‹ L'art dans la maison (grammaire de l'ameublement)Chapitre 61 sur 155 · De Luynes, Mémoires, tome XIV, page · texte numérisé non relu

De Luynes, Mémoires, tome XIV, page

titue toujours une œuvre originale, faite à la main, et non pas un ouvrage obtenu au moyen d'un mécanisme plus ou moins ingénieux, mais répétant à l'infini le même motif.

La Tapisserie au point, dont nous avons tous vu exécuter quelque morceau plus ou moins vaste, plus ou moins artistique, se brode sur un canevas tendu sur un métier. Jadis ces sortes d'ouvrages étaient très en faveur dans la plus aristocratique société. Nous avons dit plus haut, que Marie Leczinska offrit à Mme de Luynes un meuble brodé de ses royales mains, et qu'un tapis exécuté par Marie Antoinette fut longtemps à vendre chez un marchand d'ameublements. « Nous travaillons l'aprèsdînée à deux bandes de tapisseries, que Mme de Carman me donna à Chaulnes » écrit Mme de Sévigné1. « Mme de Puisieux, couchée sur une chaise longue, travaillait au métier, brodait au tambour », écrit Mme de Genlis2. Non seulement les plus nobles châtelaines exécutaient ainsi, elles-mêmes, des ouvrages de prix, mais les nombreuses dames de compagnie et les femmes de chambre, prêtant à leurs maîtresses un utile secours, aidaient, en brodant les fonds, à la confection de ces surfaces considérables, achevées en un temps relativement très court. On peut même ajouter que Mme de Maintenon poussa dans ce sens l'esprit d'entreprise à ses dernières limites. Cette dame s'associa, en effet, pour ce genre de travaux, les jeunes demoiselles qu'elle avait réunies à Saint-Cyr, et le point excessivement fin, qu'exécutaient ces nobles ouvrières, conserve encore depuis deux siècles le nom de cette maison.

Après cela, semble-t-il, on s'explique plus facilement l'étonnante perfection de certains ouvrages anciens, perfection qui surprend et confond, de nos jours, les gens mêmes du métier3. Au xvne siècle, la tapisserie au point était, pour les personnes les plus riches et les plus puissantes, une affaire de haute conséquence, et les belles dames de la Cour, qui mettaient leur amour-

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