‹ L'Art dans une Société démocratiqueChapitre 5 sur 54 · L'ART ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

L'ART ET LA RELIGION

Ce qui semblerait prouver l’importance du rôle de civilisation que jouent souvent les arts plastiques, la musique, et la littérature, c’est que la principale puissance qui a précédé l'Etat dans ses fonctions d'éducation etde moralisation, la puissance religieuse n’a pas dédaigné d’user des manifestations esthétiques pour arriver à ses fins. Les rapports de l’art et de la religion on! fait le sujet de trop d’études et de trop d'enquêtes pour qu'il soit bien nécessaire de les examiner longuement. La même confusion que nous avons signalée au sujet du rôle civilisateur de l’art devra encore être évitée.

Nous ne voulons pas établir que les arts se sont souvent inspirés de la religion, mais que la religion a pu en bien des circonstances se servir de l’art.

De tous les temps et dans tous les pays, les croyances religieuses ont fourni aux peintres, aux sculpteurs,

aux musiciens et aux poètes une source intarissable où leur inspiration a largement puisé. Le sentiment de divinité avec ses attributs de Force, de Bonté, d'Éternité qui fut l’un des premiers qui germa dans le cœur humain fut aussi le premier qui séduisit les artistes. Dans les cavernes préhistoriques on retrouve grossièrement gravés sur la pierre des animaux, des armes, des ustensiles et des plantes, point d’image de la divinité : Mais l'inspiration religieuse existe déjà : les dieux n’ont pas encore leurs statues, ils ont déjà leurs autels.

De lourds dolmens s'élèvent dans des forêts sauvages ou parmi les plaines désertes : c’:st la première manifestation architecturale, la plus rudimentaire, celle qui consiste à juxtaposer, parfois à assembler simplement, deux ou trois mmenses blocs sur lesquels ont lieu les sacrifices, et aujourd’hui encore quand on cherche à revivre une époque doublement iLorte, puisque non seulement des milliers d'années nous en séparent, mais encore qu'aucun écrit ne nous Ja rappelle, il semble que ces blocs, immuables à travers les âges et émergeants seuls du halo de la légende, dégagent une idée de majesté superbe qu'un artsavant et complexe ne parviendrait peutêtre pas à nous inspirer.

Les dolmens n'étaient que des autels, des temples s'élèvent de toutes parts, quelque différents qu'ils fussent suivant les époques et les pays une même base

préside à leur construction. La Grèce avait donné la colonne, Rome fournit l’arceau qu’elle avait sans doute emprunté elle-même aux Egyptiens. Ruskin (1) sur les théories duquel nous serons obligé de faire quelques réserves, a raison de voir dans la colonne et dans l’arceau, la base de toute l’architecture passée. L'Ionien, le Dorien et le Corinthien donnèrent à la colonne un chapiteau plus ou moins ouvragé. Quant à l’arceau il devait subir aussi des modifications : les Arabes le rendirent pointu, ils le couvrirent de fioritures, « d’arabesques » : enfin quelques siècles plus tard c’est l’arceau dont la courbe plus ou moins pleine donnera naissance dans l’art chrétien au roman et au gothique, mais nous voilà en plein moyen âge et au seuil des cathédrales illustres.

L'architecture avait été le premier art, la sculpture qui en est l’ornement fit bientôt son apparition. Là encore les dieux de la mythologie allaient tenter le ciseau de Phidias, comme les temples avaient créé les styles. Des proportions exactes allaient être observées chez les sculpteurs qui, façonnant les dieux à leur image, allaient baser leurs observations sur l'étude du corps humain. Des règles précises, des « canons » allaient immuablement établir ces proportions. Les canons de l’universel Vitruve, duquel

Pmeneereteer

Page 1