Pavement figurant des bossages
(Exemple condamnable.)
Revêtements. — Les conditions que doit remplir un beau revêtement céramique sont, sauf une, juste l'opposé de celles qu'on exige d'un dallage. La seule condition qui leur soit commune, c'est qu'ils doivent éviter les différences de niveau et présenter au regard une surface exactement plane. Toutefois cette réserve, absolue pour le pavement, n'est que relative pour le revêtement; car, si il est interdit à ce dernier de simuler une profondeur, de figurer une perspective, contre laquelle viendraient s'inscrire en faux les jointoicments des carreaux juxtaposés, encore ne lui est-il pas défendu d'accentuer, par un modelé délicat, et même par une saillie légère, les oiseaux, les
feuillages, les palmes, les rinceaux, les rieurs ou ornements, qui composent sa décoration.
Pour le reste, contradiction complète. Autant il est indispensable que les dalles composant le pavement soient de petites dimensions, autant il est souhaitable que les carrelages qui garnissent la muraille soient aussi larges que possible ; car il importe d'éviter les raccords et les jointoiements qui laissent toujours une trace. Autant nous avons recommandé, pour le sol, des nuances sobres, des teintes assoupies, autant, pour les revêtements, nous réclamerons des tons vifs, des couleurs éclatantes, tapageuses même. Autant nous avons proscrit l'émail en bas, autant il est nécessaire en haut, car, non seulement employé verticalement, il cesse d'être dangereux, mais, sans lui, notre muraille serait sombre et triste.
Malgré les couleurs éclatantes dont se parent les revêtements céramiques, le nombre des pièces auxquelles ils s'adaptent utilement est, cependant, assez restreint. Dans l'intérieur de la maison, les cabinets de toilette, les salles de bain, certains couloirs, les fumoirs d'été, à l'extérieur les vérandas, telles sont les parties du logis où les revêtements trouvent un utile et agréable emploi. On fabrique généralement en Faïence les carrelages dont ils sont formés. La faïence, avec sa palette brillante et variée, avec l'éclat de son émail, ses colorations chaudes et vibrantes, et la largeur d'exécution qu'elle comporte, convient admirablement à cet emploi.
Depuis quelques années, on est arrivé, grâce à elle, à exécuter des revêtements fort remarquables et, qui mieux est, excessivement artistiques. Notez que ce caractère d'art s'applique aussi bien à des carrelages relativement simples, qu'à des compositions mouvementées et touffues. Ces dernières même présentent cette particularité de ne conserver tout leur cachet, qu'à condition de demeurer cantonnées dans un parti pris décoratif bien arrêté. Il faut donc éviter, avec soin, tous les sujets, tous les motifs, qui cherchent à faire illusion, ou qui s'efforcent de serrer de trop près l'imitation de la nature. La figure humaine, surtout, doit être sévèrement bannie de ce genre de décoration,
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Vase en grès ckhanve rehaussé, ivor
"Exécute par M Haviland
à moins que, comme dans les anciens carrelages de faïence, le céramiste ne se borne à des dessins en camaïeu.
Autrefois, les revêtements de faïence étaient peints sur engobe et sous couverte, c'est-à-dire que le carreau, déjà cuit une première fois, recevait une couche de substance blanche et opaque, sur laquelle le peintre exécutait son décor; après quoi le carreau, saupoudré d'un ^ émail translucide, recevait sa seconde cuisson et prenait son aspect définitif.
Aujourd'hui , quand la terre employée devient rouge à l'état de biscuit, c'est-à-dire après sa première cuisson, on a encore recours à cette double main-d'œuvre de l'engobe et de la couverte. Mais le plus souvent , on choisit une terre presque blanche, et alors on couvre directement la pièce d'un émail stannifèrc suffisamment opaque, sur lequel on trace le décor avec des couleurs spécialement préparées et mélangées elles-mêmes d'émail. Une seconde cuisson dans le four amalgame toutes ces substances, et achève de donner au carreau son décor et son aspect brillant.
C'est ce qu'on appelle décorer sur le cru, ou décorer au grand feu, par opposition au décor au petit feu, qui s'obtient de la façon suivante.
Le carreau en cours de fabrication, étant enduit d'émail opaque et recuit au grand feu du four, sur cet émail cuit et avec des
Fift. 131.
Grande potiche en faïence, décorée au grand feu, exécutée par M. Maviland.
couleurs analogues à celles employées pour la peinture sur porcelaine, on exécute le décor que Ton veut produire. Puis au lieu de présenter de nouveau, à l'énorme chaleur du four, ces couleurs qui se volatiseraient à une aussi haute température, on enferme la pièce décorée dans une moufle, on la soumet à un feu relativement très doux, qui fait entrer en légère fusion la surface de l'émail, et fixe ainsi les couleurs superposées, en leur permettant de s'incorporer avec la partie supérieure de la couche émaillée.
On saisit sans peine les avantages et les inconvénients que présente chacun de ces deux procédés. Dans le premier, la décoration, faisant corps avec l'émail, offre une solidité et un éclat incomparables. Dans le second les couleurs, n'étant pas exposées à une haute température, peuvent prêter, par leur nombre, par leur variété, par leur choix, à des effets plus délicats, plus fins, plus fondus.
Dans ces derniers temps, toutefois, on a tellement enrichi la palette du grand feu, que les avantages offerts par son rival se sont singulièrement atténués; et, pour le cas spécial qui nous occupe, ils sont sans valeur. Nous venons, en effet, de proscrire cette recherche, cette délicatesse, cette finesse d'exécution, et de recommander un grand parti pris de décor hardi, puissant, voulu. Nous n'admettrons donc, pour la confection de nos revêtements, que des faïences peintes sur le cru et décorées au grand feu. Ajoutons encore, que depuis quelques années, on est arrivé, par l'emploi de la barbotine\ à produire des empâtements, qui ajoutent un relief, une puissance, une vigueur superbe aux peintures exécutées sur le cru.
Enfin , quelques fabricants ont imaginé de supprimer le fond coloré ou blanc, produit par l'application préalable de l'émail stannifère. Pour cela, on peint directement, avec des couleurs mélangées d'émail et pouvant supporter le grand feu, sur le biscuit, c'est-à-dire sur la terre ayant reçu une première cuisson. Puis, le décor exécuté, on saupoudre la plaque avec
i. On donne le nom de barbotine au mélange d'une petite quantité de pâte céramique rendue liquide avec de l'émail coloré.
de l'émail translucide, on la soumet une seconde fois au grand feu du four, et Ton obtient de la sorte des carrelages, dont le fond jaune, rouge ou brun, est formé par la terre elle-même, sur laquelle se détachent les palmes, rinceaux, fleurs ou feuillages qui composent le décor.
Selon nous, ce dernier procédé est celui qui fournit les effets les plus artistiques. Les tons vibrants et profonds de la terre simplement émaillée, donnent plus de saillie et plus de légèreté au décor, que ne saurait le faire un fond coloré artificiellement, ce dernier présentant toujours une surface froide, unie et mettant tout au même plan. En outre, la terre rendue ainsi visible, offre ce charme qu'ont toujours , dans l'art comme en toutes choses, la franchise et la vérité. Elle nous révèle le matériel avec lequel la muraille est construite, elle nous dénonce, sans détour et sans déguisement, la nature même de la substance qui recouvre cette muraille, et, instinctivement, nous lui savons gré de sa sincérité.
La céramique, dans sa troisième adaptation, c'est-à-dire apparaissant sous forme d'objets d'art, de vases, de plats , de jardinières, tient une place très large dans nos habitations, et se prête non seulement à des usages nombreux, mais encore à des effets décoratifs très heureux. Elle s'y manifeste, en outre, sous tous les aspects que revêt sa fabrication si complexe, — à l'état de simple Terre cuite, à l'état de Biscuit de porcelaine, de poterie opaque émaillée, c'est-à-dire de Faïence, de poterie translucide, c'est-à-dire de Porcelaine, de Terre simplement vernissée, de Grks ckrame, etc.
Fig. 135. Buste en terre cuite, monté sur un piédestal en stuc.
LART DANS LA MAISON
En tant que Terre cuite, elle est plus spécialement chargée d'exprimer une note artistique très relevée. Statues, statuettes, bustes, groupes, tels sont les objets les plus particulièrement exécutés de cette façon. Il semble, en effet, que pour se faire ouvrir les portes de notre logis, plus une matière est commune, plus l'objet, qu'elle figure, doit avoir un caractère distingué comme conception, élevé comme sujet.
La statuaire, en outre, s'accommode particulièrement bien des tons chauds et puissants de la terre cuite. Les dégradations des ombres y sont à la fois fines et généreuses, moins froides et moins diluées, si je puis dire ainsi, que dans le marbre, moins sèches et plus fondues que dans le bronze.
Le Biscuit, très à la mode au siècle dernier, et qui, en perdant beaucoup de sa finesse délicate et de son artistique élégance, a singulièrement perdu de son prestige, participe de ces mêmes propriétés d'unité de ton, et de fabrication, en apparence, non terminée. Il ne faut donc pas être surpris, si ses applications se rapprochent de celles que nous venons d'énumérer. On a fait jadis en biscuit des bustes très remarquables, des groupes tout à fait charmants, et, dans ses petites proportions, le biscuit a joué un rôle qui n'est pas sans analogie avec celui de la terre cuite ; mais alors que celle-ci réclame nos gros meubles pour lui servir de piédestaux, son petit rival, toujours délicat et qui craint le grand air, se réfugie de préférence sous des globes de verre ou remplit nos vitrines.
C'est aussi dans les vitrines, qu'il faut abriter soigneusement ces petits personnages exquis, ces petits groupes amoureusement modelés, qui firent, au xvinc siècle, donner au royaume de Saxe le nom « de royaume de Porcelaine »
Par la délicatesse de son grain, par la fragilité de sa pâte, par la finesse de son décor, par son apparence unie et lisse, qui devient froide dès qu'elle s'applique à de grandes surfaces, la Porcelaine semble, du reste, n'être guère appelée à sortir de ces
i. Voyez Barbier, Journal, tome 111, page 59. Lorsque la Marie-Josephe de Saxe vint en France, pour épouser le Dauphin, on la trouva si mignonne, si charmante, que tout le monde prétendit qu'on ne devait plus chercher que des « fiancées en porcelaine s, par allusion à son pays d'origine.
menues adaptations. Les adorables pâtes tendres de Sceaux- Penthièvre, de Chantilly, de Saint-Cloud, de Choisy-le-Roi, de Mennecy, ont leur place tout indiquée sur les étagères d'un
Fig. 136. Jardinière en faïence, grand feu, exécutée par M. Lœbnit/.
boudoir, ou dans les vitrines capitonnées d'un petit salon. Ces vases, précieux par le goût qui a présidé à leur fabrication,
• ... où les plus belles fleurs Au blanc émaillé de Yincennes Opposent leurs vives couleurs.
demandent à être vus de près, à être contemplés à petite distance. Par contre, dans les grandes pièces, les formes plus amples de la faïence, ses oppositions plus robustes, un décor
plus large, conviennent beaucoup mieux et ont plus grand air.
Les porcelaines orientales, il est vrai, participent, dans une certaine mesure, de ces qualités d'ampleur. Sous forme de grands vases, de cornets, de potiches, elles peuvent fournir une note gaie, tapageuse, pittoresque. Leurs nuances éclatantes, leur décor étrange, leurs formes spéciales détonnent joyeusement, au milieu des profils plus réservés et des tonalités plus sages, qui constituent généralement la note dominante de nos ameublements; toutefois, elles n'atteignent point encore à la liberté de facture, au modelé gras et puissant de la belle et vaillante faïence, telle qu'on sait la fabriquer de nos jours.
Nous demandons pardon d'insister sur cette remarque, mais, au point de vue décoratif, elle a une importance extrême. A la fin du siècle dernier, c'est-à-dire à une époque, que nous considérons volontiers comme classique, on a mis fort maladroitement la porcelaine à toutes sauces. On alla jusqu'à en orner des meubles, témoin ce petit « secrétaire de porcelaine» de la reine Marie-Antoinette, qui joua son rôle dans la fameuse Affaire du Collier On poussa même la folie jusqu'à faire des « carrosses de porcelaine», comme celui dans lequel Mme de Valentinois parut au Longchamps de 1780, et celui dans lequel la Beaupré fit ses débuts fameux dans le domaine de la galanterie2. Aujourd'hui il s'agit de ne plus retomber dans de tels excès. La porcelaine qui, par le poli de sa surface, se prête aux décors fondus et soignés, est peu susceptible d'une ornementation large et vaillamment exécutée. Les règles harmoniques, qui s'établissent forcément entre le décor et la chose décorée, lui imposent, en quelque sorte, un caractère d'une sécheresse quelque peu glaciale, peu choquante dans les petits objets, mais qui blesse toujours quelque peu dans les grandes pièces. Le baguier, la petite corbeille, le petit groupe en porcelaine sont parfaits, la lampe est encore très tolérable, il est rare qu'une énorme potiche, ou une vasque de grandes dimensions, alors même qu'elle serait en porcelaine de Chine, n'ait pas un aspect légèrement froid, et qui