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donner à tous les caprices de leur inspiralion et à toutes les vicissitudes du milieu ambiant.
Aussi bien cet individualisme grandiose mais sans souplesse des Nietzschéens et des Ibséniens ne semble pouvoir appuyer sa doctrine ni sur les enseignements de l’histoire, ni sur l'intérêt supérieur de l’art, ni sur la dignité de l'Etat.
On ausé et abusé de l'argument historique consistant à opposer les civilisations modernes libres de toute entrave et émancipées de toute tradition aux sociétés passées asservies à des réglementations innombrables. Évidemment dans bien des cas, lorsqu'il s’agit par exemple de la liberté de penser, de la liberté d'écrire, de parler, on ne saurait trop préconiser la tolérance la plus large. De plus en plus en ces matières la liberté n’est plus restreinte par des mesures préventives ; c’est le système répressif qui seul est appliqué. Mais dans bien d’autres cas, il semble que cette liberté sans réserves sur laquelle les hommes de la Révolution comptaient tant pour fonder le bonheur universel, n’ait pas donné tout le résultat que l’on en attendait. L’admission de certains monopoles, la délivrance des brevets qui sont en somme des monopoles de fait, les réglementations de salubrité publique, les lois ouvrières et toutes mesures paternalistes sont la résultante de la reconnaissance de cette erreur. La question est donc de savoir si les rapports de l'Etat avec les Beaux-Arts
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ont suivi l’une ou l’autre de ces deux évolutions, afin de décider laquelle des deux écoles, individualiste ou protectrice pourra se servir de l’argument historique.
Longtemps avant notre ère, des associations d’artistes avaient déjà fait leur apparition. Sous l’empire romain notamment sous Adrien, les collegia opificum revêtent le caractère d'obligation. En France dès le 1x et le xe siècles l’on voit renaître ces organisations qui cherchent à lutter contre le monopole que le clergé s'était arrogé en matière artistique; mais leur effort va bientôt être noyé dans le flot montant des corporations qui commencent à régir toute l’activité sociale du pays. À peine M. Springer prétendil que dans l'Ile-de-France et dans la Picardie on trouve encore en plein xr11° siècle des traces de ces «confréries » de ces « loges » aux rites secrets qui cherchent à isoler l’art du commerce et de l’industrie (1). Quoi qu’il en soit lorsque paraît vers l’année 1260 probablement, le Livre des Mestiers (2) d’Etienne Boileau, les arts libéraux apparaissent confondus parmi les autres professions. On a, il est vrai, essayé d'établir qu’une supériorité intellectuelle était reconnue aux artistes, et l'on s’est appuyé sur ce fait que les sculpteurs en ivoire de la capitale étaient
1. Springer. Grande encyclopédie. Corporation. 2. Le Livre des Mestiers. Etienne Boileau.
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exempts de tout impôt ; la vérité c’est qu'une idée religeuse avait seule présidé à cette faveur; Etienne Boileau nous l’a expliqué. Si, de même que les « eborarii » de Rome, les travailleurs en ivoire jouissent de certains privilèges, c’est uniquement « par la reison de ce que leurs mestiers n'appartient fois que au service de Nostre-Seigneur et de ses soins et à la honorance de la sainte ayglyse » (1)
Ainsi jusque vers le xv°et le xvie siècles, non seulement la liberté artistique se trouvait restreinte par les corporations, mais encore les corporations d'artistes ne réussissaient même pas à se dégager des corps de métiers industriels et commerciaux au milieu desquels elles sont mêlées. Il faut ajouter que cette évolution ne fut pas partout aussi lente. Müntz (2) signale dès 1212 une organisation siennoise d'architectes et de sculpteurs ;les «muratori » de Venise font aussi leur apparition dès le début du xin° siècle. Rome n’a sa corporation de sculpteurs qu'en 1406; ses peintres s'unissent en 1478, et l’année 1509 voit organiser ses orfèvres. Enfin ce n’est qu’en 1563 que l’Académia del Disegno est fondée à Florence.
Revenons en France. A peine les corporations d'artistes se sont-elles dégagées des autres corps de