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tre, aux environs de la place du Châtelet ; les trois autres dans la périphérie. Ils seront vastes et bon marché. Ils auront des décors et des costumes leur appartenant et des troupes spéciales provenant soit du Conservatoire réformé, soit d’un conservatoire spécial. Ces troupes donneront le plus souvent possible des représentations en province, et, si la situation financière le permet, la Société des Théâtres populaires fondera d’autres établissements dans les grandes villes de France. Il ne sera fait appel aux subventions de l’État ou de la municipalité qu’en cas de déficit. La première mise de fonds évaluée à environ dix millions sera obtenue au moyen d’une grande loterie nationale organisée sur le modèle de la loterie de la Presse.
Si dans l’exécution de ce vaste projet on tient compte des difficultés que nous avons eu occasion de signaler, si la construction architecturale évite, par l'adoption de la forme de l’hémicycle ou du trapèze par exemple, les froissements de l'amour populaire auquel il ne faut pas que des inégalités dans les places, viennent rappelerles inégalités sociales ; siles représentations coupées d’entr’actes extrêmement courts sont terminées de bonne heure afin que les travailleurs puissent y assister sans en souffrir pour le labeur du lendemain ; si enfin l’on a soin de construire exactement les scènes sur les mêmes modèles afin de pouvoir aisément utiliser les mêmes décors
pour tous les théâtres ; si surtout l’on choisit des sujets qui savent captiver le peuple tout en l’instruisant ; nul doute alors que ce projet doive pleinement réussir et qu'il doive faire faire à l’éducation du peuple par la beauté un progrès dont on ne saurait trop se féliciter.
Reste la question pécuniaire. N'est-ce point une utopie que d’espérer trouver en une loterie les dix millions nécessaires à l’entreprise. Les loteries obéissent aux mêmes lois que les émissions d'emprunts ; il faut les lancer au moment où le marché n’en est pas encombré. Or, aujourd’hui, il est incontestable que les loteries sont extrêmement nombreuses, il serait peut-être plus prudent d'attendre quelquetemps avant de commencer l’opération. Mais même si ce moyen ne donnait point les résultats que la Commission en attend, il faut espérer que le projet Camille de Sainte- Croix-Albert Carré n’en serait point abandonné pour cela. Une souscription nationale, une subvention de l'État ou de la ville complèteraient la somme que la loterie n'aurait pas sufli à procurer.
Un mot en ce qui concerne le théâtre populaire en province. Le plan que nous venons d’étudier prévoit que des théâtres pourront être construits dans les grandes villes de France. S'ils venaient à se multiplier, il est évident que les troupes parisiennes deviendraient insuffisantes pour donner un si grand nombre de représentations ; les conservatoires de
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province se développeraient et le régionalisme exercerait là encore son action bienfaisante. Mais il ne peut ici être question que des grandes villes. Or, la population des petites localités et des campagnes n'est pas moins intéressante ; elle l’est même davantage puisqu'elle est généralement moins instruite.
Pour elle il faut créer et multiplier les théâtres en plein air. Nous avons parlé de celui de Bussang. Celui de La Mothe-Saint-Héray, organisé par M. Pierre Corneille, a obtenu aussi un vif succès.
Durant ces dernières années, les théâtres de plein air ont fait leur apparition. Le théâtre de Verdure, le théâtre du Printemps à Marseille, les arènes de Nimes, de Béziers, de Bayonne, le théâtre antique de la Nature à Cauterets, le théâtre d'Orange, le théâtre antique de la Nature à Champigny ont vu des manifestations d’art inoubliables. Il est bien certain que si l’on peut multiplier de semblables représentations, les populations rurales n'auront rien à envier à celles des grandes cités. Le décor admirable que fournit la nature elle-même, les scènes immenses où les cortèges et les chœurs peuvent librement se dérouler, le nombre considérable des spectateurs vibrant à l’unisson des mêmes sentiments tout cela contribue à donner aux représentations de plein air une grandeur sereine qui n’avait point échappé aux tragédiens du peuple grec.
Nul problème plus que celui du théâtre populaire n’est digne d'attirer l'attention de ceux qui espèrent pouvoir moraliser le peuple au moyen de l’art, et rénover l’art au moyen du peuple : c’est par l'examen de cette question que nous terminons celte modeste étude.
L'histoire du passé garde le souvenir d'Orphée qui faisait retentir les échos des monts Rodolphe des accents divins de sa lyre. Et les fauves prêts à le dévorer s’arrêtaient surpris et charmés. Virgile, en immortalisant dans la ciselure de ses vers cette vieille légende, n’a-t-il pas voulu y voir un symbole ? Ce qui faitd’ailleurs la force du symbole, c’est que chacun y mettant inconsciemment un peu de son âme et de sa sensibilité peut l’interpréter à sa façon. Orphée charmant au son de sa lyreles animaux féroces acharnés à sa perte, c'est pour nous le peuple guetté par mille dangers, par l'ignorance, par la superstition, par l’égoïsme, par l’imprévoyance, par l'alcool, c’est le peuple faible devant des ennemis forts ; c’est le peuple las de la lutte et terrassé par la souffrance, c’est le peuple meurtri, désabusé, sanglant et pleurant une Eurydice qui était son idéal, mais c’est aussi le peuple qui se redresse, qui cherche dans des rythmes berceurs une consolation suprême, qui endort ses douleurs, apaise ses instincts, calme ses passions et qui, triomphant par une sensibilité nouvelle de ses
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ennemis du dedans et du dehors, se forge dans le travail serein et harmonieux un idéal nouveau d’impérissable beauté.
Vu : le Président de la thèse, LARNAUDE Vu : le Doyen, LYON-CAEN Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris