‹ L'Art dans une Société démocratiqueChapitre 7 sur 54 · Cougny. L'art antique · texte numérisé non relu

Cougny. L'art antique

d'Appelle une paleite presque complète était déjà à la disposition des peintres. Ils avaient un bleu, un vert, trois jaunes : le skyros, le lydien et le sil; ils avaient un rouge que fournissail le synopis, la terre de Mélas et la craie d’Erethie donnaient le blanc ; le vermillon, on l'obtenait en brûlant le jaune suivant les procédés de Kydias de Kythnos, enfin la fumée, la lie de vin cuite et l’ivoire calcinée produisaient diverses espèces de noir (1).

Il n’est pas utile d’insister sur l'inspiration de profond mysticisme que les croyances religieuses fournirent à la plupart des peintres du commencement de la Renaissance. Memling, Van Eyck et les primitifs en font foi. Les œuvres de Bellini sont aussi dictées par une ardente piété, plus tard Rembrandt avec Les Disciples d'Emmaüs et la Descente de la Croix, en Espagne Vicente Joanès avec Le Baptême de Jésus, en France Nicolas Poussin avec La Cène et Les Aveugles de Jéricho, et Philippe de Champaigne avec Le Christ en Croix, dans les Flandres Van Dyck avec La Famille aux Anges, en Espagne Murillo avec Jésus et saint François, montrent encore leur foi profonde et naïve en une époque où le scepticisme et l'esprit de libre examen allait amener le schisme et la réforme.

1. Alphonse Germain. Le sentiment de; l'art et sa formation par l'étude de ses œuvres.

Ce doute allait d’ailleurs exercer lui aussi son influence sur d’autres peintres. Ruskin qui a étudié cette question à propos de l’art vénitien, constate combien le Titien qui prend le pinceau des mains de Bellini manque de son inspiration mystique. Sa fameuse madone de l'Eglise dei Frari n’est autre qu’une jeune fille de la famille Resaro chez laquelle il fréquentait, Le Tintoret a lui aussi subordonné ses sujets pieux à la décoration et à l’arrangement de ses tableaux. Les anges de Murillo au visage rose et joufflu, seront aisément transformés en amours par les peintres païens. Nicolas Poussin quitte le sujet religieux pour créer l’école paysagiste ; Watteau et Boucher nous éloignent encore davantage du mysticisme primitif ; Lebrun devient un peintre militaire. Enfin c’est l’époque où tout l'Olympe s’abat sur les toiles de nos artistes, ou les allégories vieilloties et sans séduction inspirent néanmoins quelques chefsd'œuvre. Il semble qu'il n’ait pas fallu à Part moins de deux siècles de lutte au nom du bon goût et du bon sens pour faire rentrer Neptune au fond des mers, Jupiter en ses sommets neigeux, les Dryades dans leurs forêts, et les Naïades au bord des lacs. Seuls les Faunes et les Satyres s’obstinent à demeurer embusqués au coin des toiles.

Il n’en est pas moins vrai que l'inspiration religieuse fut la source d’innombrables chefs-d’œuvre. La seconde partie de la proposition est-elle aussi

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