CHAPITRE IV
Des Préjugés sur les montres à secondes.
Les montres à secondes sont aujourd’hui très-répandues et deviennent de plus en plus indispensables, à cause des nombreuses observations dans lesquelles la mesure du tems entre comme élément.
Les plus simples sont celles dites à petites secondes ou trotteuses , que tout le monde connaît. Cette double dénomination vient d’abord de ce que le diamètre du cadran des secondes est plus petit que le rayon du cadran des minutes , et de ce que l’aiguille faisant cinq battemens ou pas dans une seconde , l’œil peu exercé ne distingue pas les cinq tems d’arrêt , et qu’elle paraît avoir un mouvement circulaire , uniforme et continu.
Celles qu’on nomme à secondes indépendantes
diffèrent complètement des précédentes : l’aiguille de secondes est portée par un axe au centre du cadran ; elle s’étend jusqu’au limbe des minutes, qui est commun aux deux aiguilles. L’aiguille de secondes frappe la seconde entière et d’un seul battement, c’est-à-dire que, de seconde en seconde, elle passe d’une division à la division suivante avec une très-grande vitesse , et qu’elle reste ensuite immobile sur la division le tems nécessaire. Si l’aiguille emploie 0”1 de lems pour passer d’une division à l’autre , elle reste immobile 0”9 de tems sur la division. La somme de ces deux quantités forme la seconde entière.
Ces montres jouissent d’une très-grande faveur dans le public , et comme elles sont beaucoup plus chères que les autres , les horlogers aiment assez qu’on leur donne la préférence. La vérité est que cette grande aiguille , dont chaque battement indique une seconde , a quelque chose qui charme.
La dénomination indépendante donnée à
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ces montres vient de ce qu’elles contiennent deux rouages : l’un est celui de la montre simple; l’autre est uniquement destiné à faire mouvoir l’aiguille de secondes sans absorber aucune force au mouvement qui mesure le tems; au contraire , le mécanisme est si ingénieusement disposé , que le rouage de secondes vient ajouter quelque peu de chose à la force motrice. Ces montres sont aujourd’hui portées à un point de perfection qui laisse peu à désirer sous le rapport de la composition du mécanisme.
Un petit verrou en dehors de la boîte permet de faire arrêter ou marcher l’aiguille à volonté. Celte disposition les rend d’un usage très-facile pour les personnes peu habituées aux observations. Cependant, ces montres ont un grave inconvénient qui fait que l’emploi du verrou peut induire en erreur de 1” environ. Cette incertitude 11e permet pas de se servir du verrou dans les observations délicates , et surtout lorsque le phénomène à observer ne dure que quelques secondes.
Pour comprendre à quoi lient cette incertitude , il faut connaître les effets de ce mécanisme , les voici : le rouage de secondes est retenu par un petit bras de levier v qu’on nomme volant s ce volant se repose (pendant tout le tems que la roue R doit rester immobile) sur une des ailes du pignon de la roue d’échappement P ; lorsque ce pignon , qui fait un tour en six secondes, a achevé 1/6 de sa révolution , le petit volant , échappé et emporté par la force motrice qui 1 anime , se meut sur son axe avec une vitesse extrême ; mais , lorsqu’il a achevé une révolution presque entière , il rencontre l’aile suivante du pignon, se repose contre elle, et pendant que le pignon P achève une seconde fois l/6 de sa révolution ; puis , il échappe de nouveau et recommence une révolution sur son axe et un repos à chaque seconde.
Si on fait arriver instantanément un obstacle B , fixé à la platine , et contre lequel le petit volant vient s’arrêter à l’instant où il quitte l’aile du pignon , l’aiguille reste immobile pour l’œil ,
car l’arc de cercle a,b , que décrit le petit volant est de h ou 5 degrés , mais la vitesse angulaire de l’aiguille de secondes A , étant soixante fois plus petite que celle du volant , n’accuse pas à l’œil nu une aussi petite quantité ; celte distance a , b , a été exagérée dans la figure , afin de la rendre plus intelligible.
Il résulte de cette construction que , quand on pousse le verrou V pour arrêter l’aiguille, elle reste sur la division sur laquelle elle se trouvait un , deux , trois ou quatre cinquièmes de seconde avant que le verrou fut poussé ; la position de l’aiguille sur le cadran ne marque pas exactement l’instant où la main a poussé le verrou , mais un , deux , trois ou quatre cinquièmes de seconde de moins.
D’autre part , il y a erreur en sens opposé lorsqu’on met l’aiguille en marche , et voici comment : Pendant que le rouage est arrêté , le petit volant se repose contre la bascule B , et lorsqu’on l’éloigne au moyen du verrou Y pour laisser l’aiguille libre, elle part instantanément et
Va tomber sur l’aile du pignon ; mais celte aile de pignon peut se trouver en quatre positions différentes : celle où elle a la seconde entière à parcourir avant de laisser échapper le petit volant , et celle où il lui reste encore quatre cinquièmes, trois cinquièmes, deux cinquièmes ou un cinquième. Ainsi, il peut se faire et il est môme probable que l’aiguille parcourra la première division en moins d’une seconde , de même qu’il est probable qu’elle retardera dans l’indication delà dernière division.
11 pourra donc se faire qu’il y ait une erreur de près d’une seconde , lorsqu’on fera une observation au moyen du verrou ; celte erreur ne sera rien dans beaucoup de cas , mais aussi quand on doit constater la durée d’un phénomène de 3”, ù” ou 5” , il est impossible d’être dans l’incertitude d’une seconde. Pour faire une observation exacte , il faut laisser marcher l’aiguille et fractionner les secondes mentale ment (1).
(1) On fait des compteurs qui se prêtent à tous les cas
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L’aiguille de secondes A est ajustée su»* la roue R, et fait avec elle une révolution pour soixante révolutions du volant ou un tour par minute.
La construction des montres à petites secondes est bien différente ; si le rouage de la montre est nombré de manière à ce que l’avantdernier mobile fasse soixante révolutions pour une de la roue du centre qui marque les minutes, qu’on laisse à ce mobile un pivot assez long pour traverser le cadran , et qu’on fixe une aiguille sur ce pivot prolongé , on aura de suite une montre à petites secondes.
Celte montre différera de la seconde indépendante, en ce que : 1° L’aiguille fera plusieurs battemens en une seconde ; 2° elle ne pourra pas être arrêtée sans arrêter le mouvement.
Mais si le rouage n’était pas bien disposé , si les nombres n’étaient pas dans le rapport con-
d’observations possibles et qui donnent les fractions de seconde avec une grande précision.
venable pour que l’aiguille de seconde fasse précisément un tour en une minute , une telle montre ne donnerait aucune exactitude. C’est précisément ce qui a été fait très-souvent. Les fabriques qui ne s’occupent que de vendre leurs produits ont , dans un tems, versé dans le commerce une grande quantité de montres communes avec des petites secondes. L’irrégularité en a été constatée souvent et, partant de là, le préjugé s’est répandu, et les montres à petites secondes passent pour mauvaises , pai cela seul qu’il en a été fait de mauvaises.
Cependant ces montres sont beaucoup plus simples et plus sûres que celles à secondes indépendantes : les indications qu’elles donnent de la secondeetde ses fractions sont tellementexactesque ce système est employé dans les chronomètres pour la marine , et dans toute l’horlogerie de précision. C’est cet exemple que nous citons toujours pour décider les personnes qui s’adressent à nous, quoique nous préférions, comme tous les horlogers , vendre des montres
à secondes indépendantes, qui sont d’un prix plus élevé ; mais consciencieusement , nous faisons d’abord tous nos efforts pour déterminer à faire l’essai des montres à petites secondes.