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SÈVRES, BEAUVAIS, GOBELINS

Le moment est venu de dire quelques mots sur nos trois grandes manufactures nationales, celles de Sèvres, de Beauvais, et de Gobelins.

La première (1) coûte annuellement à l'État 682.600 francs, 493.200 francs pour le personnel, 141.000 pour le matériel, et 48.000 pour l’école d’application. Ces sommes ne sauraient être réduites et nous avons assisté ces dernières années à une véritable renaissance de notre industrie céramique et porcelainière. Les grandes expositions de Paris et de Saint-Louis, d'autres manifestations plus modestes ont prouvé que la sollicitude portée par l'État et par les administrateurs intelligents à notre manufac-

1. De Wyzewa. Des arts du feu. Céramique. Verrerie. Emaillerie. — Victor de Luynes. Rapport sur la céramique, Paris, 1882. — Pavillée. Etude sur l’enseignement raisonné de la céramique, Paris, 1884.

ture avait porté ses fruits. Deux transformations des plus importantes ont élé apportées dans ces travaux, une transformation technique et une transformation artistique.

Depuis l’année 1804, l’on avait renoncé à l’emploi de la porcelaine tendre. La richesse des émaux qui servaient à sa décoration, l'éclat de ses couleurs lui avaient longtemps valu une grande popularité ; c’est dans cette pâte tendre que les œuvres célèbres du xvu® siècle avaient été travaillées ; pastorales, sujets mignards ou délicats, inspirés par Falconet ou exécutés d’après Boucher avaient été réalisées avec ce biscuit justement réputé. Mais si la porcelaine tendre est éminemment plastique, elle est aussi essentiellement fragile : elle résiste difficilement à la température élevée que nécessite la cuisson, et son façonnage se trouve lui aussi extrêmement délicai. Voilà pourquoi pendant tout le siècle dernier les porcelainiers avaient abandonné cette pâte pour travailler seulement la porcelaine dure. Aujourd’hui après toute une série d'expériences couronnées de succès, l’on arrive par des procédés techniques que nous n'avons pas à décrire ici à composer un biscuit aussi aisé à travailler que la porcelaine dure et aussi éclatant que la pâte tendre d'autrefois.

Une seconde innovation a été apportée dans les travaux de la manufacture. Longtemps on a pensé qu’elle devait se borner à reproduire des modèles

spécialement exécutés dans ce but. Le biscuit, le Sèvres était une branche de l’art séparée du reste de la sculpture. Un peu d’électisme éclairé a fait comprendre de nos jours que si, en effet, certains petits sujets délicats et coquets se prêtaient parfaitement à ce genre de travail, les œuvres de nos sculpteurs modernes pourraient donner lieu à des reproductions des plus intéressantes. C’est ainsi qu'après avoir donné les groupes de Pigalle et de Falconnet, la manufacture devait exposer avec grand succès la reproduction des œuvres de Chaplain et de Falguière.

Sèvres a acquis une répulation universelle. Des commandes lui viennent de tous les points du monde. Les efforts intelligents des administrateurs et des directeurs techniques qui s’y sont succédé ont été couronnés de succès. L'Etat doit continuer à les encourager.

Il faut par contre déplorer que notre manufacture de Beauvais n’ait pas conservé la place prépondérante qu’elle eut longtemps. Deux écoles, l’une de dessin, l’autre, la plus importante, de tapisserie préparent pourtant de futurs artistes. Le personnel rivalise de zèle et se contente de rétributions réellement par trop minimes. La subvention accordée par l'Etat pour le personnel (103.730 fr.) est notoirement insuffisante et quant aux 11.620 francs qu'il donne pour le matériel ils forment un chiffre absolument dérisoire. Il faut pousser le cri d'alarme et signaler que si l’on

ne se décide pas à agir vite et bien c’en sera bientôt fait d’une industrie artistique dont notre pays s’est enorgueilli si longtemps et si justement (x).

Ces mêmes observations pourraient être faites en les atténuant un peu en ce qui concerne la manufacture des Gobelins. Elle reçoit 203.200 francs pour son personnel, 31.000 francs pour son matériel et 50.000 pour la restauration des tapisseries appartenant à l'Etat. Si l’on songe que soixante artistes y travaillent constamment, et que les salles d’exposition datant d'il y a quarante ans, doivent être à chaque instant restaurées, on conclura que ces chiffres . sont insuffisants. Les travailleurs débutent à 1200 fr. et ne dépassent pas 3.000 ; la moyenne de leur traitement est de 2.000 francs: ces traitements ne sont pas en rapport avec la délicatesse et la difficulté des œuvres que nos artistes doivent produire. Leur zèle ne se ralentit pourtant pas, et l’an dernier a vu la la production monter de 5 mètres carrés à 70 mètres carrés.

Les tapisseries terminées de septembre 1905 en

août 1906 sont :

Bacchus, qui a été vendue au prix de...... 27.983 francs Vénus pleurant Adonis, qui a été vendue au

PDAs de marne Le TE IAE er a,300: 1»

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