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LE CONSERVATOIRE, SES SUCCURSALES LES ÉCOLES NATIONALES DE MUSIQUE

Si, des modestes écoles primaires ou normales, on passe aux conservatoires nationaux de Paris et de province, on constate que l’enseignement du chant subit une crise qu’il est grand temps de conjurer. Peut-être la révolution wagnérienne qui est venue ébranler les vieux dogmes Meyerberiens avec lesquels nos maitres avaient créé un immuable cathéchisme en est-elle la cause.

En tous cas les no nbreuses imperfections de nos conservatoires de musique et notre Conservatoire national du faubourg Poissonnière n’ont pas peu contribuéà l’aggraver. On sait avec quel dédain les différents rapporteurs parlementaires ont parlé de « cette boîte à musique » qui coûtait à l'Etat 200.000 francs par an. Parlant de sa situation matérielle, M. Georges Berger ne craignait pas de parler en 1900 de « l’humiliation patriotique de montrer aux étrangers de sem-

blables ruines. » Notre Conservatoire national fut fondé en 1784, sous le nom de l'Ecole royale de Chant. La Convention changea ce nom contre celui d'Institut national de Musique et décida sa réorganisation le 16 thermidor an III. Le Conservatoire devait comprendre une douzaine de classes et une centaine d'élèves ; aujourd'huiil compte 80 classes et 720 élèves. Ces dernières années une foule de mesures sont venues tenter une transformation des conditions de l’enseignement : les principales furent les décrets du 8 octobre et du 3 novembre 1905, l'instruction du 5 novembre 1905, le décret du 3 février 1906 et les arrêtés des 30 mars, 3 avril, 9 juillet 1906. Mais la première réforme à effectuer doit consister dans le transfert du Conservatoire dans les locaux aujourd’hui réservés à la caserne de la Nouvelle-France. La conversation engagée entre les deux ministres compétents devient par trop longue ; le principe de cette translation a été plusieurs fois adopté par le Parlement. Le Conservatoire est obscur, malsain, dix fois trop exigu. La clameur des instruments de musique interrompt les leçons de solfège, tandis que les jeunes acteurs hurlent les vers de Corneille afin de couvrir le tintamare qui fait trembler les vitres du vieil immeuble.

Toute la bonne volonté dusous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, et de l’intelligent directeur échoueront,

si l’on ne se décide pas à opérer la première trans-

formation, la transformation matérielle dont les heureux résultats ne tarderont pas à être ressentis.

Il est aussi quelques points de détail qui ont en ces matières une importance considérable et sur lesquels on ne saurait trop attirer l'attention du législateur.

Nous avons signalé à propos du dessin combien l'enseignement de cet art était isolé de l'éducation générale des jeunes gens: ces mêmes observations pourraient s'appliquer au chant. Les élèves du Conservatoire aspirent à devenir des virtuoses en leur art, mais leur manque presque absolu de culture générale, même de culture esthétique les gène sans cesse à la sortie de l'Ecole. Le dernier rapport parlementaire propose une solution pour y remédier : on exigerait à l'entrée du Conservatoire que les jeunes gens fussent munis de quelque diplôme, le brevet simple ou le certificat d'études primaires par exemple. Ne vaudrait-il pas mieux instruire les ignorants que leur fermer brutalement la porte ? Il nous semblerait préférable de prier quelques hommes de lettres de faire au Conservatoire des cours d'histoire de l’art et de la littérature que l'on rendrait obligatoires pour tous les jeunes gens.

Une autre réforme qui s'impose consisterait à abaisser l’âge d'entrée des élèves. Les chanteurs ne sont pas admis au Conservatoire avant d'avoir atieint dix-huit ans. Le service militaire vient les

rappeler au moment où leurs études sont le plus fructueuses ; ils les interrompent durant deux années, et quand ils veulent les reprendre, leur larynx n’a plus l'élasticité nécessaire. Rien ne justifie cette limite d'âge qui est d'ailleurs une innovation: la plupart des chanteurs qui ont obtenu une certaine renommée avaient commencé à étudier leur art à seize ou à dix sept ans.

Notons enfin la lacune qui consiste à faire toujours répéter les acteurs et chanteurs en costumes de ville. [ls devraient s’habituer au contraire à revêtir tous les travestissements qu'ils seront plus tard appelés à porter. S'ils n’y prennent garde, ils risquent fort, l'émotion des débuts aidant, de paraître gênés dans un maillot, de marcher sur leur traîne ou de se draper sans grâce dans les plis des peplum romains.

Telles sont les quelques petites réformes qui pourraient immédiatement être appliquées au Conservatoire, mais on ne saurait trop répéter que tant que l'Etat ne sera pas décidé à abandonner les locaux du faubourg Poissonnière, aucune amélioration dans l’enseignement ne pourra être entreprise utilement.

Voici maintenant la liste des succursales du Conservatoire et des écoles nationales de musique avec les subventions qui leur furent accordées et le nom-

bre des élèves qui s’y firent inscrire dans l’année 1907 :

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