Mémoires, tome VII, page
Étoffes de soie. — On comprend, sous ce nom, un certain nombre de tissus fabriqués de soie pure ou de soie mélangée de fil, de coton, et quelquefois de laine. Les étoffés de soie usitées dans l'ameublement se divisent en damas, en lampas,
Fig. 125. Fauteuil Louis XIV, à bois doré, couvert en damas de Lyon.
en brocards, en satins, en brocatelles, en reps de soie, en
TAFFETAS OU DAMAS DE LYON, Cil MARCELINES Ct FOULARDS.
Le Damas de soie, ou Damas de Lyon, est entièrement en soie. Il est livré à l'acheteur sans apprêt, et sa solidité le fait rechercher pour les sièges, les rideaux, les tentures. Il possède un éclat que les autres étoffes de soie n'ont pas au même degré. Lorsqu'il est épais, ses fleurs ou rinceaux se détachent très crânement. Il est enfin à double face, et quand il est enfumé ou lorsqu'il est devenu gras, ce qui lui arrive presque toujours
à la longue, non seulement on peut le nettoyer, mais encore le retourner, et il fait de nouveau un assez bon usage.
Sous le nom de Damas des Indes, on fabrique un damas également de soie, mais plus large et plus léger que le damas de Lyon, et ne convenant guère que pour les rideaux et les tentures.
Les Lampas, ayant un fond satiné, sont encore plus chatoyants que les damas de Lyon. Les reflets de ce fond satiné, jouant entre les fleurs ou rinceaux du dessin, produisent des effets d\me richesse incomparable. Malheureusement, ces tissus ont un envers très prononcé qui ne permet pas qu'on les retourne. Les lampas sont composés comme le damas de Lyon d'une chaîne et d'une trame de soie, mais ils comportent une seconde chaîne qui sert à lier la trame, et la chaîne, qui sert à faire le fond de l'étoffe, est liée par une trame qu'on appelle coup de fond. Ce coup de fond doit être toujours en soie. Toutefois, il arrive que le fabricant, pour diminuer son prix de revient, l'établit en coton, ce qui altère souvent la beauté de l'étoffe et en réduit toujours la durée.
Les lampas se divisent à l'infini. On en fait en ton sur ton, et alors, ils prennent le nom de Damas sergé. On les fabrique également à plusieurs couleurs. On en produit de brochés, c'est-àdire avec des fleurs ou des ornements tissés avec une navette spéciale, ou lancés avec une navette marchant dans toute la largeur de l'étoffe. Les lampas, employant un poids plus considérable de soie, et exigeant une façon plus coûteuse que les damas, sont naturellement plus chers.
On donne le nom de Brocard à des lampas fort riches, où l'or et l'argent se mêlent souvent à la soie.
La Brocatelle présente de nombreux rapports. avec le Lampas. Chez elle aussi, apparaît une double chaîne, mais le coup de fond est en fil de lin. Employant pour cette raison moins de soie que le lampas, la brocatelle coûte moins cher; mais, étoffe comprise d'une façon fort intelligente, elle n'est cependant inférieure ni comme qualité, ni comme aspect et peut rendre des services inappréciables. De même que le lampas, elle se fabrique
en ton sur ton, ou à plusieurs couleurs tissées ou lancées. Dans certaines brocatelles, le décor se modèle en saillie et rappelle de loin les beaux velours de Gènes.
Le Reps de soie, étoffe d'invention nouvelle, qui a remplacé
Fig. 126. Fauteuil Louis XVI, à bois dore, couvert en brocatclle.
la Popeline ouCôteline, ne s'emploie guère que pour rideaux. A l'inconvénient d'être raide, il joint celui de se graisser facilement, son côtelé produit, en outre, des tons mats qui le rapprochent comme aspect des tissus de laine, toutefois, en raison même de ses effets éteints, il peut avoir sa place indiquée dans certains ameublements.
Le Taffetas de soie, étoffe bien connue, est employé dans
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l'ameublement sous ses quatre formes principales, uni, sergé, broché, chenillé. Le taffetas, qu'on appelait autrefois Gros de Tours, ou Quinze-seize, parce que sa largeur était des quinze seizièmes d'une aune, est également tout soie. Fort usité sous le premier Empire et la Restauration, le quinze-seize a été à peu près abandonné depuis cette époque, et n'est plus guère en usage.
On n'en peut pas dire autant du Satin. Qu'il soit tout soie ou mélangé, la richesse châtoyante de ses reflets séduit l'œil, et lui fait accorder, par les dames, une préférence que bien souvent ses qualités ne justifient guère. Etoffe essentiellement attrayante lorsqu'il est sur le comptoir du marchand, le satin abdique son éclat dans les plis réguliers d'un rideau ou d'une portière, et devient presque toujours fade lorsque, formant tenture, il s'étale sur la surface d'une muraille.
Pour le remettre en valeur, il faut l'entourer de broderies ou le soutacher de passementeries riches et voyantes, c'est-à-dire le pourvoir d'un encadrement délicat et coûteux, qui risque de se trouver promptement sacrifié, car le satin est peut-être l'étoffe la plus susceptible de toutes celles qu'on emploie dans l'ameublement. Le seul moyen de lui conserver sa brillante saveur, est de le faire jouer dans les plis complexes et habilement cassés d'un capitonnage rehaussé de boutons voyants. Employé ainsi, le satin reprend en partie son aspect séduisant, et, tout en gardant une apparence un peu féminine, il peut être utilisé mais seulement à petite dose, et simplement pour égayer l'appartement.
La Marceline et le Foulard sont recherchés pour doubler les rideaux. Depuis l'introduction des couleurs minérales dans le commerce, il importe de bien s'assurer de la teinture de ces étoffes, car le plus souvent elles n'offrent que ce qu'on appelle fort pittoresquement un « déjeuner de soleil ».
Etoffes de laine. Par suite de l'abondance de fabrication des étoffes de soie, les étoffes de laine ont été singulièrement négli-
Planche XIII.
Damas de soie, dit de Lyon (fac-similé photographique)
gées depuis un demi-siècle, et on ne les admet plus guère qu'a l'état d'exception, dans les mobiliers qui ont une prétention artistique plus ou moins fondée. Seul, le Drap a gardé tout son prestige, et les façons que réclame sa surface unie, pour perdre un peu de son austère monotonie, les applications, les broderies, la soutache, travaux exécutés à la main, et qui dès lors peuvent, en variant à l'infini, se proportionner et se conformer à son emploi, lui conserveront longtemps encore, selon toute apparence, et son cachet et la faveur légitime qu'on lui accorde.
Il y a trente ans, le Satin de laine, le Lasting, ou satin de laine apprêté, la Serge qui présente, avec ces deux étoffes, des analogies très grandes, le Camelot, la Moire de laine ou Mohair garnissaient les antichambres, les chambres à coucher et même les petits salons.
Ces étoffes, relevées par des crêtes ouvragées, ou encadrées par des bandes de velours, étaient alors jugées comme formant de confortables rideaux, et des sièges très convenables. Aujourd'hui, à l'exception du Satin de laine, qui sert encore à doubler des rideaux, elles ont presque disparu de l'ameublement ; et les Damas de laine, les Reps et les Satins français sont à peu près les seules étoffes qu'on rencontre couramment.
Le Damas de laine, lui-même, a commencé, dans ces derniers temps, à céder la place au Reps qui tend à tout envahi r, et cela est fâcheux, car on rencontre peu d'étoffes, plus solides et plus faciles à employer que le damas de laine. Comme le damas de soie, il est à double face, il se nettoie, se teint comme du linge, se retourne au besoin, et fait généralement un excellent usage.
Le Reps est cette étoffe côtelée, que tout le monde connaît. On le fabrique généralement en laine et coton. Le Reps tout laine est cependant préférable. Il présente cet avantage d'être à double face, ce qui permet de le retourner. Une troisième sorte de reps nommé Reps gobelin, composé de deux chaînes au lieu d'une, offre une solidité encore plus grande.
On façonne le reps et on le broche; s'il est décoré avec goût de fleurs, de guirlandes, d'attributs, le reps broché ou façonné, peut, à trois pas, et pour des yeux inexpérimentés, jouer assez
bien la tapisserie. Le nombre des couleurs employées pour façonner et brocher le reps, est en quelque sorte illimité. On n1est arrêté que par l'épaisseur de l'étoffe, car, parmi les couleurs mises en œuvre, il en est qui ne paraissent, à l'endroit, que sur de très petites espaces, et qui, cependant, restent lancées à l'envers dans toute la largeur du tissu.
On donne le nom de Vénitienne à une étoffe inusitée aujourd'hui, mais qui a eu son heure d'engouement, et qui présente la plus grande analogie avec le reps façonné. Ce tissu étant tout laine, est plus souple que le reps, rendu toujours un peu raide par l'emploi du coton.
Le Satin français est un étoffe également tout laine, dont l'emploi, nous l'avons dit, s'est conservé pour rideaux et surtout pour doublures. L' Imberline est une ancienne étoffe, pareillement en laine, et qui offre une grande ressemblance avec le satin français. Ces deux tissus sont employés, parfois, relevés ou encadrés par des bandes d'étoffes plus distinguées, et produisent ainsi un bon effet et un solide usage.
Les Damas, les Satins et les Lampas se fabriquent encore en laine et soie, c'est-à-dire avec la trame en laine et la chaîne en soie. L'aspect des satins, ainsi obtenus, est assez séduisant quoiqu'un peu froid. Le damas semble légèrement plus chaud de ton, mais les deux matières qui le composent, devant être teintes séparément et avant le tissage, l'étoffe perd ses qualités de nettoyage facile, et diminue par conséquent de durée. Quant au lampas, on le fabrique généralement à trois couleurs, deux de trame en laine, une de chaîne en soie. Quand il est tissé avec de bonnes et franches couleurs, le lampas laine et soie présente de sérieux avantages, et peut faire un usage excellent ; malheureusement, le goût des couleurs tendres et passées, qui prévaut depuis quelque temps, en fait une étoffe de médiocre valeur, comme durée et comme aspect.
Étoffes imprimées. — • L'impression, qui devait, au siècle dernier, produire dans le domaine des étoffes une tapageuse et désastreuse révolution, est encore employée de nos jours pour
un certain nombre de tissus d'ameublement. Parmi les étoffes de soie, on imprime le Foulard, parmi les étoffes de laine, le Satin et le Reps, ce dernier le plus souvent pour imiter les vieilles tapisseries. Mais l'impression réussit principalement sur les tissus de coton; et de toutes les étoffes imprimées, les Perses, aussi bien que les Cretonnes, dont quelques-unes ont un cachet très artistique, sont de beaucoup les plus en usage et les mieux appréciées.
Il n'est pas besoin, croyons-nous, de parler longuement de ces derniers tissus, leurs qualités, aussi bien que leurs défauts sont suffisamment connus. Ils ont surtout le mérite d'être frais à l'œil et au toucher. Ce sont des étoffes d'été par excellence.
Depuis quelques années, on a encore produit, sous les noms à effet de Sultane, de Persane, d' Orientale, etc., et sous le nom générique de Bourrettes, des tissus brochés à grands ramages très décoratifs, dont le fond est en coton et les dessins en bourre de soie. Ce genre d'étoffes, que son bas prix a mis rapidement à la mode, est d'un très médiocre usage pour les sièges. Employée comme tenture et comme rideaux, la bourrette fait généralement un assez bon effet, et simule parfois assez bien les vieux tissus d'Orient. On désigne aussi, sous le nom de Bourre de soie, une étoffe de coton pelucheuse, qui reçoit une impression analogue à celle des cretonnes. Lorsque cette impression est bien adaptée à la nature de l'étoffe, le pelucheux, qui en couvre la surface, rend assez exactement l'aspect des tissus orientaux.
On se sert encore, pour la tenture de grandes pièces, de Toiles peintes. Ces toiles, qu'il ne faut pas confondre avec les fameuses toiles peintes de Jouy, imprimées au siècle dernier par Oberkampf, lesquelles, ainsi que la Siamoise, ont malheureusement cessé d'être fabriquées, ces toiles, disons-nous, consistent en des tissus grossiers, couverts d'un enduit, sur lequel on peint ou on imprime des dessins plus ou moins compliques, formant des ornements plus ou moins riches.
Enfin, comme nous l'avons dit en commençant, il n'est pas jusqu'au moindre treillis, qui, convenablement employé, ne
trouve sa place dans l'habitation, et fasse un bon effet.
Bien mieux, par le secours de la broderie, les plus modestes étoffes peuvent s'élever jusqu'à compter au nombre des plus précieuses. Le magnifique lit du xvme siècle, en toile écrue brodée de rouge dont nous donnons une reproduction fac-similaire (voir la planche qui accompagne ce chapitre), montre quel parti un artiste ingénieux et bien inspiré, peut tirer de ces deux modestes éléments, la toile et la laine. Tant il est vrai que l'art ennoblit tout ce qu'il touche.
Avant de terminer ce chapitre, par la définition d'un certain nombre de termes usités dans la passementerie, et qui rentrent dans les usages courants de la mise en œuvre des étoffes, il nous faut soumettre à nos lecteurs quelques observations conseillées par le bon goût, recommandées par l'hygiène, et relatives aux précautions, qui doivent toujours présider au choix des divers tissus, destinés à l'ameublement et à leur emploi.
Tout d'abord, il faut bien nous mettre en garde contre cette passion déréglée du pittoresque, qui a provoqué, depuis quelques années, un entassement exagéré, dans nos chambres et nos salons, des étoffes les plus disparates. Cet étalage désordonné de tissus, sinon sans valeur, du moins sans utilité, est condamnable non seulement au point de vue de la saine raison, car celle-ci exige que la présence de chaque morceau d'étoffe soit motivée par son application à un usage plus ou moins déterminé, mais encore au point de vue de l'hygiène, car ce débordement de tissus devient un danger permanent, à cause des miasmes dont ils se pénètrent, des gaz délétères dont ils s'imprègnent, et des germes qui s'y logent.
L'entassement incohérent des étoffes n'est pas le seul inconvénient produit par la manie du pittoresque. Ce besoin de copie et d'illusion, cette passion de ce que Fournier appelait si spirituellement le vieux-neuf, ont conduit les fabricants — ce sont les tapissiers eux-mêmes qui l'avouent 1 — à tremper du velours de Gênes et des satins neufs dans des caisses de lie de vin, pour