‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 36 sur 155 · II · texte numérisé non relu

II

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Fig. 51. Fauteuil Louis XIII inscrit dans son diagramme.

de cercle qui, après avoir coupé la ligne CD en I, viendra tomber sur la ligne de terre en K. Abaissons maintenant une perpendiculaire du point I, décrivons, de son point de jonction L, un nouvel arc de cercle qui remontera jusqu'à la ligne du dossier, et la coupera en M ; au point de jonction de cette courbe avec la ligne de siège CD, abaissons une nouvelle per-

pendiculaire sur la ligne de terre ; enfin, replaçant la pointe de notre compas en O, décrivons un dernier arc de cercle partant du point K; nous aurons ainsi une nouvelle figure, dans laquelle nous pourrons insérer ce fauteuil Louis XIII que nous souhaitons d'avoir; et l'ensemble des lignes (voir fig. 5i) qui constituent ce diagramme, procédant uniquement de deux points de départ acquis, il suffira, comme pour le siège précédent, que l'un ou l'autre de ces termes connus varie, pour que toutes les autres lignes varient, elles aussi, d'une façon proportionnelle.

On voit, par ce double exemple, que tous les sièges peuvent s'accommoder d'un diagramme plus ou moins compliqué, et se trouver régis par un calcul mathématique d'une relative simplicité. L'avantage de pareilles formules, c'est que la forme et les proportions générales cessant d'être une préoccupation pour l'artiste, celui-ci pourra, désormais, donner tous ses soins à la décoration.

La Décoration du siège s'obtient par la sculpture, la dorure, ou la peinture dont on couvre le bois, et par les étoffes ou tissus, cuirs ou passementeries, dont on le garnit ensuite. Nous aurons occasion de reparler, en temps et lieux convenables, des étoffes et tissus employés dans la garniture du mobilier. La dorure, soit qu'on l'applique en plein, soit qu'on en rechampisse seulement les principales moulures, est l'ornementation la plus riche et la plus brillante'. Le laquage des sièges, qui ne remonte point au delà de 1750, et qui fut, pour la première fois, appliqué par M. de Soubise, au mobilier princier de sa petite maison de Saint-Ouen2, constitue, dans une note plus modeste, une parure encore harmonieuse et délicate ; mais la véritable

1. Mme de Genlis attribue à l'exemple de la « perfide Albion », l'abandon des meubles dorés et l'introduction en France de l'acajou, qui fut si funeste aux belles formes du mobilier, a Nos dorures surpassoient infiniment les leurs, dit cette dame, ne pouvant perfectionner cet art, ils ont fait passer la mode de la dorure par leurs bois des Indes. Ces bois unis ont aussi rendu gothiques parmi nous, les sculptures en bois, art dans lequel nous excellions ». Dictionnaire des Etiquettes de ta Cour, tome I, page 357.

2. Voir le Journal de Barbier, tome IV, page 457. Le prince reçut Louis XV dans cette résidence, en août 1750, la fête et le souper lui coûtèrent seuls 200,000 livres.

décoration du siège lui est donnée par le sculpteur1. C'est lui qui allège, par les moulures qu'il pousse, par les ornements qu'il fouille, la lourde carcasse construite par le menuisier, et qui lui communique son élégance et sa sveltesse. Cette élégance, cette sveltesse ne peuvent être obtenues, toutefois, que si le siège, au préalable, a été conçu dans de bonnes proportions, et si le piétement et l'entrejambe sont dans un rapport heureux avec ses dimensions et avec celles du dossier.

Dans l'étude que nous venons de faire, nous nous sommes exclusivement occupés du fauteuil, parce qu'il est le point de départ, la base de la plupart des sièges usités de nos jours, qu'ils soient d'apparat ou familiers, intimes ou de réception. Le tabouret et le pliant, meubles primitifs, autrefois si recherchés à la Cour, si prodigués dans les salons du siècle dernier, n'ayant plus guère d'attrait pour nous, il ne nous reste plus guère que la chaise, laquelle est un fauteuil sans bras, et le fauteuil. Allongez le siège de ce dernier, vous aurez la bergère, la chaise longue, la duchesse. Si, au contraire, vous l'élargissez, vous avez la marquise, le canapé, le sopha. Or, tous ces meubles procèdent d'une base unique, et quoiqu'ils soient réglés par les exigences de la mode et par les besoins du moment, ils restent soumis aux mêmes principes généraux d'équilibre et de décoration que le fauteuil, par nous choisi comme type.

Le siècle dernier nous a encore laissé, en héritage, un certain nombre de sièges d'une forme plus ou moins voisine du fauteuil, et qui finissent par aboutir au lit de repos. Ce sont les vis-à-vis, les S, les tête-à-tête, les ottomanes, les veilleuses, les pafoses, les turquoises, les gondoles, etc. Nous aurons occasion de parler de ces divers modèles, en nous occupant des pièces où ils peuvent utilement trouver leur emploi.

Du lit. — Les autres meubles à bâtis, qui se trouvent en rapport direct avec le corps humain, sont la table et le lit. Le lit

t. Alors même que les bois sont employés à l'état naturel et sans dorure ni peinture, encore est-il nécessaire de leur faire subir un certain maquillage, pour que tous les membres du mime siège se trouvent du même ton.

se divise en deux parties distinctes : le bois de lit, autrement dit couchette et anciennement appelé châlit, et le dais qu'on appelle plus généralement ciel ou pavillon.

La construction du châlit est des plus simples. Elle se compose de quatre pieds, de deux pans ou battants, de deux traverses et d'un ou deux chevets. Ces diverses parties sont réunies par des vis de rappel, permettant de démonter le châlit, chaque t'ois que cela est nécessaire. Un châssis sanglé, qui s'adapte a l'intérieur de ce bâti, supporte la literie. Depuis l'invention des sommiers élastiques, ce châssis est remplacé par des barres appelées goberges. (Voir fig. 02. )

Un beau et bon lit compte généralement deux métrés de long, et im,3o à im,8o de large, suivant qu'il est construit pour une ou deux personnes. Il peut affecter des dimensions plus vastes, jamais de plus réduites. Quand il est appelé à prendre place dans une chambre très haute et très large, il doit se proportionner à l'étendue du lieu. « Les lits des grands seigneurs, écrit Roubo, ont depuis cinq jusqu'à sept pieds de large, sur sept et même huit pieds de long, non pas que cela soit nécessaire pour eux, qui ne sont ni plus grands, ni plus gros que les autres hommes, mais afin que la grandeur de leurs lits réponde en quelque sorte à celle de leur appartement » '. En tout cas, quelle que soit sa largeur ou sa longueur, un lit ne doit jamais être trop haut. Il faut éviter à celui qui s'en sert toute fatigue ascensionnelle et diminuer, autant que possible, les inconvénients d'une chute, toujours dangereuse, pouvant se produire pendant le sommeil.

Quand nous traiterons de la chambre à coucher, nous parlerons des diverses sortes de lits usités à différentes époques, et des avantages que chacune d'elles présente. Ces diverses sortes, au reste, tirent leurs noms et leurs caractères distinctifs beaucoup plus de la forme de leur ciel et de la combinaison de leurs draperies, que des différences introduites dans la charpente du meuble, seule chose qui nous intéresse à l'heure présente. Le châlit, en effet, quoiqu'il remonte presqu'aux origines de la

1 . Voir Roubo fils. L'Art du menuisier en meubles, page 668.

civilisation, n'a jamais beaucoup changé. Tel il se montre en Orient, en Grèce, à Rome, tel nous le revoyons. On a bien essayé d'en modifier les battants, de leur donner quasiment la forme d'une corbeille, d'un bateau, d'une gondole, formes ridicules et qui n'ont aucun rapport avec la destination de ce meuble tout spécial, le principe de construction est toujours demeuré le même. Si, à certaines époques, des artistes, qui se croyaient heureusement inspirés, ont essayé de rompre brusquement avec les traditions et de sortir des sentiers battus,

Fig. 52. Couchette ou Châlit.

P Pieds. BB Pans ou battants. TT Traverses. C Chevet. GGG Goberges.

ces écarts n'ont duré qu'un instant. On est toujours, et en dépit de toutes les combinaisons plus ou moins savantes, revenu au modèle primitif, qui est demeuré le plus simple, le plus commode, le plus logique, par conséquent le meilleur.

L'ornementation du lit peut être aussi compliquée, aussi riche, aussi brillante qu'on le désire, mais pour que les convenances soient sauvegardées, elle ne doit jamais être gênante. C'est-àdire que l'on doit, comme au reste pour tous les meubles qui sonten rapport direct avec notre personne, éviter soigneusement toutes les aspérités, tous les profils aigus ou tranchants, toutes les sculptures saillantes ou présentant des creux profonds, qui deviennent forcément des nids à poussière, tous les reliefs trop accentués, qui peuvent accrocher nos vêtements et parfois même nous blesser.

Planche VU

ARMOIRE STYLE LOUIS XIV, AVEC PANNEAUX EN LAQUE ( exécutée par M M Lippmann j

On doit également, dans la construction des traverses et chevets qui limitent le lit, à son sommet et à ses pieds, employer exclusivement des panneaux pleins ou des bâtis capitonnés, et jamais des balustrades ou des divisions à claire voie, qui ne remplissent pas le but qu'on se propose, lequel est de clore complètement le lit à ses deux extrémités, par une surface contre laquelle on puisse se heurter sans crainte.

Le ciel du lit est généralement indépendant du châlit, et, comme les draperies jouent dans son agencement le rôle principal, il rentre plutôt dans la spécialité du tapissier, que dans celle du menuisier, ce dernier n'ayant guère qu'un cadre à construire. Cependant, dans le lit à quenouilles- ou à colonnes, les deux parties se tiennent, et le menuisier peut, dans la confection des colonnes et du baldaquin, mettre à contribution toute la science et toute l'habileté de ses ouvriers et de ses sculpteurs. Mais il arrive aussi parfois, que le lit à quenouilles est construit sans bois voyant, c'est-à-dire que la menuiserie n'en est pas apparente, les colonnes étant cachées par des cantonnières et le ciel sous une courtine plus ou moins compliquée. Là encore c'est l'art du tapissier qui reprend le dessus. Toutefois, de quelque profession que relève la confection du ciel, tapissier ou menuisier doivent faire en sorte qu'il soit d'une grande légèreté, non seulement réelle (la raison s'en devine), mais encore apparente, et lorsque le baldaquin du lit est entouré de boiseries visibles, il leur faut tenir la main, tout d'abord à ce que ces boiseries ne dépassent point en épaisseur les battants du lit, et ensuite à ce que les quenouilles aient une ampleur suffisante pour les bien supporter.

Les tables. — On donne le nom de tables, en menuiserie, à toutes les surfaces planes, portées en l'air par un ou plusieurs pieds. Les tables sont employées aux usages les plus divers, et leurs formes, ainsi que leurs proportions, varient suivant les usages auxquels on les destine. On en fait des carrées, des rondes, des ovales, des longues, des courtes, des hautes et des basses, avec tiroirs, comme les tables à ouvrage et les tables-

go

bureaux, ou sans tiroirs, comme les tables de salon et les tables à manger; à un seul pied, comme les guéridons ; à trois, mais plus souvent à quatre, comme la généralité des tables usitées dans le mobilier courant.

Lorsque la table est appliquée à demeure contre la muraille, et, par conséquent, est visible seulement sur trois de ses faces, soit que ses pieds continuent d'être droits, soit, au contraire, qu'ils se courbent et apparaissent en retraite, elle prend le nom de console.

Les dimensions, hauteur et largeur, des tables, lorsqu'elles sont construites pour une destination foncièrement usuelle, comme les tables-bureaux et les tables à manger, se règlent suivant la convenance des personnes qui les emploient. Elles se règlent, au contraire, sur la grandeur et le style de l'appartement, lorsqu'elles ont pour but exclusif de concourir à la décoration de la pièce, comme par exemple les tables de salon. C'est ce qui explique comment ces dernières sont généralement plus hautes que les tables à écrire et les tables à manger. Néanmoins on les voit rarement dépasser om,78 à om,8o de hauteur. Quant aux autres, si elles varient le plus souvent entre om,72 et om1r]5 ; leurs dimensions, nous venons de l'expliquer, devant être sévèrement subordonnées à la commodité et aux convenances.

La construction des tables offre, en tant que structure générale, de grandes analogies avec celle du siège. Elle consiste dans la confection de quatre traverses qui viennent s'assembler par tenons et mortaises dans la partie supérieure de quatre pieds. Au lieu de couvrir ce bâti par un cannage ou par une garniture rembourrée, comme cela a lieu pour les chaises et fauteuils, on le surmonte d'une tablette ou plateau en bois (voir fig. 53), fait d'un ou plusieurs morceaux, orné parfois de marqueterie, d'une feuille de cuir, d'une bande de drap ou de velours, parfois aussi, mais plus rarement, de mosaïques. Lorsque la table se transforme en console, elle est le plus souvent surmontée d'une plaque de marbre.

Si le plateau supérieur est à quatre angles droits, il faut avoir soin que ses dimensions en longueur et largeur se rapprochent des proportions que nous avons indiquées comme étant les plus

agréables à l'œil dans un parallélogramme, soit 2 sur 3. Cependant, lorsque la pièce, dont la table occupe le milieu, présente des dimensions plus ramassées ou plus allongées, on peut faire varier légèrement, dans un sens ou dans l'autre, le rapport de ces deux proportions.

Les pieds de la table peuvent revêtir des aspects variés, pourvu qu'ils soient en harmonie avec le style général du meuble. Ils peuvent être droits ou tors, unis, moulurés ou

Fijr. 53. Structure de la table.

sculptés, en forme de gaines, de cariatides ou de balustres. Mais quel que soit l'aspect qu'ils revêtent, leur force et leur grosseur doivent être en rapport direct avec les dimensions du plateau supérieur et c'est aussi sur l'épaisseur, la largeur et la longueur de ce plateau, que doit se régler l'importance du bâti qui le supporte. Pour que l'œil soit satisfait, on donne généralement à ce bâti quatre fois l'épaisseur du plateau. Celui-ci comptant ordinairement entre deux ou trois centimètres d'épaisseur, dans la plupart des cas, le cadre ou bâti en reçoit donc une dizaine environ.

Ces proportions doivent être considérées comme normales ; elles peuvent cependant subir des dérogations nombreuses, rationnelles et motivées, surtout lorsque l'on veut, départi pris, exa-

gérer la lourdeur ou la sveltesse du meuble. Il est clair, par exemple, que les tables du xvne siècle, dites de style Louis XIII, avec leurs pieds en balustre, tournés et renflés, poussent à l'excès la pesanteur des parties portantes qui, du reste, se trouvent en harmonie avec la lourdeur apparente des parties portées. Mais ces meubles pesants, qui caractérisent fort bien les tendances d'une époque déjà lointaine, ne conviennent de notre temps qu'à un nombre restreint de pièces ; celles notamment où

Fig. 54. Table du xvne siècle (Mobilier national).

un passage constant, l'inattention des visiteurs, le peu de soin des domestiques exigent, comme dans les antichambres, un mobilier qui défie tous les chocs et supporte sans broncher les heurts et les fardeaux. — Pour les autres, on a plutôt tendance à amaigrir les pieds, et quand cette maigreur n'est plus en rapport avec l'étendue du plateau à supporter, on a soin de réunir les quatre pieds avec des croisillons, qui, créant entre eux une dépendance et les rendant solidaires, augmentent leur solidité.

Dans ce cas, au point de jonction des croisillons, on établit le plus souvent un ornement, vase, boule, motif sculpté, qui décore agréablement l'entrejambe de la table.

Une autre condition de beauté, dans le meuble qui nous oc-

cupe, c'est son aplomb. Il est clair qu'une table qui menace de s'écrouler, ou dont l'apparence trop fragile et le manque de stabilité inquiètent les yeux, ne laisse pas que d'être d'une contemplation fatigante.

Lorsque la table est à quatre pieds, et lorsque ces pieds, de convenable force, sont situés aux extrémités du parallélogramme formé par le plateau, ne laissant déborder celui-ci que de quelques centimètres, l'œil ne peut guère être alarmé ; mais lorsque la table n'a qu'un seul pied, ou lorsque, pour la commodité du service, le plateau déborde considérablement le bâti ; il est à craindre que le moindre choc ne renverse l'édifice. Notre fig. 55 mon- 3 tre comment, avec une table où l'écartement des pieds ne représente que le tiers 2 de la largeur totale du plateau, un déplacement de A très peu d'importance suffit pour que l'équilibre cesse d'exister.

Si donc vous désirez une Fis- 5 5-

formule générale, qui nous

mette à l'abri de toute surprise, et qui nous permette d'avoir sous la main une sorte d'étalon constant, il va nous falloir encore avoir recours à une petite démonstration géométrique.

Supposons que nous ayons un plateau A B (voir fig. 56) et que nous voulions savoir quel écartement minimum il faut donner à son piétement, pour que la table par lui formée, soit suffisamment d'aplomb. Nous abaisserons du centre de ce plateau, une perpendiculaire C ; nous joindrons un point quelconque de cette perpendiculaire, C par exemple, avec les deux extrémités de notre plateau, et nous aurons aussi un triangle isocèle ABC. Pour trouver le centre de gravité de ce triangle, nous prendrons le milieu de nos deux lignes AC et BC, et nous

joindrons ce double milieu M et M' aux sommets A et B, le point de jonction O de ces deux lignes sera le centre

de gravité de notre triangle, A,- , t 1 - Eh bien! maintenant supposons que la ligne SS1 qui \ , - ' / joint les deux points M et

\L, M1 soit notre sol, élevons de

! • •.. ces deux derniers points

jl i 'l'A\. deux perpendiculaires qui

iront rejoindre notre plateau. Il résultera de là une \ i / figure représentant la table

\ i , que nous cherchons. L/écar-

\|; tement de sa base est exacte-

Fig. 5 6. ment la moitié du plateau

et le croisement des deux diagonales A M' et BM s'opère juste au tiers de la hauteur de la figure. Ce dernier fait est à retenir, car dorénavant, le point

de jonction de ces deux diagonales nous servira de repère. Quelle que soit, en effet, la hauteur de la table, le rapport entre les dimensions de son plateau et l'écartement de son piétement demeure identique, si le point de croisement des deux diagonales reste toujours proportionnellement le même (voir flg. 5j).

Ainsi, supposons que nos deux diagonales se coupent au quart de la hauteur, eh bien ! la largeur de la base, formée par elles au moment où elles toucheront le sol, sera toujours le tiers du plateau. Supposons qu'elles se coupent au tiers, la base représentera toujours la

LART DANS LA MAISON

moitié ; supposons qu'elles se coupent à la moitié, la base sera toujours égale au plateau, quelle que soient du reste la hauteur de la table et la largeur du plateau.

Mais pour en revenir à notre table modèle, si la géométrie nous enseigne que les deux diagonales se coupant au tiers de la hauteur, fournissent un piétement d'un écartement suffisant pour assurer l'équilibre du meuble, l'œil plus exigeant ne se contente pas de cette satisfaction. Il réclame davantage et l'expérience nous démontre que, pour le satisfaire, les deux diagonales doivent se couper aux deux cinquièmes ; de cette façon, la base qu'elles nous donnent, f

cette particularité, qui non seule- Fig $8 Guéridon deSsiné par Roubo fils, ment a sa raison d'être pour les

tables à quatre pieds, mais encore pour les tables à pied central, témoin notre fig. 58, représentant un guéridon dessiné par Roubo, et même pour les tables de métal, comme le prouve la célèbre table en bronze provenant de Pompeï et conservée au Mnseo Borbonico, dont nous donnons ci-contre l'image (fig. 59).

Dans ce dernier cas cependant, le problème était simple à éluder, et la difficulté facile à escamoter, car il suffisait de charger le pied, de l'alourdir par l'abondance du métal, pour déplacer le centre de gravité du meuble, et pour le rendre stable en dépit du peu d'écartement de sa base. Mais les Anciens, serviteurs respectueux des exigences de l'œil et de celles de la raison, se seraient bien gardés d'avoir recours à une atténuation même excusable, qui aurait pu contrarier le regard et ne pas contenter l'esprit.

et qui forme les deux tiers du plateau, présente non seulement dans la pratique une assiette d'une solidité très suffisante, mais encore pour l'œil un aspect tout à fait rassurant. Nous aurons donc soin d'exiger que l'élévation de notre table offre toujours autant que possible

La connaissance de ces règles d'utilité pratique, ne doit pas nous faire oublier, toutefois, que la beauté de la table résulte non seulement des convenances, c'est-à-dire de ses dimensions bien calculées, de ses bonnes proportions, de sa commodité, de son

caractère stable, mais encore de la richesse des matériaux employés à sa confection, de la perfection du travail et de la finesse de l'exécution.

Plus tard, à propos de la salle à manger et "î* du cabinet de travail, nous aurons à nous occuper spécialement des tables qui conviennent à ces sortes de pièces.

Pour le moment, nous nous bornerons à constater que les tables de salon, occupant généralement le milieu de la pièce, dans une belle lumière, et par conséquent fixant tout d'abord les regards , doivent être aussi richement décorées que l'appartement le comporte. L'or, le bronze, l'écaillé, l'ivoire, les bois précieux sont à leur place sur ce meuble important ; l'habileté du sculpteur, la science du ciseleur peuvent s'épuiser pour augmenter sa beauté et sa richesse, mais sans jamais se traduire, toutefois, par des angles trop aigus, des reliefs dangereux au toucher, ou par des aspérités capables d'accrocher les habits et de déchirer les robes.

Fiji. 59. Table antique en bronze, découverte à Pompeï et conservée au Museo Borbonico.

De l'Ebénisterie. — Tous les ouvrages de menuiserie sont exécutés «dans le massif» c'est-à-dire pris dans la masse du bois, et nous avons considéré les différentes sortes de meubles, que nous venons de passer en revue, comme uniquement traités par les menuisiers.

Mais bien que les travaux exécutés « dans le massif »

soient généralement plus solides que ceux faits en bois rapportés, il arrive souvent, que pour ménager la matière , et pour pouvoir exécuter des meubles d'un prix abordable, le fabricant est obligé de faire la carcasse fondamentale en hêtre, en peuplier, en bois blanc ou grisard, et de ne laisser en bois précieux que les parties visibles.

Ainsi, pour prendre un exemple, renversez un fauteuil en acajou ou en palissandre, déclouez la garniture qui en dissimule la charpente, et vous n'aurez pas de peine à découvrir, que si les quatre pieds du meuble sont en palissandre ou en acajou massif, les traverses par contre sont en bois indigène ', chêne ou hêtre

i. Dans ce cas spécial, la solidhc du meuble y gagne. L'emploi de bois d'oeuvre permet, en effet, d'établir le bâti en tenant compte dufil du bois, et d'augmenter ainsi sa résistance.

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Fm, uo à bi. Débillai dtment d'un dossier de canapé.

recouvert à l'extérieur par un placage en bois exotique. Nos fig. 60 à 63, montrent la suite d'opérations par lesquelles passe le débillar dément d'un dossier de canapé, c'est-à-dire le découpage de ce dossier dans une bille de bois précieux. La perte énorme de matière qui en résulte, explique mieux qu'une longue suite de phrases, pourquoi, lorsque l'on peut éviter ce déchet, on ne manque jamais de le faire.

Le placage d'un bois précieux, sur un fond de bois de qualité inférieure ou de valeur moindre, qui a pris un développement énorme depuis deux siècles, a fait donner à la plupart de nos fabricants de meubles le nom d'ébénistes. Et comme le travail des ébénistes, plus compliqué, plus ingénieux, plus délicat, que celui du menuisier, suppose une habileté plus grande et une éducation technique supérieure, les menuisiers en meubles l'ont retenu et s'en parent volontiers. Jadis il n'en était pas ainsi. Ce nom, dont l'origine et la signification première sont faciles à déterminer ', était plus spécialement réservé aux marqueteurs, et, encore au siècle dernier, on ne considérait comme de véritables ébénistes, que les artisans dont la spécialité consistait à appliquer, sur des meubles construits en bois indigènes, des placages plus ou moins compliqués de bois des Indes, d'écaillé, d'ivoire, de métal, débités en feuilles excessivement minces.

Cet ordre de travaux est assez complexe, au reste, pour valoir, à ceux qui s'y adonnent, un nom spécial qui les distingue de leurs confrères du meuble. On peut dire, en effet, que dès le xvie siècle ils tiennent une place à part dans leur corporation. On a d'eux des œuvres exquises en chêne incrusté d'écaillé, d'ivoire, de cuivre ou d'étain, qui sont comme le prélude des merveilles qu'allait enfanter le génie incomparable de Boule. Au dix-huitième siècle, les grandes découvertes géographiques devaient fournir des éléments nouveaux à l'ingéniosité des ébénistes, par l'étonnante variété de bois colorés qu'elles allaient mettre à leur disposition. Les artistes de ce temps, il

1. Il vient d'ébène, et on le donna aux marqueteurs, parce que tous les meubles de placage, fabriqués au xvi" et au commencement du xvii3 siècle, étaient plaqués d'ébène avec ou sans incrustations d'ivoire.

faut le reconnaître, se montrèrent dignes de ce débordement de richesses, et jamais l'ébénisterie n'apparut plus variée, plus ingénieuse et plus parfaite comme exécution. Cette perfection se manifeste surtout par ce fait, que la plupart des meubles de cette époque, étant considérablement gondolés et chantournés, présentent une difficulté beaucoup plus grande à recevoir des marquetages de feuilles minces, découpées dans un bois souvent cassant et rebelle au collage.

On trouvera, à la fin de ce chapitre, une liste détaillée de tous les bois de placage qui conviennent à l'ébénisterie et à la marqueterie. Nous nous bornerons, pour terminer cette étude, à passer rapidement en revue les principaux procédés de fabrication de l'ébénisterie et de la marqueterie, ainsi que les conditions de convenance et de raison, auxquelles doivent se plier ces deux arts pour approcher, aussi près que possible, du summum de beauté décorative, auquel il leur est donné d'atteindre.

La première condition, à laquelle doit satisfaire une surface de marqueterie ou de placage, c'est d'offrir une certaine solidité et de présenter des chances de durée suffisantes. Pour obtenir ce résultat, il faut non seulement que les bois employés, aussi bien pour le fond que pour la surface, soient d'excellente qualité et suffisamment secs, mais il est encore indispensable que ces bois n'obéissent pas, dans la même mesure et dans le même sens, aux effets de contraction et de dilatation que le temps, l'humidité et surtout l'âge ne peuvent manquer d'exercer sur eux.

Dans ce but, on a recours à un contre-placage assez compliqué, et qui fait penser à ce qu'en horlogerie on appelle la théorie du balancier compensateur. Donc, pour prévenir les accidents, que le retrait ou l'allongement du fond pourrait produire dans la surface, on commence par coller Tune sur l'autre plusieurs plaques, de façon à ce que le sens de leurs fibres se contrariant, et supposant réciproquement à tout mouvement dans un sens ou dans l'autre, elles constituent un fond fixe, sur lequel on peut sans crainte appliquer le placage supérieur et visible.

Ce placage est mis en œuvre de deux façons. Ou bien

on l'applique par grandes surfaces, comme dans nos meubles d'acajou ordinaires, et, dans ce cas, l'ébéniste se contente le plus souvent de ce qu'il appelle un assemblage en fougère ou en bois frisé d'onglet ; ou bien, n'employant que de petites surfaces de bois diversement colorés, on les assemble en dessins

régLiliers, formant des nattes, des méandres, imitant des carrelages, etc., imitation qui a fait donner à la marqueterie le nom de mosaïque de bois.

Dans l'un et l'autre de ces deux cas, le plus dangereux écueil auquel puisse se heurter l'ébéniste , c'est de donner par la contrariété des fibres et des couleurs, à une surface plane et qui doit paraître telle, l'aspect d'une surface mouvementée. Rien n'est plus contrariant, en effet, surtout lorsqu'on applique la marqueterie à des parquets ou à des lambris, que de voir la muraille ou le sol se gondoler en bossages inattendus. Autant, pour les lambris, les différences de niveau, produites sur la muraille par des saillies raisonnées et voulues, peuvent provoquer des effets heureux, autant il faut protester contre cette transformation maladroite d'une surface qui doit rester plane, en une surface brisée (fig. 64).

11 arrive quelquefois que l'ébéniste pousse l'art ou la fantaisie,

Fig. 64. Exemple condamnable de bossages appaients, figurés par un lambris marqueté.

jusqu'à agencer en marqueterie une ornementation complexe, jusqu'à composer la décoration d'un bureau ou d'un secrétaire demascarons, de trophées, de guirlandes, d'outils de jardinage, d'instruments de musique, de bouquets de fleurs, etc. Ce genre de travail réclame, pour être mené à bonne fin, l'habileté supérieure d'un dessinateur adroit joignant à un goût très sûr, une expérience approfondie. Rien n'est plus facile, en effet, que de se

Fig. 65. Grand cabinet en marqueterie, de Boule (Mobilier national).

tromper dans l'emploi de décorations pareilles. Tout d'abord, il faut savoir rester franchement sur le terrain de la convention, ne pas chercher à créer d'illusions, ne pas vouloir singer la peinture, ne jamais aborder la figure humaine, et surtout ne jamais oublier que la décoration d'un meuble doit suivre ses formes et non pas les contrarier ou les commander.

Ces dernières réflexions peuvent s'appliquer également à la peinture, à ces imitations de vernis martin qui redeviennent à la mode, et auxquelles on peut reprocher de ne pas

rester assez correctement dans le domaine de la convention.

Enfin, il est un genre de marqueterie, qui a été l'une des gloires du mobilier français, et dont il serait injuste de ne point dire quelques mots. Je veux parler de la décoration de ces admirables meubles, auxquels Boule a attaché son nom. Pour l'incrustation des curieuses compositions qui caractérisent ses ouvrages incomparables, réminent artiste procédait de la façon suivante. Il commençait par dessiner avec soin ses principaux motifs en les incisant sur une plaque de cuivre, puis il superposait cette lame de cuivre sur une lame d'écaillé de même épaisseur, et découpant à la scie les deux lames en suivant le dessin tracé à la pointe sèche , il obtenait, de cette manière, deux épreuves de chacune de ses deux plaques, l'une positive figurant le dessin lui-même, l'autre négative représentant le fond et s'emboîtant parfaitement dans la première. De cette façon, il pouvait insérer son dessin en cuivre dans son fond en écaille teinte et obtenir des incrustations d'une finesse et d'un éclat exceptionnels.

De nos jours, on procède encore de la même manière, seulement pour arriver à produire à bon marché, au lieu de deux plaques c'est dix, douze, vingt plaques qu'on découpe du même coup. Dès lors, le dessin abdique sa finesse, les parties ne se rapportent plus aussi exactement, et les fabricants pour ne pas perdre de matière, après avoir inséré leur motif de cuivre dans le fond d'écaillé, donnent une réplique à ce premier dessin, en insérant à son tour l'écaillé dans le cuivre. Or ces transpositions donnent le plus souvent des effets faux, clinquants et d'autant plus pénibles à l'œil, que le cuivre composant l'ornement principal peut, par quelques tailles de burin, recevoir un modelé complémentaire, dont l'écaillé n'est pas susceptible.

Telles sont, résumées aussi succinctement que possible, les principales pratiques mises en œuvre dans la noble et généreuse industrie du bois, la plus considérable, nous l'avons dit, de toutes celles qui concernent le mobilier.

TABLE ALPHABÉTIQUE DES BOIS ÉTRANGERS Connus sous le nom de bois des Indes ou des lies, propres à l'èbénisterie ainsi

qu'à la marqueterie.

NO. m s

Acaja.

Acajou.

Aloës ou Agaloche.

Aloës ou bois d'cAigle.

Aloës ou Calembourg. Amaranthe.

Amourette.

Anis.

AsphalaU ou bois de * 'Rhodes.

Brésil ou Sapan.

Canelle ou Sasafras.

Cayenne.

Cèdre.

Cèdre.

Chine.

Citron.

Citronnier.

Copaïba.

Corail.

Cyprès.

Ebène.

Ebène de Portugal.

Ebène rouge ou Grena-

dille.

Ebène verte.

Ebène blanche.

Epi de blé.

Fereol.

Fer.

Fusée.

Gayac.

Gommier.

Inde ou Campêche ou Laurier aromatique .

lacavanda.

Jaune Clairembourg ou

satiné jaune.

La piré.

Muscadier.

Œil de perdrix.

Olivier.

Oranger.

Platane.

Picant.

Rose ou bois marbré.

Rouge de sang.

Santal citrin.

Santal blanc.

Santal rouge.

Satiné rouge.

Violet.

Violet palissandre.

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