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M. Couyba. Rapport sur le budget des Beaux-Arts

1. Romain Rolland .«Le théâtre du peuple ». Cahiers dela Quinzaine.

les spectacles ont eu sur les sociétés une influence considérable.

Renan s’est agenouillé devant l’Acropole comme devant le temple impérissable de l’'Harmonie.ll y a vu toutle passé et aussi toute la destinée d’un grand peuple. L'Erecthéion, le Parthénon, le Théseion avec leurs lignes dont la grandeur était faite de simplicité lui apparaissaient comme le reflet de la sagesse antique. Les idées d'harmonie, de mesure, d'équilibre se dégageaient pour lui plus nettement des lourdes colonnes tronquées ou des frontons usés parle temps que de tous les récits des historiens de la cité de Minerve.

Est-il douteux d’autre part que les spectacles inesthétiques et sanguinaires, les combats de gladiateurs, les jeux de cirque, les supplices des condamnés jetés aux fauves dans les arènes aient précipité la chute de Rome. Si, lorsque l'Empire agonisait déjà, lorsqu’il encourageait par son avilissement les convoitises du monde barbare, si à ce moment là il s'était trouvé des Eschyle, des Sophocle et des Euripide pour ennoblir par la beauté ces lieux déshonorés par les instincts de meurtre et de carnage, pour rappeler à la multitude imbécile et barbare l’histoire glorieuse de son passé, peut-être le peuple romain serait-il revenu à l’activité et à la vie el peut-être n’aurait-il pas suffi d’une bande de pillards pour s'emparer sans coup férir de la capitale du monde.

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Nous n’entendons pas pour cela que la culture esthétique soit toute la vie et toute l’activité d’un peuple, non plus qu’elle ne doive être son unique préoccupation. On nous opposerait trop aisément l'exemple de ces Gallo-Romains, instruits, lettrés dédaignant par dilettantisme les professions guerrières et les exercices physiques, et l’on nous rappellerait comment ces hommes de haute culture furent vaincus et asservis par des barbares épais « sentant l'ail » et faisant réchauffer leur nourriture à la sueur fumante de leurs chevaux. Cet exemple loin de nuire à notre thèse ne peut que l’appuyer ; il prouve qu’il est des arts stériles ou néfastes immobilisés entre les mains d'une aristocratie et que le devoir de l'Etat est d’en faire quelque chose de vivant et de puissant qui loin d’endormir la nation dans les délices d’une paix itrompeuse fasse appel à ses mâles vertus de courage et de probité.

Est-il douteux, enfin, que les écrits de Diderot, de Jean-Jacques et de Voltaire aient plus fait pour amener la Révolution que les discours enflammés de Barnave et les sottes provocations du duc de Brunswick?

Il est vrai qu’en cette matière, une confusion. est difficile à éviter. Ce serait affaiblir beaucoup la doctrine que l’on veut soutenir que de prétendre que partout et toujours la littérature et l’art ont fait la civilisation ; il faut bien se garder de prendre l’eftet

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pour la cause et devoir dans les manifestations esthétiques la base des sociétés dont elles ne sont souvent que les résultantes. La civilisation fut parfois le foyer où l’art est venu se réchauffer, de même que l’art a souvent guidé la civilisation dans les voies du progrès. C’est dans la littérature mieux encore que dans le domaine des arts plastiques que ce double phénomène peut être plus facilement observé.

Certains auteursse sont bornés à examiner avec plus ou moins d’exactitude et de talent le milieu et l'époque dans lesquels ils ont vécu. Que les études qu'ils ont laissées n’en soient qu’un pâle reflet ou qu’elles en soient l'analyse profonde et scrupuleuse, elles ne sont que la traduction de ce qui est, non l’ébauche de ce qui sera. Ces écrivains sont aux novateurs et aux précurseurs ce que les peintures de Bastien Lepage, les Foins et l’Aveu au village, par exemple, scènes pourtant d’une exactitude remarquable sont aux tableaux de Millet dont l’Angelus et les Glaneuses ne révèlent pas seulement un photographe consciencieux mais aussi un penseur de génie. D’autres, se sont enfoncés courageusement dans l'inconnu, ils ont préconisé des changements et des transformations de la société dans laquelle ils vivaient.

Les uns suivaient leurs contemporains, les autres les conduisaient. Il est certain qu'il ne faut pas abuser de cette classification ; ces deux catégories d’auteurs ne sont point séparées en des compartiments

étanches : les préoccupations d’une époque ne sont point toujours des soucis matériels et mesquins du moment ; elles ont parfois une répercussion sur la période qui va suivre, d'autre part les novateurs les plus noblement audacieux sont bien forcés de plonger dans les enseignements précieux du passé les racines nécessaires à l’éclosion des grands rêves de demain.

Même ainsi réduit, le rôle civilisateur de l’Art reste considérable et il est naturel que l'Etat ne néglige pas l'arme excellente dont il peut disposer.

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