur notre mesure et construits d'après notre calibre, si je puis dire ainsi. N'oublions pas non plus, qu'au siècle dernier, non seulement, on réglait les dimensions des sièges sur celles des personnes, mais qu'on tenait si bien compte des modes que le développement subit des jupes amena une révolution dans la construction des fauteuils.
« Les paniers sont si amples, écrivait Barbier en 1728, qu'en s'asseyant cela pousse les baleines et fait un écart étonnant, en sorte qu'on a été obligé de faire faire des fauteuils exprès » 1 ; et en effet, c'est à cette mode, considérée aujourd'hui par nous comme ridicule, que nous sommes redevables de cette commodité extrême des fauteuils du siècle dernier, de l'écartement des consoles soutenant les accotoirs, ou de leur position en retraite qui permet de se tourner, de se mouvoir, d'écarter les
1. Journal de Barbier, avocat au 'Parlement Je Paris. Édition Charpentier, Paris 1857, tome II, page 37.