I. ART DANS LA MAISON
jambes ou de les placer de côté, et de se poser de trois-quarts pour pouvoir parlera ses voisins, sans être obligé de remuer son siège. Prenons donc exemple sur nos prédécesseurs, non pas pour contrarier notre corps et le plier aux exigences d'un temps ou d'une éducation qui ne sont plus nôtres, mais, au contraire, pour façonner nos meubles suivant la commodité de notre corps et la satisfaction de nos yeux.
De la construction du siège. — Trois choses sont à considérer pour la commodité du siège : sa hauteur, sa largeur et l'inclinaison du dossier. Pour la satisfaction des yeux, il faut, indépendamment d'une décoration suffisante, une construction logique, une solidité apparente, un aplomb rassurant et de justes proportions.
La hauteur, la largeur et la profondeur étant déterminées par la taille de celui auquel le siège est destiné, l'inclinaison du dossier, par l'usage qu'on en veut faire, il importe, pour que le siège présente une construction logique, une solidité apparente et un aplomb rassurant, que le renversement du dossier n'excède pas une certaine inclinaison, afin que ce dossier n'ait pas l'air d'emporter le siège, et que le centre de gravité ne semble pas ainsi déplacé. Il faut, en outre, que les pieds et les traverses qui les relient, présentent des profils assez robustes pour pouvoir largement supporter, non seulement la garniture du meuble, mais aussi la personne que le siège est appelé à recevoir.
La construction des pieds et des traverses qui les relient est des plus simples. Pieds et traverses sont taillés en plein bois et unis ensemble par des tenons et des mortaises. Pour augmenter la solidité du piétement et sa résistance, on peut relier les quatre pieds entre eux par des barreaux ou croisillons; le piétement, ainsi consolidé, forme un tout mieux uni, une base plus stable, qui présente plus de cohésion, plus de sécurité pour l'œil et semble plus adhérente au sol. L'inclinaison du dossier peut, dans ce cas, être plus considérable, mais sous aucun prétexte et, quelle que soit sa hauteur, la ligne perpendiculaire, abaissée de l'extrémité de ce dossier sur le sol, ne doit tomber à une dis-
tance du pied de derrière supérieure à la moitié de récartement du piétement (voir fig. 45). Passé cette distance extrême, l'équilibre paraît rompu.
Pour les chaises, dont le dossier n'est point rattaché au bâti du siège par deux bras, l'inclinaison du dossier doit être moins grande encore, elle ne doit, en aucun cas, excéder un quart.
Fig. 45. La perpendiculaire abaissée du sommet du dossier ne doit jamais tomber à une distance du pied de derrière, supérieure à la moitié de l'écartement du piétement.
Pour les fauteuils, dont les pieds sont indépendants, et présentent par conséquent moins de cohésion, le renversement du dossier doit être encore moindre. Roubo fils n'admet pas que la perpendiculaire tombe à plus de trois pouces, c'est-à-dire de dix centimètres du pied de derrière. La profondeur du siège étant en moyenne de om,5o à om,6o ; c'est donc non plus un quart, mais un cinquième seulement d'écart qui est toléré. Pour rester dans ces proportions, et ne pas dépasser la limite extrême assi-
gnée par Roubo fils, les menuisiers du siècle dernier, lorsque Finclinaison du dossier dépassait leur mesure, eurent l'idée d'arcbouter les pieds de derrière, ce qui était d'autant plus ingénieux, que le point principal de résistance du siège étant en O (voir fig. 46), cette partie et celles qui la soutiennent ont plus spécialement besoin d'être maintenues et renforcées.
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Fig. 46. Fauteuil du xviti" siècle à pieds arc-boutés.
Tels sont les principes généraux, qui doivent régler l'écartement du piétement et l'inclinaison du dossier, ces deux éléments de satisfaction pour l'œil et de tranquillité pour l'esprit.
Il va sans dire, que dans nos grandes villes, où les artisans habiles abondent, ces observations et ces règles, connues des fabricants, sont appliquées avec réflexion et méditation ou par routine. Mais admettons que nous soyons à la campagne, ou dans une petite ville de province rebelle à l'art; une question se pose : Est-il possible de constituer théoriquement, scientifiquement, géométriquement, une sorte d'anatomie du siège, qui nous mette en possession d'un ensemble de lignes variant toujours proportion-
nellement, et grâce auxquelles il nous sera toujours permis de rétablir, de restituer un siège, quel qu'il soit, en modifiant ses dimensions suivant nos besoins, mais sans altérer ses formes.
Il semble que cette anatomie soit d'autant plus facile à établir, que le fauteuil présente, comme le corps humain, un certain nombre de membres qui doivent toujours se proportionner les uns aux autres. Notre figure 46 nous montre un fauteuil avec ses pieds, son siège ou corps, son dossier, ses bras, ses accotoirs, etc. Eh bien, supposons que nous voulions avoir une formule, un diagramme, qui nous permette, en tous lieux et en tous temps, de restituer «cet excellent meuble», comme l'appelle Xavier de Maistre, « cet instrument de la dernière utilité pour un homme méditatif, où dans les longues soirées d'hiver il est doux et prudent de s'étendre loin du fracas des assemblées nombreuses ».
Tout d'abord nous aurons soin de déterminer quel genre de fauteuil nous convient ; supposons que ce soit un fauteuil Louis XVI, c'est-à-dire large, commode, avec des consoles en retraite, et un dossier de taille moyenne.
Pour arriver à en combiner les lignes principales, nous procéderons, comme dans toute opération mathématique, en partant du connu pour aller à l'inconnu. Le connu, c'est la hauteur du siège et c'est l'inclinaison du dossier: l'inconnu, c'est tout le reste. — La hauteur du siège nous est fournie par la taille de la personne à laquelle il est destiné. L'inclinaison du dossier est facultative, mais par expérience nous savons, à peu près, quelle pente convient pour reposer notre corps, donc, de ce côté encore, nous avons un renseignement à peu près précis.
Nous avons vu, par notre figure du Canon égyptien réduite en centimètres, que le jarret est, pour une personne mesurant im,65, situé à environ om,40 du sol. Voilà donc la hauteur de notre siège tout naturellement indiquée. Mais un fauteuil Louis XVI est rembourré, la garniture s'élève à peu près à o"',io au-dessus du bâti; en admettant qu'elle s'affaisse de moitié sous le poids du corps, c'est-à-dire de oni,o5, nous établirons notre bâti à o":,35, et, à moins de cas exceptionnels, nous aurons ainsi une hauteur convenable. Pour l'inclinaison
du dossier, Roubo fils, nous l'avons dit, tolère un écart à la base de trois pouces ou environ dix centimètres; réglons-nous là-dessus et commençons à élever notre fauteuil.
Nous avons le sol S S1 (voir fig. 47) sur lequel, en A, nous dressons une perpendiculaire ; à om,35 du sol, nous traçons une ligne
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Fig. -17 . Diagramme d'un fauteuil Louis XVI.
horizontale, parallèle à notre ligne S S' ; c'est la ligne C D, qui, coupant notre perpendiculaire à angle droit, nous donne le niveau de notre bâti. Cela fait, prenant, sur notre verticale A B, un point H, situé à une distance de notre parallèle égale à celle qui sépare cette dernière du sol, nous abaissons, passant par ce point H, la diagonale E G, qui va nous donner l'inclinaison de notre dossier, et nous voilà en possession de nos éléments connus.
Maintenant, plaçons en A la pointe d'un compas, plaçons la seconde pointe en H, et décrivons une arc de cercle. Cet arc viendra couper notre ligne de bâti en I, et le sol en K. Du point I, abaissons une perpendiculaire sur le sol, elle tombera en L ; et à présent considérez la figure que forment ces lignes ; elle
Fig. 48. Diagramme achevé du fauteuil Louis XVI.
nous offre déjà l'aspect sommaire du siège que nous cherchons.
La hauteur en est convenable, l'inclinaison du dossier a été choisie par nous; quant à la largeur du siège, elle se trouve être normale, puisque la plupart des fauteuils Louis XVI mesurent de 18 à 19 pouces de profondeur, soit environ om,55, et que ce chiffre, additionné à la hauteur du jarret (om,4o), nous donne om,g5, chiffre qui dépasse le développement des reins.
Pour terminer notre diagramme (voir fig. 48) replaçons la
pointe de notre compas en A et l'autre pointe en L, décrivons un nouvel arc de cercle ; il ira couper notre parallèle de hauteur en P et notre diagonale d'inclinaison en M. Du point P abaissons une perpendiculaire sur le sol, elle tombera en R; et la ligne P R nous indique l'alignement extrême des pieds de devant,
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Fig. -(g. Le fauteuil Louis XVI inscrit dans son diagramme.
c'est-à-dire que ces pieds ne peuvent ni ne doivent, en aucun cas, se trouver en dedans de cette ligne. Enfin, prenons encore notre compas, plaçons sa pointe en O et son autre extrémité en R, décrivons un dernier arc qui, venant couper notre diagonale en T, marquera le terme de notre dossier, tandis que les points H et M indiqueront le lieu de rattachement des bras, dont la poignée devra, autant que possible, affleurer à la ligne M X. Pour plus de clarté encore, inscrivons le profil d'un fau-
teuil dans cette espèce de charpente (voir fig. 49). Que nous dit ce fauteuil ? Son siège a om,45 de hauteur, garniture comprise ; étant donné qu'il s'affaissera de cinq centimètres sous le poids de la personne assise, il compte donc om,4o, c'est-à-dire juste la dimension qui convient pour une personne de i™65 . Comme profondeur , il donne net om,5o , espace suffisant , puisque, du jarret à l'extrémité postérieure du corps, nous ne mesurons pas plus de om,4o àom,45. Le bras se trouve, suivant le développement des accotoirs, à environ om,22 ou om,23 du siège, ce qui est une hauteur fort convenable, puisqu'on constate cette même distance entre l'extrémité inférieure de la cuisse et le dessous du coude. Enfin, pour l'homme debout, les omoplates étant situées à im,3o du sol, cette hauteur, diminuée de la partie repliée (soit environ o,'"45), se trouve réduite à om,85 ; or notre dossier se termine à om,90, la personne assise dans notre fauteuil a donc toute la facilité désirable de s'appuyer convenablement.
On voit que cet ensemble de lignes, arrivant à former un canevas, qui se déduit tout naturellement de deux points connus, — -la hauteur et l'inclinaison du dossier, — offre toute espèce de commodités pour la construction d'un siège. Grâce à ce diagramme on trouve l'aplomb, l'élégance, la solidité; les yeux sont satisfaits, la logique n'a rien à redire, et le corps, avec cela, étant à l'aise, il semble qu'on ne peut guère demander plus.
Peut-être serait-il intéressant, pour le lecteur, d'être initié à la série de calculs et de tracés, qui nous ont amené à condenser, en un petit nombre de traits, la formule géométrique et anatomique du fauteuil. Mais le détail de cette opération risquerait de nous entraîner bien loin. Il vaut mieux nous borner simplement à constater le grand avantage de cette formule, qui établit entre les proportions du siège une harmonie certaine, et permet de les faire varier sans que leurs rapports soient altérés '.
1. Admettons en effet qu'au lieu de prendre oul,35 comme hauteur de notre bati, nous prenions om,^o, notre largeur de siège va devenir om,59 au lieu de om,50 et la hauteur du dossier montera à im,07 au lieu de om,90. Si au contraire nous choisissions la hauteur om,30, notre siège n'aurait plus que o™,.|3 de profondeur et la hauteur totale suivra.
Supposons à présent, qu'au lieu d'un fauteuil Louis XVI, nous désirions un de ces grands fauteuils, genre Louis XIII, à pieds croisillonnés et à long dossier. Il va nous falloir édifier un nouveau diagramme. Pour l'obtenir, nous procéderons comme
Fig. 50. Diagramme du fauteuil Louis XFII.
tout à l'heure, en allant du connu à l'inconnu. Donc, après avoir dressé une verticale A B, perpendiculaire au sol SS'(voirfîg. 5o), nous tracerons, à om,35 de hauteur, une ligne horizontale CD, parallèle à SS', puis après avoir fait passer au point d'intersection O, la ligne aboutissant en G, qui représente l'inclinaison de notre dossier, nous placerons la pointe d'un compas en ce
même point O, l'autre pointe en A, et décrivant un arc de cercle nous couperons la ligne EG en H, qui deviendra le point d'attache de notre bras. Transportant alors la pointe de notre compas en A, la seconde en H, nous décrirons un nouvel arc