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CHAPITRE IX

Procédé pour dorer les pièces d’horlogerie à froid, sans mercure , inventé par Henri Robert.

Lettre adressée à Messieurs les horlogers , membres de lu Société chronométrique de Paris.

Messieurs et chers collègues ,

Après avoir lu celte lettre , vous vous demanderez peut-être comment il se fait qu’un procédé aussi simple , et tellement indiqué par celui de l’argenture , n’ait pas été trouvé depuis long-tems. Je me suis fait bien souvent cette question sans pouvoir y répondre.

Je vais vous exposer comment j’ai été conduit à cette découverte , et comment je crois qu’elle pourra avoir quelque importance en horlogerie, lorsque les personnes quise vouent avec

intelligence à des parties détachées voudront s’en occuper. Ayant médité long-tems cette matière , je me ferai un plaisir de leur indiquer quelques voies qu’on pourrait suivre.

Depuis fort long-tems , les Anglais dorent les roues de leurs montres toutes montées , et rivées sur les pignons. En France et en Suisse , lorsqu’on voulait des roues dorées à la manière anglaise , on rivait très-légèrement la roue pour faire la pièce, puis on la dérivait pour la dorer , et on la rivait ensuite solidement.

Il est bien évident que le procédé anglais était préférable. Depuis peu d’années quelquesunes des personnes qui dorent les pièces d’horlogerie se sont mises à essayer de dorer les roues à la manière anglaise , et , selon l’usage , celles qui ont réussi font mystère de leurs moyens.

Plusieurs membres de la Société m’avaient souvent témoigné le désir de connaître le procédé anglais. Ayant doré quelques montres pendant mon séjour en Suisse par simple eu-

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riosité , et pour avoir une idée de ce genre de travail , et connaissant assez les ressources que cet art pouvait offrir , je pensais que le secret des Anglais devait consister dans l’application d’une substance sur le pignon , pour éviter son oxidation, qui résulterait de l’emploi qu’on fait généralement de l’acide nitrique pour dorer, et qu’en volatilisant le mercure à une température à laquelle l’acier ne change pas de couleur, la question serait résolue.

En réfléchissant en même teins aux différens procédés de dorure et d’argenture, et à la grande affinité que l’or et l’argent ont l’un pour l’autre, je pensai qu’en argentant d’abord le laiton , qui s’argente très-facilement , on pourrait ensuite couvrir cet argent d’or, par le procédé de dorure dite au bouchon.

Le premier essai que je fis me réussit complètement , mais l’aspect de cette dorure n a vait rien qui fût satisfaisant pour 1 œil. J es sayai ensuite la dorure au bouchon sui le lai ton immédiatement sans interposition cl argent,

et elle me réussit , mais elle ne pouvait être employée, et son aspect n’était agréable que dans les parties brunies qui sont en très-petit nombre dans l’horlogerie; ce moyen offrant peu d’applications utiles, je cherchai autre chose. La doi ure au bouchon, dans laquelle j’avais réussi, me montra que l’or avait assez d”affimté pou; le laiton , pour espérer qu’une application d’or, faite à la manière de celle de l’argent, donnerait quelque chose d’utile.

Je fis donc un mélange d’or en poudre, de sel marin et de crème de tartre pulvérisée, comme je l’ai expliqué pour l’argenture , et je réussis parfaitement , en employant les précautions qiie j ai indiquées, lorsque j’ai communiqué à la Société le procédé de l’argenture.

Cependant l’or, dont je couvrais assez facilement la pièce , prenait une couleur sale et terne, désagréable à l’œil. En gratleboissant la pièce, je la débarrassai de ce mauvais aspect; mais cela revenait pour le coup-d’œil à la dorure ordinaire. L’emploi des acides pour don-

ner à l’or une belle couleur n’était pas praticable , à cause des précautions qu’il aurait fallu prendre. Après beaucoup de tentatives d’une exécution assez difficile, je parvins, comme cela arrive souvent , par le moyen le plus simple : je frottai la pièce, après l’avoir dorée, avec de la crème de tartre seule et beaucoup d’eau ; je la lavai immédiatement à grande eau chaude (40° au moins) , je la savonnai avec beaucoup de précautions , pour saturer les atomes d’acide qui pouvaient être restés; puis je passai à l’esprit de vin pour dissoudre le savon qui pouvait rester.

Ces opérations me réussirent très-bien ; néanmains , j’obtins encore quelque chose de mieux , en frottant la pièce fortement avec une de ces moelles de sureau très-dures, comme on en rencontre quelquefois.

J’ai doré ainsi des roues , des ponts, des cuvettes de montres , des masses de balancierscompensaleurs , et même la partie de laiton de ces balanciers.

Lorsque l’opération est faite avec adresse et promptitude , le pignon ne se tache pas du tout ; mais s’il arrivait qu’il se colorât légèrement, on le blanchirait à l’instant avec un peu de bois tendre et du rouge à polir, très-doux.

La préparation de l’or en poudre serait longue et difficile pour les horlogers ; mais on en trouve de différentes couleurs, ainsi que l’argent en poudre, pour l’argenture, chez les batteurs d’or , et notamment à la fabrique de M. Favrel, rue du Caire, n° 27 ; et l’on trouve la crème de tartre et le mélange de sel , parfaitement bien faits , et préparés exprès pour ces opérations , chez M. Pelletier, fabricant de produits chimiques, rue Jacob , n° ho.

Si l’on sait ménager les résidus et ne rien perdre, on n’emploiera pas pour plus de 15 centimes d’or pour dorer les trois roues d’une montre, et ce travail peut être fait en une demiheure.

Du Parti qu’on pourra tirer de ce procédé de dorure.

Les cuvettes en laiton doré sont tellement monotones qu’on pourrait leur donner un aspect varié et très-agréable en employant ce genre de dorure. La gravure pourrait être remplie de cire noire , comme on le fait pour les cadrans ; on pourrait aussi faire sur ces cuvettes une espèce de granit en mêlant l’or et l’argent qui iraient parfaitement ensemble.

Le procédé de mise en couleur de l’or pourrait encore être combiné avec celui d’application d’or que nous avons indiqué.

Pour m’assurer de la solidité et de l’adhérence parfaite de l’or , j’ai fait passer au mat , par M. Marti, très-bon doreur de Paris, une pièce dont j’avais appliqué l’or comme je l’ai expliqué.

En l’examinant avant de la passer au mat , il pensa (sans cependant en être certain) que l’or n’était pas appliqué au moyen du mercure ; ce qui le lui fit reconnaître , ce fut ce grain fin et

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parfaitement égal que l’application par le mercure ne donne pas , et il s’étonna de la facilité avec laquelle le mat se prononça.

Cet aperçu des moyens que j’ai employés suffira à ceux qui ne voudront que dorer quel ques-unes de ces petites pièces , dont le rappropriage , par les moyens ordinaires, n’est pas heureux , et je le répète , si quelques personnes désirent s’en occuper sérieusement , je me ferai un plaisir de leur aider autant qu’il sera en mon pouvoir.

Je sais, Messieurs , que depuis plus de deux ans que j’ai montré à la Société des échantillons de cette dorure, plusieurs membres auraient désiré que je communiquasse le procédé; je vous avouerai que je n’ai différé , jusqu’à ce jour, que pour bien laisser à chacun le tems nécessaire pour le chercher et le trouver comme je 1 ai fait. Aujourd'hui , on dira peut-être que rien n’était plus facile ; plus de deux années se sont écoulées pour témoigner du contraire.

Je vous prie d’agréer la. nouvelle assurance

de la considération très -distinguée avec laquelle je suis ,

Messieurs ,

Votre collègue très-dévoué,

Hesri ROBERT , Secrétaire-général de la Société,

Fin DE LA DEUXIÈME El' DERNIÈRE PARTIE.

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