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CHAPITRE III

Du Choix d’une montre, considérée sous le rapport de l’échappement , du nombre des trous en pierres , des compensateurs , des parachutes , etc.

Avant d’aborder cette matière , il faut expliquer quelle est la partie d’une montre qu’on nomme échappement , puisqu’une partie de ce qui sera développé porte sur ce mécanisme.

On nomme échappement la fonction qui s’accomplit entre la dernière roue et une pièce fixée sur l’axe du balancier, et faisant corps avec lui. Cette fonction a pour objet de dégager le rouage qui vient alors agir sur le balancier , et lui restituer à chaque vibration la force qu’il a perdue ; ce nom , donné d’abord à la fonction , est employé aujourd’hui à désigner les pièces qui la produisent , ou ajoute ensuite une dénomination particulière pour désigner les divers

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systèmes d’échappement ; ainsi il y a l’échappement à verge , celui à cylindre , etc.

De l’Echappement à verge.

Cet échappement est le plus ancien de tous , il est d’une exécution assez facile et très-peu dispendieux ; aussi toutes les montres communes ont des échappemens à verge.

Il a l’avantage de[ marcher sans huile, et avec une telle facilité que, bien ou mal fait, il va presque toujours ; seulement il va plus ou moins bien. C’est par ces raisons que dans l’horlogerie commune , il sera lomg-tems employé. Mais il est tellement impressionnable aux changemens dans l’intensité de la force motrice , qu’il ne peut donner une grande régularité. Il exige dans la montre un mécanisme particulier et embarrassant qu’on nomme fusée , et par suite l’emploi d’une chaîne sujette à se casser. C’est une source d’accidens.

Pour que cet échappement soit dans les meilleures conditions possibles, il faut que la mon-

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ire ait de la hauteur ; ainsi , quand on voudra faire choix d’une montre avec un échappement à verge , il faut bien se garder de prendre de ce genre de montres d’une forme petite et trèsplate, mais au contraire choisir tout ce qu’il y | a de plus gros selon la destination de la montre.

Des Montres à cylindre.

Les montres qui ont un échappement à cylindre sont celles qu’on doit aujourd’hui préférer pour l’usage général. Elles peuvent être plus plates que les montres à verge , et cependant i avoir une marche incomparablementsupérieure, elles n’ont pas besoin d’une chaîne , c’est donc un embarras et une cause d’accidens de moins.

• Le degré de régularité qu’elles offrent est plus que suffisant pour les usages civils , car on les voit souvent ne pas faire plus d’une ou de deux minutes de différence par semaine, et même beaucoup moins.

L’horloger, sachant que les montres à cylinj dre sont susceptibles de prendre du retard qui

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résulte de l’épaississemeni des huiles, a le soin de laisser toute la ressource pour les faire avancer, selon le besoin que le tems doit amener.

Dans l’origine , l’échappement à cylindre avait paru très-difficile à exécuter , parce qu’on n’avait alors, pour le faire, aucun moyen mécanique ; mais , aujourd’hui , il est devenu d’une exécution bien facile , et il a surtout ce grand avantage, que lors même il ne serait pas rigoureusement dans les principes admis par les meilleurs horlogers (1) , il pourrait assez bien marcher.

Les échappemens Duplex, et autres dont nous allons parler , ne sont pas dans ce cas s’ils ne sont pas rigoureusement dans les conditions voulues ; ils perdent toutes leurs belles propriétés , alors ils valent à peine un bon échappement à cylindre. C’est par ces raisons , et parce que d’ailleurs les montres à cylindre , tout en pouvant

(1) Tous ne sont pas d’accord sur quelques points capitaux sur lesquels on croirait qu’il ne doit pas y avoir divergence d’opiuion.

donner une grande précision , coûtant moins et sont plus faciles à réparer en cas d’accidens , que nous conseillons toujours de leur donner la préférence pour l’usage civil.

Des Montres avec échappement Duplex.

Quelques horlogers pensent que le nom de Duplex vient de ce que cet échappement serait de l’invention d’un horloger anglais nommé Duplex. Nous ne pouvons partager cette opinion ; il est bien possible qu’il ait existé un horloger anglais nommé Duplex , que cet horloger ait beaucoup pratiqué cet échappement ; mais ce qui est certain , c’est que la première idée de cet échappement est de Jean-Baptiste Dutertre , horloger de Paris très-réputé dans son tems , que dans le principe on employait deux roues superposées sur le même axe , ce qui a dû conduire au nom de Duplex , qui signifie double.

En même tems que nous revendiquons pour la France l’honneur de cette invention , nous

devons direque l’échappement à cylindre, si justement apprécié en France , est dîi à Georges Graham , célèbre horloger anglais. Par une de ces bizarreries du goût des nations, l’échappement Duplex , d’origine française , est presque autant employé en Angleterre , que l’échappement à cylindre l’est en France.

Avec l’échappement Duplex, le balancier a un pouvoir réglant plus grand qu’avec celui à cylindre , parce que :

1° La circonférence sur laquelle la roue fait repos est d’un rayon beaucoup plus petit que dans l’échappement à cylindre ; par suite, la résistai! ce qu’oppose la roue est beaucoup moin dre , et les vibrations du balancier augmentent en raison de la diminution de cette résistance.

2° L’impulsion de la roue étant donnée sur un rayon beaucoup plus grand que celui par lequel elle a lieu dans l’échappement à cylindre, la force donnée au balancier est encore plus grande ; les arcs qu’il décrit doivent être plus étendus, et comme la puissance réglante

d’un balancier est en raison de sa niasse multipliée par sa vitesse (1) , le balancier de l’échappement Duplex est un régulateur plus puissant que celui appliqué à l’échappement à cylindre, toutes choses égales, d’ailleurs.

Mais l’échappement Duplex ne peut être construit que sur un axe de balancier très-fragile et très-difficile à remplacer. Son exécution ne souffre pas la moindre médiocrité , ou bien il s’use assez promptement , fait des écarts considérables et s’arrête au doigt , etc. , etc. ; sa roue est plus lourde et plus paresseuse à se mettre en marche que celle de l’échappement à cylindre. Le repos ne pouvant pas se faire à la tangente, il y a une grande décomposition de force , qui est un obstacle à toute l’étendue de la vibration.

Il est beaucoup moins d’ouvriers capables de le faire bien marcher que l’échappement à cylindre ; il est plus dispendieux , et enfin , s’il est vrai qu’il peut donner une plus grande préci-

(1) Quelques auteurs ont dit par le carré de sa vitesse.

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sion lorsqu’il so conserve bien , il faut aussi convenir qu’on voit un très-grand nombre de ces éehappemens détruits et marchant très-mal par suite de ces destructions.

C’est par ces motifs que nous avons engagé à donner la préférence aux montres à cylindre pour l’usage civil. Nous reviendrons sur cet échappement quand nous aurons parlé de l’échappement libre à détente.

Des Montres avec échappement à ancre.

Breguet employait très-fréquemment l’échappement nommé à ancre ; il l’avait bien disposé , tout en lui donnant cette grâce particulière qu’il apportait dans les pièces de sa composition.

Cet échappement exige très-peu de hauteur. Sous ce rapport, il convenait parfaitement à ces montres extrêmement plates de Breguet; mais aussi , il ne souffre pas la moindre médiocrité ; il ne doit être exécuté que par une main qui en comprenne parfaitement toutes les fonc-

lions , et il faut convenir qu’il y a très-peu d’artistes capables de bien l’exécuter, et de l’établir dans les meilleures conditions , pour la marche de la montre.

Cependant, un très-grand nombre d’ouvriers de fabrique se sont mis à le faire , et les fabricans , cherchant toujours à augmenter leur bénéfice, l’introduisent beaucoup dans les montres auxquelles ils veulent donner du prix. Dans les fabriques d’horlogerie , on s’occupe, exclusivement du travail ; les études théoriques paraissent en être exclues , et rien n’est plus rare que de rencontrer un horloger parmi des milliers d’hommes qui travaillent à l’horlogerie.

Aussi , les échappemens de ce genre qui sortent des grands centres de fabrication (Genève et le canton de Neufchâtel , en Suisse) brillent par un beau poli, mais rarement ils se trouvent dans les principes qu’ils devraient avoir ; il semblerait souvent, au contraire, qu’on a pris à tâche de faire mal , d’y introduire des défauts pour le seul plaisir de faire du mauvais et de

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leur donner du brillant : ainsi , des ancres lourds inutilement , au lieu de leur donner le mérite de la plus grande légèreté ; des roues d’échappement en acier trempé , qui ne valent pas , à beaucoup près , des roues en laiton bien forgé ; des chutes quatre fois plus grandes qu’il n’est nécessaire , etc. , etc.

Les horlogers qui n’ont fait aucune élude en horlogerie de précision devraient s’abstenir d’exécuter ou de faire exécuter des échappemens qu’ils ne comprennent pas , et s’en tenir à ceux qui peuvent s’exécuter machinalement dans les fabriques; et, sous ce rapport, l’échappement à cylindre convient admirablement à ces grands centres de fabrication , parce qu’il peut s’exécuter presque entièrement par les outils et la routine acquise.

Des Montres avec échappement libre à détente , dites chronomètres de poche.

L’échappement qui permet d’obtenir ia plus parfaite régularité d’une montre est celui

qu’on nomme échappement libre à détente (à ressort ou sur pivots). Cet échappement est le seul employé dans les montres marines et les vrais chronomètres de poche (1). Ainsi , si on veut la montre la plus parfaite possible, c’est là l’échappement qu’il faut employer.

Mais qu’on se garde bien de penser que , par cela seul que cet échappement sera employé dans une montre , on aura une excellente montre ; cet échappement ne peut pas faire à lui seul toute la régularité de la montre; si les auxiliaires naturels de la régularité ne sont pas ce qu’ils doivent être , la montre n’aura pas une marche satisfaisante. Ainsi, sans un bon moteur , sans un rouage dans les conditions prescrites pour les bons engrenages , sans un spiral isochrone, sans un balancier compensateur dont les fonctions soient parfaitement sûres , sans de bonnes proportions dans toutes les parties de la

(1) Nous disons vrais chronomètres , parce qu’on présente au public sous ce nom des montres qui valent souvent moins qu’une bonne montre à cylindre de 200 fr.

machine , sans une fidélité parfaite dans l’exécution , sans un réglage fait par une main habile , etc. , etc. , point de marche régulière.

Il en est de cet échappement comme des échappemens à ancre , de tels mécanismes ne sont pas et ne doivent pas être dans le domaine des ouvriers de fabrique ; ils appartiennent exclusivement à un petit nombre d’artistes voués par goût et par de longues études à l’horlogerie de précision.

La précision qu’on, peut obtenir d’une telle montre n’estpas nécessaire dans les usages de la vie ordinaire, car, exécutée dans toutes les conditions voulues, elle peut très-bien conserver lê lems à deux ou trois secondes près en huit jours, si elle est entre les mains d’une personne qui sache en avoir le soin que ces machines exigent.

Les montres de ce genre sont très-répandues en Angleterre, mais peu en France, et cela par deux raisons : d’abord elles sont plus volumineuses que celles généralement usitées , elles sont beaucoup plus chères, etcomme leur usage prin-

cipal se trouve dans la marine, et que nous sommes moins navigateurs que les Anglais , elles ont pris moins de faveur chez nous.

Leur prix excessif en France tient au peu d’usage qu’on en fait et au très-petit nombre d’artistes qui s’en occupent. Cependant les amateurs d’horlogerie supérieure apprendront avec plaisir que déjà les prix de ces objets diminuent , que le nombre des artistes capables de les exécuter augmente, et que sûrement on pourra bientôt avoir ces précieux instrumens avec peu de dépense.

Mais, en attendant, ilestbon qu’on soit averti que nos voisins d’outre-mer exploitent la confiance aveugle de beaucoup de Français , et leur soutirent chaque année des sommes considérables en échange de la plus mauvaise horlogerie qu’il soit possible de faire ; voici comment :

Sous les formes extérieures de leurs bons chronomètres de poche, ils fabriquent à la grosse des pièces on ne peut plus communes et plus mauvaises, et portant toujours des noms

justement réputés à Londres. Ces montres sont expédiées dans les ports étrangers , et les nôtres en sont couverts j elles y sont offertes comme étant d’occasion et toujours vendues à des prix bas en comparaison de celui qu’elles vaudraient, si elles sortaient des mains de l’artiste dont elles portent le nom, mais excessif comparativement à celui qu’elles ont coûté. D’après les données que nous avons acquises, il est établi en Angleterre de ces pièces au prix de 100 francs; elles sont vendues h et 500 francs dans nos ports ; elles sont hors d’état de rendre un service équivalent à une bonne montre à cylindre , parce qu’elles ne contiennent ni les conditions de durée, ni celles de régularité qu’on doit attendre de l’horlogerie de précision.

Que des brocanteurs se livrent à de tels trafics dans les ports de mer, cela se conçoit; mais que des horlogers aient assez de mauvaise foi pour exploiter celte industrie coupable , ou connaissent assez peu leur art pour ne pas dis-

linguer la bonne pièce de la mauvaise , et trompent ainsi par ignorance ou par cupidité les personnes qui les honorent de leur confiance , voilà ce qui ne devrait pas être.

L’observateur, qui veut une bonne montre de précision, c’est-à-dire un bon chronomètre, doit bien se garder de se laisser séduire par ces apparences d’occasion , et de tomber dans le piège tendu par nos voisins. S’il ne veut pas être trompé , il doit s’adresser à un homme sûr, sous le double rapport de la capacité et de la moralité , et qui réponde de ce qu’il vend.

En parlant des montres avec échappement Duplex , nous avons dit que nous reviendrions sur cette matière , après avoir parlé de l’échappement libre à détente ; c’est pour montrer plus évidemment que l’échappement Duplex ne doit point être employé ; que , si on ne veut qu’une bonne montre à l’usage civil , il est préférable de faire choix d’une bonne montre à cylindre ; que , si on veut la plus grande précision , il faut

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aiier droit au fait, et prendre un chronomètre de poche.

L’échappement libre à détente a une grande similitude avec le Duplex , seulement tous les défauts de celui-ci disparaissent dans l’échappement libre ; ainsi il n’y a pas de repos de la roue contre l’axe de balancier , ce repos se fait sur la détente qui en est isolée ; le balancier achève sa vibration librement dès qu’il a dégagé le rouage et reçu l’impulsion. L’axe de balancier peut être très-solide; la roue d’échappement peut être beaucoup plus légère , elle est beaucoup plus simple. Tout bien compté , il n’y a pas deux journées d’ouvrage de plus à faire un bon échappement libre à détente à ressort qu’à faire un Duplex , et ce dernier vaut infiniment moins.

De plus , nous avons démontré plus loin , en parlant des montres à cylindre , que le balancier-compensateur était complètement inutile dans ces montres; il en est de même de celles

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avec échappement Duplex (1) ; il est impossible d’y produire une compensation exacte et constante ; seulement on pourrait , il est vrai , diminuer une petite partie de l’erreur qui résulte des changemens de température , ce qui , en définitive , ne serait aucunement appréciable dans tes usages civils.

Ainsi, les montres à Duplex, présentées comme moyen terme entre la montre à cylindre et le chronomètre , ne sont pas aussi simples, ni aussi sûres et ni aussi solides pour l’usage civil que les montres à cylindre , et elles n’approchent pas assez du degré de précision des chronomètres pour rivaliser avec eux.

Du Mécanisme de répétition.

Le mécanisme qu’on nomme répétition , et à l’aide duquel l’heure est sonnée , lorsqu’on pousse un boulon , est un accessoire qui peut se combiner avec les différens genres de mon-

(1) Voir chapitre VII , sur les montres à cylindre*

très que nous avons classées et dénommées, d’après l’échappement qu’elles ont. Mais le mécanisme nécessaire pour la répétition, composée de deux parties bien distinctes , le rouage et la cadrature, étant très-compliqué, il n’est pas possible de faire une bonne répétition à vil prix , et toutes celles de ce genre sont infailliblement mauvaises. On ne doit pas non plus admettre la répétition dans une montre très-petite , parce que tout l’espace occupé par le mécanisme de la répétition est en partie pris aux dépens du mouvement. Les ressorts-timbres occupent beaucoup d’espace dans la boîte. Et les mobiles qui composent le mouvement sont alors resserrés dans un plus petit espace que dans une montre simple du même diamètre extérieur.

Une montre d’homme simple , dont le diamètre est de h centimètres, a ses mobiles aussi forts et aussi grands qu’une montre à répétition qui aurait lxc et demi ; et une montre à répétition de col , pour dame , ayant 3° h , n’a guère

plus de force et de puissance dans ses mobiles que n’en aurait une montre de 3e. Nous insistons sur ce point, et nous répétons ici que, quand on veut une bonne montre , il faut la choisir dans les dimensions que nous avons données en parlant des montres à cylindre. (Voir plus loin le chapitre sur les montres à cylindre.)

En résumé :

Trois genres de montres , sous le rapport de l’échappement, nous paraissent seuls devoir fixer l’attention de l’acheteur, selon ses besoins et f usage qu’il veut en faire.

1° La montre à verge , quand on ne veut pas excéder une dépense de 40 ou 50 fr. environ , pour une bonne et forte montre en argent, ou 140 fr. environ si elle doit être en or; dans ces montres, plus on admettra un grand diamètre, et surtout de l’épaisseur, et plus on aura de chances de solidité , durée et régularité.

2° La montre à cylindre , si l’on veut bien excéder 100 fr. pour une bonne montre en

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argent, ou mettre en plus la valeur d’une boîte en or. Une telle montre, bien établie, peut donner d’excellens résultats, ne laissant rien à désirer pour les usages ordinaires de la vie.

3° Enfin , un chronomètre de poche , dont le prix s’élève encore aujourd’hui à 1,000 et 1,200 fr., mais qu’il est permis d’espérer de voir bientôt réduit. Ce genre d’horlogerie, bien fait, peut aujourd’hui donner des résultats d’une précision telle , qu’on était loin d’espérer de pouvoir jamais obtenir il y a peu d’années.

Des Trous en pierre.

L’emploi des trous en pierre , dans les montres plates surtout , a été un puissant moyen de les perfectionner. Dès qu’il a été bien connu que cet agent régularisait leur marche , les établisseurs des grandes fabriques ont bien vite cherché à exploiter la crédulité publique , et , dans la seule vue de faire de plus grands bénéfices sur leurs montres, ils y ont introduit un nombre

do trous en pierre bien plus grand qu’il n’était

nécessaire.

La tâche que nous nous sommes imposée de dire tout ce qu’on doit savoir pour faire choix d’une bonne montre nous oblige à avertir qu’il est préférable de ne mettre que quatre ou six trous en pierre dans une montre que d’en mettre dix.

Pour comprendre cette préférence à donner à une montre dans laquelle les élémens de régularité paraissent être réduits , il faut connaître la propriété des pierres , les cas dans lesquels elles sont avantageuses et ceux dans lesquels elles sont nuisibles.

Les pierres ne peuvent être employées avec avantage toutes les fois que la pièce d’acier qui est en contact avec elles exerce une grande pression ; il y a trop de danger de voir l’acier s’oxideret se détruire en peu de tems, surtout quand il manque d’huile pour lubrifier le frottement. Dans les premiers mobiles , qui reçoivent toute la force du moteur, il arrive trop souvent

des accidens semblables pour qu’on doive s’y exposer, et, dans ces points, les trous et les pivots s’usent peu ordinairement lorsque la montre a été bien établie et bien conservée.

Vers les derniers mobiles , au contraire , qui* étant animés d’une grande vitesse , exercent peu de pression sur les pierres, lorsque celles-ci sont bien faites et qu’il y a de l’huile , la conservation des pivots est assurée.

Si on ne met pas un plus grand nombre de trous en pierre aux bonnes montres , ce n’est pas par l’économie qu’il y a à mettre deux ou quatre trous de moins, c’est parce qu’ils seraient inutiles et mauvais. A l’appui de ce que nous avançons , nous pouvons rappeler qu’aujourd’hui les plus habiles constructeurs de chronomètres ne mettent que six trous, et certes, ce n’est pas dans des pièces d’une aussi grande importance qu’ils feraient l’économie de quatre trous de plus, si cela offrait la moindre sécurité.

Un fait remarquable aujourd’hui , c’est que la plus mauvaise horlogerie de fabrique suisse

est chamarrée de trous en pierres de mauvaise qualité et mal faites. Ainsi les grenats, les améthystes , qui ressemblent assez au rubis , y abondent. Tout eet étalage n’est imaginé que pour tromper l’acheteur.

Des Compensateurs et des Parachutes.

En parlant des montres à cylindre , nous démontrerons l’inutilité des compensateurs. Introduire dans une machine aussi petite et aussi délicate qu’une montre un élément qui n’a aucun avantage réel, c’est évidemment nuire à sa simplicité , à sa solidité.

La pièce nommée parachute est au moins aussi inutile que les compensateurs. Dans l’horlogerie de commerce, elle n’est point du tout disposée pour produire l’effet que son nom indique, et fût-elle on ne peut mieux faite, elle ne produirait pas l’effet qu’on doit en attendre , et qui serait d’éviter lesaccidens résultant d’une chute.

Pour en démontrer l’inutilité sans de longs

raisonnemens , nous n’avons qu’un fait à citer. L’invention du parachute, tel qu’on le voit dans les montres de commerce, est de Breguet. L’amour qu’on a pour ses productions le lui faisait introduire dans ses montres marines. Là, il était vraiment bien fait et dans les meilleures conditions. Cependant , peu de tems après sa mort , sa maison jugea à propos de supprimer cet appareil , même dans des chronomètres de prix, et, sans contredit, elle fit bien. Quand une invention est condamnée par son auteur ou ceux qui le représentent, comment se fait-il que d’autres en conservent l’usage?

Ce n’est donc ni le grand nombre de trous en pierres, ni les compensateurs et les parachutes , qui constituent une bonne montre. Ainsi , par cela seul que ces élémens inutiles sont introduits avec profusion dans une montre , on doit la suspecter d’être au moins médiocre , si ce n’est très-mauvaise , car , de deux choses l’une , ou celui qui a établi la montre ignorait l’inutilité de pareils élémens , et il ne peut ins-

pirer une grande confiance , ou bien il les a introduits dans la montre, dans la seule vue de lui donner plus de prix aux yeux du public, et, sous ce rapport, il est très-répréhensible. Le nombre des montres bien faites dans lesquelles ces pièces sont introduites est trop restreint pour qu’on doive les rechercher.

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