‹ L'art de connaitre des pendules et les montresChapitre 5 sur 55 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des causes de la régularité des Pendules ; du teins qu’elles mesurent; de leur degré de justesse.

Ce que nous venons de dire dans les deux articles précédens , sur le mécanisme d’une pendule et d’une montre , est suffisant pour donner une idée de la manière dont ces machines mesurent le tems ; mais il est à propos de faire remarquer ici la cause de la justesse des pendules , et à peu près le degré qu’on peut en attendre.

Si on écarte le pendule AB ( flanche I , fuj. 1 ) de la verticale , la lentille B redescendra par sa pesanteur; et par la vitesse qu’elle aura acquise , elle remontera du côté opposé a la même hauteur dont on l’a laissé descendre ; ensuite elle retombera , et continuera ainsi ses

oscillations par le seul effet de la pesanteur sur la lentille.

Or, comme l’action de la pesanteur est toujours la même , il suit de là que ce pendule fera ses oscillations de la même durée , s’il les fait de la même étendue. Cela bien entendu, on concevra aisément pourquoi une pendule doit aller avec une grande justesse ; car le pendule AB (pi. I) étant ainsi mis en mouvement , l’effet du moteur et du rouage est , comme nous l’avons dit, de restituer au pendule la force qu’il perd à chaque oscillation : or, le poids P, agissant toujours avec la même force sur le rouage , l’action transmise au pendule est donc toujours la même ; le pendule fait donc des oscillations qui ont toujours la même étendue; elles ont donc dans ce cas toujours la même durée ; les roues et par conséquent les aiguilles doivent donc tourner d’un mouvement uniforme. Ainsi le tems qu’elles indiqueront est égal et parfaitement semblable au tems moyen dont nous avons parlé ; d’où nous pouvons cou-

dure que les pendules ne peuvent diviser et marquer naturellement que le tems égal ou moyen , et que toutes les fois que Von voudra régler une pendule par le passage du soleil au méridien , il faudra premièrement connaître les écarts du soleil , et les soustraire ensuite pour avoir le tems moyen , et juger par là si la pendule va bien. Nous pourrions faire voir, par un raisonnement à peu près semblable, que les montres ne peuvent aussi marcher que d’un mouvement uniforme ; mais ce que nous venons de dire suffit. On doit donc être persuadé que la pendule ou la montre ia plus parfaite qu’on puisse concevoir, est celle qui va d’un mouvement égal , bien éloignée de suivre les variations du soleil ; car s’il arrive que ces machines varient , c’est sans aucune loi constante , cela dépendant du chaud, du froid, etc., comme nous le verrons chap Y.

On peut bien , par un mécanisme particulier, faire suivre les écarts du soleil aux pendules et aux montres, ce qui se fait dans les pièces que

l’on appelle -pendules à équation ou montres à équation ; mais, dans ce cas, elles sont tellement disposées, que, pendant que les aiguilles et l’intérieur de la machine marchent d’un mouvement. uniforme, une deuxième aiguille des minutes suit les variations du soleil. Pour donner le mouvement inégal à l’aiguille du tems vrai , on a imaginé une pièce en forme d’ovale , qu’on appelle ellipse ou courbe , laquelle fait avancer ou rétrograder l’aiguille du tems vrai , pendant que l’autre tourne d’une égale vitesse.

On est parvenu à donner un très-grand degré de perfection aux pendules. Pour cet effet, on fait des lentilles pesantes , et qui décrivent de petits arcs (1) , et l’on a diminué à proportion

(1) M. de Rivaz a été l’introducteur et le plus grand partisan de ces perfeclionnemens; mais il est arrivé alors ce qui se passe presque toujours , c’est qu’en portant les choses à l’extrême , on corrige des inconvéniens et on en crée d’autres qu’on ne prévoit pas. Lorsqu’un pendule décrit de trop petits arcs, par exemple, de 1/8' de degré, de petites différences dans l’étendue des arcs d’un tel pendule ne produisent aucune différence appréciable sur la marche de la pièce; mais aussi le moindre ébranlement dessup-

l’action de la force motrice , en sorte que lors même que la force motrice est un ressort, comme celui planche II , ftg. lx , les inégalités qui en sont inséparables , comme nous l’avons fait voir , ne changent cependant pas sensiblement la justesse de la pendule ; en sorte qu’une pendule à ressort ordinaire peut assez bien aller pour ne faire qu’une minute d’écart en quinze jours.

L’expérience nous a appris que la chaleur allonge tous les corps, que le froid les raccourcit , et que , par conséquent, les verges de pendules devenant plus longues, cela faisait retarder les pendules; et qu’étant plus courtes, cela les faisait avancer; on a imaginé dilférens moyens pour corriger ces effets, et l’on a assez bien réussi par ces différentes applications, pour pouvoir faire une pendule à secondes qui ne fasse qu’une minute d’écart par an (1).

ports de la pendule la font arrêter. C’est surtout en horlogerie qu’on doit répéter à chaque instant :

L’excès en tout est un défaut. » H.... R

(1) La détermination delà différence que peut faire une

pendule en un an est une mauvaise manière d’apprécier sa marche, car elle suppose que la pendule a marché d’un mouvement uniformément accéléré ou retardé pendant tout ce tems , ce qui n’est pas probable.

Une pendule peut très-bien avoir alternativement avancé et retardé pendant un an, et se trouver justement à l’heure à la fin de l’année. Sa marche ne peut point alors être réputée régulière, il s’en faut de beaucoup ; aussi, les astronomes et tous les observateurs qui ont besoin de l’exacte mesure du tems, ont-ils l’habitude de déterminer les variations des machines qui mesurent le tems , de 24 heures en 24 heures. On nomme alors ses variations mouvement diurne. C’est l’uniformité du mouvement diurne qui constitue la perfection de la marche.

Page 1