Cornet. L'enseignement du chant
Armand Chevet. Rapport sur l’enseignement du chant.
livré à une minutieuse enquête sur l’enseignement du chant a trouvé un grand nombre de documents dans lesquels les pouvoirs publics enjoignaient aux instituteurs d’enseigner le plain-chant à leurs élèves. Nous en extrayons les deux stipulations suivantes :
La Chassagne (Jura). — Le sieur E... devra étudier et enseigner aux enfants... et même l’arithmétique et le plain-chant (30 octobre 1763).
Fleury-la-Rivière (Marne). — Le conseil municipal impose à l’instituteur l'obligation d’instruire les élèves de la première classe au plain-chant pour les offices et cérémonies du culte
catholique.
D'ailleurs cet enseignement lui-même n’était pas toujours gratuit :
La Loye (Jura). — Le recteur d'Eschole pourra prendre six
gros par mois de ceux auxquels il enseigne ra le plain-chant.
En 18:16, le recteur de l’Académie de Strasbourg, M. de Montbrison, nous dit que le candidat au poste d’instituteur primaire ou d'aide instituteur devra déclarer «s’il est en état de faire à l'Eglise les fonctions de chantre ».
M. Cornet estime et avec raison que si, avant la loi de 1833, l’enseignement musical était si négligé dans les écoles primaires, c’est parce qu’il n’était guère organisé dans les écoles normales elles-mêmes.
C'est la loi de 1833 qui est le point de départ de toute la réglementation de l’enseignement musical dans les écoles primaires supérieures ; puis c’est une ordonnance du 23 juin 1836 qui le rend obligatoire dans les écoles des filles, un projet de loi du 31 mars 1845 allait étendre cet enseignement à toutes les écoles élémentaires quand éclata la Révolution.
Nous trouvons les traces de ce caractère obligatoire de l’enseignement musical dans le programme officiel pour le brevet de capacité arrêté par le ministre de l’Instruction publique le 29 mars 1836. Il y est dit que les aspirants à ce brevet seront examinés «sur le rythme ou la mesure musicale et ses divisions, sur l’intonation, sur la tonalité ou la constitution des tons et des modes de musique, sur l’écriture musicale et sur le plain-chant...; ils seront également tenus de chanter à livre ouvert un ou plusieurs morceaux de musique et de plain-chant ». Ilest vrai que le 15 mai 1838 une décision du conseil supérieur permit aux candidals qui manquaient complètement de voix de remplacer l’examen pratique par un autre examen portant sur la musique instrumentale, mais ces notions théoriques demeuraient obligatoires.
M. Cornet a dit après M. Dupaigne que la loi de 1850 marquait un mouvement de recul. Elle divisait en effet l’enseignement en matières obligatoires et en matières facultatives, et le chant était relégué
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parmi ces dernières. Cependant une réaction n'allait pas tarder à se produire. Un arrêté du 8 février 1867 organise un comité de patronage « pour développer l’enseignement du chant dans les écoles de l'Empire et encourager les orphéons dirigés par les instituteurs ». Mais le chant n’est pas exigé pour le brevet élémentaire, il n'existe que pour le « brevet facultatif » et «le brevet complet. »
Il était nécessaire qu’une décision législative vint mettre fin à tant d'incertitude. La loi du 28 mars 1882 rend enfin obligatoire l’enseignement de la musique, L'arrêté du 19 juillet 1882 fixe pour les leçons de chant une ou deux heures par semaines, sans préjudice des exercices qui auront lieu tous les jours, avant ou après la classe.
Le 23 juillet 1883 un nouvel arrêté onsten el précise encore la manière dont le chant doit être enseigné. Cet arrêté est divisé en deux parties : l’une s’appliquant aux écoles enfantines, l’autre aux écoles primaires.
Enfin le décret du 18 janvier 1887 n'apporte aucun élément nouveau à la question et se borne à reproduire les décisions antérieures. Ce décret prévoit que des professeurs spéciaux pourront être chargés de cet enseignement. Il décide que le chant sera exigé pour le certificat d’études primaires supérieures, mais non pour le certificat d'aptitude aux bourses.
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Malheureusement toutes ces dispositions n'avaient pas été complétées par une réglementation bien précise de l’enseignement du chant dans les écoles normales supérieures. L'arrêté du 30 décembre 1882 ne disait, pas expressément quelles seront les notions musicales exigées auprès des candidats et des candidates des Ecoles de Saint-Cloud et de Fontenayaux-Roses. Dans cette dernière école même l’examen musical était facultatif.
Les décrets du 28 juillet 18£6 et du 18 janvier 1887, en établissant un certificat d'aptitude à l’enseignement du chant dans les écoles normales d’institutrices et d’instituteurs ont remédié à cette lacune.