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INFLUENCES RÉCIPROQUES DE L'ART SUR L'ÉTAT ET: DE L'ÉTAT SUR L'ART

Chaque année lorsque revient devant le Parlement la discussion du budget des Beaux-Arts, la question des rapports de l'Etat el de l'Art est agitée. Les deux théories en présence semblent inconciliables ; l’une préconise l'intervention de l'Etat en matière d'Art, l’autre, au contraire, repousse toute idée de protection.

Ainsi, disent les individualistes, de tous côtés la liberté règne: liberté de conscience, liberté de la

presse, liberté d’association et l’on refuserait d’admettre la liberté artistique. Il n’y a plus de religion d'Etat et il y aurait un art officiel! Il n’y a plus de budget des cultes et il y aurait un sous-secrétariat des Beaux-Arts! Evidemment, nul ne parle d’emprisonner ou de punir d’une amende tel peintre réfractaire aux doctrines admises ou tel chansonnier novateur. Mais si l'Etat donne des subventions, réglemente l’enseignement artistique, accorde des primes, des médailles, des diplômes, il établit sans nul doute un art officiel. L’appât de la récompense n'est guère plus noble que la crainte du châtiment: en tous cas l’un et l’autre, aboutissent au même résultat.

Cet art officiel quel sera-t-il ? D'abord le favoritisme risque fort d'intervenir, le favoritisme qui donnera la direction du mouvement artistique à des hommes peut-être illettrés et sans culture esthétique, et les fera les dispensateurs maladroiïits et partiaux des récompenses et des couronnes.

De plus, l’art qui livré à lui-même ne serait pas capable de triompher de l'ignorance, de l’apathie, dela routine ne vaut pas la peine que l’on s’occupe de lui. Ce sont les difficultés en face desquelles il va se trouver qui feront sa conscience, et son éclat devra beaucoup aux souffrances endurées. C’est l’individualisme hautain de Nietzsche qui semble par moment inspiré de certaines pages célèbres de Musset. Ibsen et Macterlink dont la philosophie est incontesta-

blement plus profonde arrivent à peu près à la même conception. La vie est un combat, celle des

artistes plus encore que toute autre ; qu'importe que les faibles succombent, les meilleurs, les génies sauront iriompher de l'indifférence ou de la cabale. Même si la protection officielle n’était donnée qu’à des hommes de grande valeur, cette protection serait encore néfaste puisqu'elle amollirait leur énergie et endormirait leur imagination. Il ne faut pas ouvrir aux vainqueurs les portes de Capoue.

M. Gabriel Mourey, dans son intéressante revue Les Arts et la Vie (1) s’est livré à une enquête minutieuse auprès des artistes afin d’avoir leur opinion sur la question. La plupart d’entre eux s’inspirent plus ou moins de concepts individualistes, mais ne manquent point d'y apporter quelques tempérements. C’est ainsi qu'un maître tel que Rodin, après avoir sévérement repoussé l’enseignement officiel de l’art, préconise le retour aux anciennes corporations. M. Rodin affirme qu'elles furent issues du peuple : ce n’est qu’en partieexact. Mais l'opinion de M. Rodin était des plus intéressantes à citer : elle montre qu’un individualiste de son autorité, qui rejette dédaigneusement l'intervention de l'Etat en matière d'art, éprouve cependantla nécessité de donner à l’art et aux artistes un autre cadre et de ne point les aban-

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