MYOPIE TRÈS-FORTE OU* HYPERMYOPIE
Vision nette entre 13 et 11 centimètres. Vision confuse au loin ; souvent strabisme. Verres concaves des numéros 6 à 3, pour les objets éloignés. Utilité de verres pour lire.
Dans ces trois degrés de myopie, les rayons venant des objets éloignés forment des cercles de difUsion plus ou moins prononcés sur la rétine.
Pour choisir les verres nécessaires au myope, on em* ploie le visiomètre, comme pour la presbytie ; seulement il faut bien remarquer que le foyer indiqué sera toujours d'un degré trop fort. Ainsi, si le myope lit à 11 centimètres, ce qui indiquera du imméro 6 pour lire, il faudra prescrire du 4 pour voir de loin. La formule, si exacte pour la presbytie, le devient par la myopie, en tenant compte de la restriction indiquée.
Si le presbyte dit que les verres grossissent les objets, le myope dit le contraire; mais il est facile de lui prouver qu'il les voit plus gros que ceux qui ont la vision normale, et qu'en lui faisant voir à cette distance normale, il doit évidemment les voir plus petits. Le myope voit plus gros, car il regarde de plus près ; il voit donc sous un angle plus grand que l'angle normal, à jm degré prononcé, il voit comme un œil normal armé d'une loupe.
Les verres, dans la myopie, ne procurent pas la vision parfaite aussi bien que dans la presbytie. Le myope ne peut bien voir qu'en prenant des verres trop forts, ce qui le fatigue et l'oblige à prendre des verres plus faibles qui, ne le satisfont point.
Les verres concaves augmentent certainement la myopie. Ainsi tel myope qui se sert du numéro 24| à l'âge de vingt ans, aura besoin du 10 à quarante ans, s'il porte toujours des lunettes. Nous dirons encore que le myopt nepeut^ avec des verres concaves^ avoir une portée de vision à peu près égale à celle dite normale^ qu'à la condition de se servir cte verres d*un numéro tropfort^œqui le fatigue, altère sa vue, et le met dans la nécessité au bout de quelque temps, de prendre un numéro plus élevé, et par conséquent d'augmenter sa myopie jusqu'à ce que des troubles visuels se manifestent. Il faut donc que le myope se condamne à y voir moins que ceux qui ont la vision normale, sous peine d'altérer sa vue.
O'est pourtant une chose désolante; mais le myope se trouve dan8*la position suivante à l'égard de sa vue :
« Sll prend des verres qui ne le fatiguent pas, il ne tt distingue pas comme une personne ayaat la vue nor-t « maie; s'il veut, en partie, jouir de la faculté précitée, « il faut qu'il fesse usage de verres trop forts, lui râpent tissant les objet» et Féblouissant plus ou moins, et lui « causant une congestion oculaire et plus tard une affec- « lion de la choroïde et de la rétine et par ce fait une «< myopie amblyopique^ fecile à distinguer, car dans ce «< cas, la vision des petits objets est impossible dès qu'on * place le malade dans un endroit un peu obscur et la « vision est rendue plus trouble ftvec la plaque percée « d'un trou. »
L'optique ne peut donc remédier à la myopie, comme elle le ferait pour la presbyople. t)onc, que feut-il faire lorsqu'on est myope? Il faut choisir des verres tels qu'ils ne fetiguent pas ; dans cette condition, ils ne per* mettront pas la portée de vision normale, mais au moins ils ne forceront pas la vue, puis il fendra n'en faire usage que lorsqu'il sera utile de distinguer lés objets ; on n'en fera pas usage pour lire, à moins que l'on ne soit atteint d'une myopie très-forte, qui. rende le travail impossible ou gênant^ en raison de l'obligation d'approcher les choses que l'on veut regarder, et en causant du strabisme.
Uusagt tomtani des lunettes dans la myopie me semble donc une m^aumisé chose; le mieux est d'avoir un pince-nez pour s^en serinr accidentellement.
Je le répète : dans la myopie, mieux vaut se condamner à ne pas voir parfaitement les objets éloignés, que de se perdre la vue par l'usage intempestif des verres concaves. Un bon moyen à conseiller aux myopes qui veulent absolument 4es lunettes, c'est le suivant : Pour une myopie au n« 6, par exemple, on fait porter des lunettes n 12, et on conseille un pince-nez du môme numéro que l'on applique devant les lunettes, dans le cas où l'on veut mieux voir; on obtient ainsi le numéro 6,
L*ART DB CONSBRVBR LA VUB 83
mais on a Fayantage de ne pas l'avoir tcnj^jours derant les yeux.
La myopie légère peut être guérie par rewereice méthodique des yeux^ en lisant des caractères un peu gros et ea s'exerçant plusieurs fois dans la journée à reculer graduellement le livre. Le docteur Bognetta, le docteur Mackenzie, ont obtenu de bons résultats avec cette méthode.
La myopie est une modification de Torgane visuel qui demande à être examinée sérieusement.
Comme nous Pavons d^à dit, on distingue deux sortes de myopies : la myopie acquise i^iltimyopie congénitale.
Abordons maintenant la question du choix des verres pour les myopes. Les myopes recourent moins vite aux lunettes que les presbytes, et ils commencent toujours par des numéros un peu plus élevés, tels que ceux 20 ou 18.
11 est important de prendre les plus grands soins pour choisir des verres aux myopes, surtout si la myopie est causée par Thabitude de regarder de près, ce qui constitue une myopie acquise ; dans ce cas, il faudra choisir des numéros très-faibles. Le plus souvent, pour se guérir, il sufSra de s'exercer à voir de gros objets ou de gros caractères que Ton éloignera progressivement
Dans la myopie congénitale, le myope a été souvent obligé, dès sa jeunesse, de recourir aux lunettes, et^ dix-neuf fois sur vingt, un numéro trop fort est adopté { de là vient Taugmentation progressive de la myopie, causée par Tabus des verres concaves ; cette augmenta*tion ne cesse de faire des progrès, et les staphylomes sont la terrible fin de cet excès fatal.
Tout le mal vient des premiers verres que Ton prend; si, au début, l'on a affaire à un praticien capqUe^ il donnera un numéro convenable, conseillera un exercice approprié des yeux, et l'on pourra conserver longtemps la vision aussi parfaite que possible.
84 L'ART DE CONSERVER hk VUE
C'est dans la myopie que l'utilité des numéros intermédiaires est évidente, et Ton peut^ par leur usage, arriver à diminuer la myopie d'une façon notable. Ainsi un myope qui se sert du numéro 10 peut encore voir avec le 10 1/2, puis quelque temps après avec le numéro 11 ; avec un peu de patience, il peut devenir moins dans un temps très-court.
Dans la myopie forte, si le numéro est bien choisi, on se servira des verres lorsqu'il y aura utilité absolue, et cela pour voir de loin ; pour lire, oH ne fera pas usage de verres. Le mieux est d'avoir un pince-ne:^ dont on fait usage de temps à autre.
Dans la myopie faible, on essayera de s'en priver, et on exercera sa vue comme nous l'avons indiqué. Nous signalerons que, dans la myopie très-forte, on devra ne faire usage des verres concaves qu'avec beaucoup de circonspection ; à cet effet, on aura un pincerez dont on se servira lorsqu'il faudra indispensablement regarder les objets.
Pour lire, on pourra se servir d'un numéro ad hoc, en suivant les mêmes précautions. Du reste, il est trèsdifficile de donner des numéros convenables aux myopes; il faut pour cela une grande habitude, car les myopes ne se rendant pas compte de la portée de la vision nor^ maie veulent avec leurs verres voir plus que la vision, normale ne permet^ et c'est cela qui fait quHls prennent toujours des numéros trop forts. On devra donc, en leur faisant essayer des verres, être en garde contre cette tension qu'ils ont à vouloir trop voir; on dirait vraiment que, pour les myopes, les verres concaves devraient faire l'office de lunettes d'approche.
Du reste, nous l'avons dit, les verres concaves ne peuvent rendre la vision à peu prés normale qu'en prenant des numéros trop forts.
Chez les myopes, les yeux sont souvent dépareillés ; si l'on a l'habitude du lorgnon, cela arrive presque tou-
jours. Souvent un œil est trés-myope, et l'autre assez fadble ; vn devra alors ne pas se servir de verres pour Fœil très-myope;
Les myopes doivent porter des besicles à verres colorés, lorsqu'ils sortent au soleil ou à la lumière, car leur vue sensible a grand besoin d'être ménagée. Cette remarque est de la plus haute importance, car Texcës de lumière n'est pas favorable à la myopie.
L'important pour les verres de myopes, c'est qu'ils ne rapetissent pas les objets, qu'ils n'éblouissent et qu'ils ne fatiguent nullement la vision ; s'ils sont dans ces condi^ tions, on peut les considérer comme bien choisis.
La forme des verres devra être périscopiqtiej soit pour lire, soit pour voir de loin. Comme nous l'avons dit, la myopie réelle ne diminue pas avec l'ûge ; elle augmente toujours si on fait un usage immodéré des verres, et Ton arrive alors à la scléro-choroïdite, contre laquelle les remèdes sont impuissants. — Dans la myopie réelle et plus souvent dans la myopie acquise, le myope peut devenir amblyope [myopie amblyopique^) soit par lestaphylome ou par une affection rétinienne, et alors pour lire, il faut conseiller des verres convexe^ des n** 7 ou 8 ; car les verres concaves n'aident pas ou très-peu dans ce cas.
Nous l'avons dit ; il est très-difficile de donner des verres pour la myopie, surtout pour les distances intermédiaires ; on devra cependant, pour la myopie, agir comme pour la presbytie et prescrire des numéros suivant les distances. Ceci est de la plus haute importance. Ainsi que je viens de le signaler, il est fort difficile d'adapter 4es verres pour les objets rapprochés et intermédiaires, car dans l'hypermyopie, il faut donner des verres très-forts pour obtenir un éloignemeit assez sensible. Pour la musique par exemple si l'on veut regarder à 50 ou 60 centimètres on ne peut souvent trouver^ des verres convenables, et l'on est obligé de prendre les verres qui servent pour les objets éloignés ce qui fatigue
83 l'a UT DB CONSEBVBR U VUE
ooosidérabtemeiit le mfop^, Ou ert dono flOtt^ent oblige de renoncer h leur emploi î
Dans la myopie, les yeux sont souvent d^areillée i il est fort difiQcile ou môme impossible de trouver d^ verve» pour fusionner les images produites sur chaque ceil.
La myopie acquise se modifie moins bien à Faide des verres que la myopie congénitale. Pour la lecture les numéros fatiguent généralement. La myopie acquise n'est pour nous qu'un accroissement de la myopie àdis- Ibnce, survenu par excès de travail sur les objets rapprochés. II y a là probablement une modification particu* Uére de la rétine qui n'a pas été encore assez étudiée.* Dans ces sortes de myopie l'œil a une fiôblesse qiû n'existe pasdans la my(q[)ie réelle.
L'hygiène de la vue du myope consiste à p^ regarder les objets rapprochés, à peu. lire ou travailler le soir, h exercer la vue sur les objets éloignés, h ne jamais se servir de lunettes, mais seulement d'un pince-nez; de façon à ne pas avoir toujours des verres devant les yeux, puis à porter des verres colorés de teinte bleue^noirâtre légère. Avec ces précautj^, le myope conserve sa vue autant qu'il est possible.
Nous avons parlé de la my(¥ie réelle ; nous avons vu, précédemment, qu'il existait aussi une myopie f^usH ou myopie à distance.
Dans cette singulière affection* ou est myepe de loin et pas de près, ««^ on peut lire le caractère du neuf d'im* primerie à la distance de la vision normale, et, pour voir de loin, on est obligé de prendre des verres concaves qui varient entre les n*' 36 et 13. Cette limite du 18 W S# dépasse jamais*
Si le myope à distaoce force sa vue sur les objets rBp> proches, il passe k la my^ ae^yisê et alors il peut pair la suite avoir des troubles visttde iraYe&t iflipossiWes h 0K)difier.
l'art de gonserybr lk vue 87
Il favt Meu remarquer que le myope à diatouoe a pour la vision des objets rapprochés une accommodation fort limitée; if est ainsi quHliu peut lire à 35, àiOcentv mètres^ mais seulement i 25 ou 30 centimètres.
Le myope à distance devient presbyte avec l*dge. Eu ce cas, U pmùtum proximum s'éloigne; on choisit alors des verres convexes, comme pour le presbyte.
Ainsi donc, dans la myopie réelle ou congénitale^ la presbytie ne survient jamais,ii survient de l'amblyopie, la presbyopie ne se montre que dans la myopie fausse ou à distance ; tout cela peut tromper celui qui n'a pas étudié la vision et ses anomalies. U dit : le myope de^ vient presbyte : cette opinion est très-répandue, et pourtant elle est fausse. Telles sont les diverses sortes de myopie que Ton rencontre malheureusement à chaque instant.
Résumé :
1* Dans la myopie faible^ on doit se passer de verres.
2" Il faut examiner si la myopie est causée par la trop grande réfringence des milieux, par l'habitude, ou s'il existe une myopie amblyopique.
3* Dans le premier cas, des verres concaves appropriés seront placés, on s'en servira accidentellement. Les lunettes doivent être proscrites.
4" Dans le deuxième cas, on tâchera de supprimer leà vtrres.
5" Dans le troisième cas> les verres convexes devront être parfois employés.
6» Dans la myopie à distance^ sorte de myopie dans laquelle les objets éloignés ne sont pas perçus, tandis que la vision des objets rapprochés est normale, on doit autant que possible se passer de verres.
7« Dans l'hypermyopie (myopie forte), il ne faut jamais porter de lunettes, et avoir un pince-nez pour s'en servir accidentellement.
8" Si la myopie est très-forte, on doit avoir des lunettes pour lire, car sans cela un seul œil fonctionne, et son congénère finit par contracter une amblyopie.
9* Les myopes peuvent porter des verres colorés, ils leur sont utiles.
10* Les verres périscopiques sont indispensables dans la myopie.
DE LÀ CATARACTE, DE L'ASTHÉNOPIB, DE L'ASTIQXàTISMBy DE L'ASSYMÉTROPIB
Nous commençons ce chapitre par décrire la cataracte.
Le mot cataracte vient de %9,t(4^àimè^ $• trouble, oa de X0craj&p'dber9ç, chutô (Peau. La meilleore définition qui eu ait été donnée eat de M. le docteur Desmarres, qui s'exprime ainsi dans son avant Traité des mak^ies des yeux.
« La cataracte est l'cçadté partielle ou totale de Fappareil cristallin.
Cette affection était connue des anciens, et on en trouve la description dans les ouvrages de Celse et d'Hippocrate;mais ils se trompaient grandement sur sa nature, car ils croyaient que la cataracte était le résultat d'une diute de liquide, qui venait troubler la vision.
Cette fausse idée se maintint dans la science jusqu'à 1601, et il fallut que Lapeyronie et Morand montrassent àrAcadémie des sciences des cristallins opaques obtenus par extraction, pour que la vérité se fit jour. C'est ici
I Gutta opaca des Arabes, caligo kntii d« tloUen» dit grave t\aar des AUemaads. a
qu'il convient de rappeler que chaque vérité acquise est Tœuvre de plusieurs siècles, et que ce n'est qu'à force de persévérance et de travail que l'homme parvient à épeler le livre de 1^ nature.
Quelles sont les causes de la cataracte? Jusqu'à ce jour tout ce qui a été dit sur ce sujet est pure hypothèse; il est prouvé cependant que les vieillards y sont plus prédisposés que les jeunes gens.
Cependant la cataracte peut exister à tous les âges, môme dès les premières années. La cataracte est héréditaire; cette opinion est aujourd'hui tout à fait admise. Mauûoir a vu toute une famille atteinte de cette maladie; tous les docteurs eéiètoes rapportent des faits semblahies.
On a dit que les sujets robustes étaient plu^ disposés à la cataracte quo les sujets fitîbles. M. le docteur Desmarres ne partage pasi cette opinion, et le tempéram^t n'a rien à taàresfec la cause de ki cataracte.
Les fèimiie^sont aussi sujettes que les hommes à la cafôracte. Quant aux professiofig, oq n^a jœqu'ici rien pu établir de concluant, et malgré des statistiques bien exactes, il a été impossible de savoir ^ tel ou td métier disposait plus à la cataracte que tel ou tel autre. Aiifâi, à cet égard, ré^e la plus complète obscurité.
Toutefois ou a remarqué avec raison que les coups, contusioâê, piqûres^ sont me cause fréquente de cataracte; ra «Dutre-co^) peut aossi amener cette ïnaladie; on loa ùmc ïâm de se tigm Btat bë& gardes.
La Doiardie de 1» cataracte est variaMe: ch^ quelques persoDnes le cristaBin peut devenir opaque en quelques jours, tandis que chez d'autres il faudra quatre, six ou huit années pour arriver au même résultat; souvent une cataracte commençante cesse de faire des progrès et reste toujours à cet état.
Les symptômes qui annoncent la cataracte oot été
fcrt bien décrits par M. le docteur [Magne dans son livre sur les maladies des yeux; voici comment il 8*exprimé:
• En général, lorsque nous sommes consultés pour les yeux atteints de cataracte, nous apprenons que depuis un temps plus ou moins long, quelques mois, quelques années, la vue, qui d'abord éprouvait un sentiment de gêne, estdevenue de plus en plus difficile; un léger brouillard, un peu de fumée s'est interposée entre l'œil et les objets extérieurs. Ce nuage a fini par prendre la consistance d'un rideau de gaze, qui pennet à peine de distinguer un ensemble, sans pouvoir en saisir les dé* tails. Les malades s'aperçoivent le plus souvent que la vision s'opère plus &cilement décote que de face au crépuscule et dans les journées sombres, que par une mmière vive. La flammedes bougies cesse d'apparaître aussi brillante, mais augmente singulièrement le diamètre, et semble entourée d'une large auréole.
« En même temps que la vue se trouble, les malades éprouvent'la sensation de petits corps qu'ils supposent placés devant leurs yeux, et qu^ils comparent tantôt àdes mouches, tantôt à des stries rubanées, ou bien àdes Kigzags, ou des cheveux.»
La cataracte est une maladie qui ne se guérit pas sott<vent imr des médicaments; il faut une opération pour faire disparaître le cristallin et rendre la vision parfaite. Cependant les premiers symptômes, .on peut encore es* ])br?r de certaines médications, et, au moindre avertisse» ment, on devra se rendre chez un docteur oculiste. Du reste, disons-le, l'opération de la cataracte n'est nullement douloureuse et exige seulement quelques minutes : sur vingt cataractes ipérés, dix -neuf parviennent avoir, l'essentiel est de s'adresser à l'un de nos docteurs oculistes,* et îcrsque nous avons dit çue la /ôussite de l'opération est presque certaine, il ^ffiray pour s'en convaincre, de consulter les statistiques de nos célèbres
docteurs, MM. Desmarres, Fano, Désormeaux, SichA^ Nélalon,etc.
La cataracte peut tenir à une opacité de la lentille cristallienne {cataracte lenticulaire)^ ou à". l'opacité de Iacapsule(eatorac(6cap^utoirO, ou encore à Topacitô de la lentille et de la capsule (cataracte capsulo-leni^ culaire), La cataracte de Fhumeur de Morgani n'est assurément, suivant M. Desmarres, que le ramollissement au plus haut degré du cristallin.
Le diagnostic de la^ cataracte, le moment de Fopérer, tout cela appartient à la cbirurgie et à la médecine.
Nous indiquerons seulement, et cela comme simple observation générale, coiâne se pratique Toperation.
, L'opération de la cataractese fait par extraction ou par abaissement.
Suivant les sortes de cataractes, le chirurgien choisit Tun des procédés indiqués; c'est là une affaire de diagnostic facile pour nos célèbres docteurs;
Dans ropérdtion par extraction, on pratique une incision (avec un kératome, couteau plat triangulaire) dans la cornée transparente (fig. 53), de façon à la détacher par moitié, tout en laissant \in petit point d'attache (Desmarres); cela fait, à l'aide d'un petit instrument spécial (kistitome), on incise la capsule du cristallin, puis on coupe le petit point d'attache, on presse légèrement sur l'œil, on reçoit le cristallin qui sort sans difficultés, on enlève ensuite les débris de la capsule et l'opération est terminée.
Dans l'abaissement, on introduit une aiguille spéciale dans l'œil ilg. 54., près de la cornée transparente; puis on incise la capsule et on abaisse le cristallin, en le refoulant dans le corps vitré, comme le montre la fig. 55»
L'opération faite, U faut suppléer & la disparition du
erîstâUin; c'est laque Fart est admirable, c'est là qa'il fautbénir Salvino Annato, ce grand bienfiaiteur de rbu* manité; car, il Êtutle dire, tout le savoi?de nos célèbres chirurgiens resterait infructueux, sans le secours que nous prête l'optique, et on ne pense pas assez à cela, on dit: J'ai été bien opéré, j'y vois d'une manière parfaite; mais après avoir donné des louanges certes bien
Fig. 5».
méritées, au docteur qui a fait l'opération, on ne dit pas un mot des lunettes, on ne s'écrie pas: Salvino devrait avoir sa statue dans l'univers entier, lui, sans lequel je \ie pourrais plus contempler la nature et ses merveilles, sans lequel je serais dans Timpossibilitô de voir et de me récréer au moyen de ma vue, que l'optique m'a rendue! Non, l'on entend vm dire, cela semble tout na-
turel! bénissons donc Salyino Armato, car !e jour où fl découvrit les lunettes, il rendit le plus grand service à rhumanité,
La cataracte était opérée ^hea les premiers Egyptiens, sous le règne de Plolémée Soter. Galien, qui vivait sous Marc Aurèle, dit qu'il y avait à Rome, où il vivait, des
Fig. 5i
Spécialistes pôur.Popérationde la cataracte. Celse a décrit complètement l'opération; il se servait d'une aiguille droite. Il dit qu'en opérant, on doit plonger l'aiguille àégale distance de la cornée et de l'angle externe, puis aussi que le corps opaque devra être entrainé sous la pupille et posé solidement au fond du bulbe, ensuite, broyé s'il semble remonter ; si hœsii, curatio expleta
est ; si i%$bundê redite eadem aeu magis eùneidenda^ et in plures partes dissipenda est. Gelse indique ensuite lesspins ù prendire après l'opération. Ce fût seulement au milieu du XVni« siècle qu'on découvrit la méthode de Fextraction ; elle est due a Richter, et a été pratiquée pour la première fois par Wenzel le père. Ce fut lui qui opéra à Londres, enl7!55, le duc de Bedford; puis, en 1771, à St-Pétersbourg, l'iiluatre Euler, qui découvrit l'achromatisme, et dont nous avons déjà parlé.
Ambroise Paré pratiquait l'opération de la cataracte par l'abaissement ; 11 dit à ce sujet « qu'il feut tenir sujette de l'aiguille, par l'espace de dire un patenostre, ou environ, et pendant faire mouvoir vers le ciel l'œil
du malade; puis faut retirer l'aiguille e^ baut, peu h peu en la tournant, et encore ne la tirant du tout hors de Toeil, à cause que si la cataracte remontait, faudrait derecbefla rabattre vers le petit caiithus, tant de fqis qu'elle y demeure ; et ici noteras qu'en faisant telle chose, se faut bien donner garde de toucher à l'humeur cristallin. » Les personnes opérées de la cataracte ne doivent se permettre l'usage des verres que sept à huit semaines 'après l'opération, c'est-à-dire au momefit où tous îos symptômes de congestion sont passés. C'est M. le docteur Desmarres qui a fait cette observation, et nous la trouvons fort juste ; car nous avons vu plusieurs personnes dont la vue ne s'est jamais bien remise, pour avoir porté
96 I/AHT DE CONSKnVER LA VUE
trop tôt des ^t^res convexes. — Dès que 'le docteur a soustrait Fœil à Tobscurilé, on doit faire usage de verres plans colorés foncés, dont on diminue ensuite graduellement la teinte. Au bout de huit ou quinze jours, les personnes opérées distinguent déjà assez bien les objets, puis quelque temps après (sept à huit semaines) la vue se trouble, et c'est & ce moment qu'il faut recourir aux unettes. ^ ^
Les numéros employés sont généralement ceux des foyers suivants : 2, 2 1/4, 2 1/2,-2 3/4, 3t ^ pour lire, et les numéros 5, 5 1/2, 6, pour voir de loiu. Souvent, au bout de quelque temps, on est obligé de prendre des verres plus foibles, et certains cataractes lisent avec du S et voient de loin avec du 10.
Le choix des numéros dans la cataracte doit être fait avec beaucoup desoin*; là encore Futilité de la graduation par faibles degrés est indispensable. Souvent aussi on fait usag»de verres bombés colorés, sj la lumière fatigue.
J'ai essayé aussi remploi des verres achromatiques pour la cataracte, et je puis dh*e que les personnes qui les ont employés trouvent qu'ils donnent une netteté que les verres onûnaires ne peuvent égaler. Ces verres sont lourds, il est vrai, mais ils ont des avantages incontestables, et pour la lecture on peut organiser un petit appareil qui permette de lire sans fatigue. J'espère donc que l'usage des verres achromatiques pour la cataracte se popularisera.
Parlons maintenant de l'asthénopie (fatigue de Taccommodation Desmarres; kopiopie, Siebel; vue faible, expression vulgaire : asthénopie, Mackensie), afifectipn très-répandue et à laquelle on porte souvent trop peu d'attention.
Le mot asthénopie signifie œil sans force ; c'est un état particulier de la vision dans laquelle on voit d'abord iiettement les objets rapprochés, puis au bout d'un instant une telle fatigue survient qu'il est impossible de ne
l'abt de conserver la vue 07
pas détourner la vue. L^ personnes atteintes d^asthénopie n^éprouvent aucune fatigue à regarder les objets éloignés, et ont les yeux parfaitement sains.
Pour revenir aux symptômes de cette affection, nous dirons que lorsque Ton veut se livrer au travail, soit lire, coudre, etc., on est obligé, à cause de la fatigue que Ton fessent et du trouble qui semble s'étendre sur les objets, de quitter à Tinstant toute occupation, car si Ton veut persister la tête devient lourde, les globes oculaires sont douloureux, les tempes et le front semblent comprimés, etc.
Si Ton vient à se reposer ui^ instant en contemplant ctes objets éloignés, la vision redevient nette jusqu'à ce qu'une attaque d'asthénopie vienne assaillir tout à coup la personne atteinte de cette affection.
Les personnes obligées de coudre, les modistes, les fleuristes, les personnes qui écrivent, peuvent souvent, . après le repos du dimanche, travailler trois ou quatre jours de la semaine, puis il leur est impossible de continuer, et conmie on le voit cet état est on ne peut plus fâcbeux.
Les personnes atteintes d'asthénopie sont en général délicates. Cette maladie est fréquente dans la jeunesse et dans l'enfance, elle peut souvent durer toute la vie.
L'asthénopie peut être acquise, ou congénitale ; dans ce cas, il faudra prendre les plus grandes précautions, car alors on est né avec des yeux faibles, c'estrà-dire avec des yeux dont la rétine se lasse facilement.
Ainsi Tasthénopie ne peut être confondue avec la myopie (car l'asthénopie lit à la distance ordinaire), pas plus qu'avec la presbyopie, car un moment d'intervalle suffit pour faire disparaître la fatigue, tandis que dans la presbyopie cela n'arrive pas.
La cause de l'asthénopie acquise réside tout entière dans une application forcée de la vue sur de petits objets ; ou ne doit donc pas s'étonner si les couturières, tailleurs.
cjB I/ART DE CONSERVER LA VUE
ùorlogers, dessinateurs^ compositeurs dUmprimerie, cft sont si fréquemment atteints ; les veilles, les excès, peuvent y prédisposer également.
L'asthénopie est une afifection grave qui parait avoir son siège dans la rétine ; on devr^ donc y porter la plus grande attention. Si c'est la profession qui en est ]a cause, le mieux sera d'en dianger; car au moins ou aura quel* que chance de guérison.
Le traitement de l'asthénopie opQSiste à éviter l'exercice des yeux sur de petits ohjets, et au moins à se reposer fréquemment, et môme souvent k suspendre son travail pendant plusieurs semaines* M. le docteur Mackensie, qui a traité cette question de main de maître, consdlle comme moyens efficaces les bains de mer, les bains froids, puis une foule de moyens qui ne rentrent pas dans le cadre de cet ouvrage; du reste, l'asthénopie exige l'examen d'un docteur oculiste.
Les verres convexes conviennent dans l'asthénopiei car ils permettent aux malades de continuer jouvent leurs occupations. Dans ce cas, c'est avec les n<» 90, 80, 72, que l'on réussit à apporter quelque soulagement. Il faut dans ces choses apporter la plus grande drconspectîon, et avoir affaire à un praticien capal)le. Que de fois, hélas r n'avons-nous pas vu des asthénopes auxquels m avait perdu la vue par l'usage é» numéros forts f En effet, la personne se présentait dans la première boutique venue, demandait des lunettes pour lire; on la considérait comme presbyte, ou lui donnait alors des verres trop forts, qui, faisant l'office de loupes, permettaient de voir nettement, il est vrai, maispour peu d'instants, et avaient pour désavantage de perdre totalement la vue. Dans certains cas aussi, les verres convexes ne paraissent pas avoir d'avantages, mais ces cas sont rares.
Vamblyopie est une affection tout à fait différente de rasthénopie, car alors la rétine est émoussée, altérée, et les symptômes sont tout à fait différents.
L*ART Dp CONSERVER LA VUE 101
Dans Tamblyopie, les objets rapprochés ou éloignés sont troubles, si Famblyope fixe ou attache solidement ses yeux, comme le dit si bien M. le docteur Mackensie, il peut parvenir à voir un peu, tandis que, dans Tasthénopie, c'est en fixant que la confusion apparaît.
L'amblyopie est une affection grave, qui réclame une prompte intervention des moyens médicaux. L'emploi des verres convexes ne parait pas être utile ; cependant ils peuvent être essayés, car dans certains cas d^amblyo» piesasthénopiques ils peuvent, comme le remarque M. lé docteur Desmarres, amener de bons effets.
N'oublions pas que parmi les nombreuses causes qui mènent à l'amblyopie, on peut citer en première ligne l'usage des verres trop forts surtout, puis aussi l'emploi de ceux trop faibles. Cet avertissement doit faire réfléchir.
Si l'amblyopie n'est pas promptement soignée, si on ne se met de suite entre les mains d'un bon docteur oculiste, l'amblyopie tourne rapidement à Vamaurose^ c'est-à-dire à la perte de la vue, et, dans ce dernier cas nos célèbres docteurs ont une peine infinie à déraciner le mal ; cependant il ne faut pas se décourager, car la science oculistique a d'immenses ressources et des représentants célèbres.
Le mot astigmatisme vient de a privatif, et de (xriyfAa point. Cet état résulte d'une inégalité de puissance réfringente entre les différents méridiens du cristallin. Grâce aux savantes recherches de M. Donders et de M. Javal, on peut aujourd'hui connaître parfaitement cette affection et l'étudier dans ses détails.
Un méridien de l'œil est l'intersection du globe oculaire par un plan passant par l'axe optique. Si ce plan est vertical, on le nomme méridien vertical ; si le plan est horizontal, ce sera le méridien horizontal.
Il est facile de comprendre l'astigmatisme : supposons ie méridien horizontal, ayant une réfraction normale»
102 l'art de conserver u vue
les imagée se peindront sur la rétine. Supposons encore qu'elle soit plus forte dans le méridien vertical, les rayoùs se peindront en avant de la rétine. Dés lors il y aura trouble, et l'astigmatisme sera confirmé.
Chacun possède de Tastigmatismei nommé par cette raison o^^mati^me normal; mais les différences de réfraction étant faibles, la netteté des images n'est pas troublée ; c'est Young (pu a pour la première fois signalé cette anomalie ; ensuite Airy, le célèbre astronome anglais.
Le tableau cîHxmtre fera voir que chacun possède un léger degré d'astigmatisme, car les lignes horizontales sont généralement vues nettes à une distance plus ràp^ prochée que celles verticales.
L'astigmatisme dépend de la courbure asymétrique de la cornée ; il peut dépendre aussi d'un vice de conformation du cristallin, dont les méridiens, dans ce cas, sont dissemblables quant & la réfringence.
On distingue diverses sortes d'astigmatisme : *
L'astigmatisme est dit irrégulier, lorsqu'il existe une différence de réfraction dans les divers secteurs du même méridien. L'astigmatisme régulier anormal se divise en :
AstigmatUme myopiquc. (Dana ce cas, un méridien est myope et Pautre normal.)
AêtigmatUtmpresby tique ou bypermétropique. (Bans ce cas, on des méridiens est presbyte ou hypermétrope et l'autre normal.)
A$tigma$i$me composé. (Myopique, presbytique on bypermétrcq;)ique, lorsque le degré de myc^ie, de près*bytie ov d'hypermétropie n'est pas, le même dans un méridien que dans l'autre.)
Astigmatisme mixte (Bans ce cas, un méridien est «yope et l'autre presbyte.)
On emploie les verres cylindriques pour corriger l'as* tigmalisme.
Les yeuxsontsottventdes foyers dissemblables^ lassy^
métropie) tout en possédant le même genre de vue, ou encore ils peuvent posséder une vision de nature différente. Ainsi, on rencontre des yeux inégalement myopes ou presbytes; d'autres fois im œil est myope et l'autre presbyte.
Lorsque la différence est très^p^ande, il n'y a pas de fatigue, un seul œil fonetionne, et le patient ne s'en aperçoit souvent jamais; mais, lorsqu'il existe de petites différences, il y a fatigue oculaire, et l'on doit examiner sérieusement celte anomalie. On cboisit des verres différents, njais on doit spécifier que la concordance s'établit bien dans la presbytie, mais jamais dans la myopie. Dans le premier cas, les différences sont toiy'ours petites. Ainsi un presbyte pourra porter d'un côté le n* 18 et de l'autre le no2Q. Dans la myopie les différences sont toujours plus fortes, et lorsque l'on fera l'essai pour cbaquf œil avec les verres choisis, un œil verra toujours mieux que l'autre ; dans la plupart des cas, on devra y renoncer car il y aura fatigue.
Dans la lûyopic inégale, le myope choisit toujours un lorgnon pour l'œil le plus myope ; la myopie augmente, et si, par la suite, on veut essayer des verres différents, l'œil le moins myope verra toujours mieux.
Exemple : n« 3 à droite ; n» 20 à gauche.
On voit mieux de Fœil gauche, la concordance est impossible. Ceci prouve combien l'emploi du lorgnon est pernicieux.
Autre exemple : n" 6 — à droite ; n» 14 — à gauche.
Vision nette pour les objets éloignés avec chaque œil, vision binoculaire gônée*
104 L*ART DE CONSERVER LA VtJË
Souvent un œil est moitié plus presbyte qu'un autre^ Exemple : n° 18 convexes à gauche ; n" 36 convexes à droite.
En ce cas, on établit très-bien la concordance.
Il arrive aussi jiu'un œil peut être myope et l'autre presbyte ; on peut, si raffeclion est légère, trouver des foyers pour rétablir exactement la vision parfaite.
Il ne faut s'adresser qu'à un praticien savant pour ces essais.
A propos dçs yeux dissemblables, je signalerai un fait qui se rencontre à chaque instant. Un grand nombre de personnes naissent avec un œil plus faible que l'autre, et souvent avec un œil atteint de cécité. Ce qu'il y a de plus singulier c'est que Ton s'en aperçoit rarement et souvent jamais.
Le plaisir de la chasse fait souvent apercevoir cette paralysie congénitale. En voulant ajuster, on s'étonne de ne voir que d'un œil ; de là, désolation, crainte, etc. On consulte, on cherche, tandis que le mieux est d'en prendre son parti. On a affaire à une anomalie, à un de ces jeux de la nature si fréquents et si singuliers et le mieux est de ne rien faire, car on ne retirerait de toute son inquiétude que de la peine perdue. €eux qui ne voient que d'un œil jugei^t moins bien la valeur des dislances, ils se rendent peu compte du relief, de la perspective ainsi que le démontre l'invention du stéréoscope due au célèbre Wheastone et prévue par l'immortel italien Léonard de Vinci.
DE l'origine des LUNETTES. — DES LUNETTES ET DE LEUR CONSTRUCTION
Nous esquisserons ici Fori^ne des lunettes ; on trouvera dans le Manueldes myopes etdespresbytesàe Charles Chevalier ce qu'il y a de plus complet sur ce sujet.
On n'est pas d'accord sur Tétymologie du mot besiela^ les uns veulent qu'il vienne de bis et oculus (deux yeux), les autres de bis (deux fois) et de ciclus (cerclé). Quant au mot lunette^ il a été formé, d'après l'avis de certaines personnes, en prétendant que lea verres avaient la forme de deux petites lunes.
Les anciens ne connaissaient pas les lunettes mais seulement le globe de verre plein d'eau, ainsi que le rapporte Sénèque. En ce temps là, on était donc forcé d'être pour ainsi dire aveugle, quand la vue s'affaiblissait. Cicéron, Cornélius Né pos, Suétone disent à cetégard que, lorsque ia vue perdait de sa force, on se faisait feire la lecture par des serviteurs.
Après avohr feuilleté tous les manuscrits anciens, relavions, etc., on est forcé d'accorder la palme d'inventeur à Salvino Armato, gentilhomme florentin, qui vivait vers 1300. Nulle part, avant qu'il soit question de Salvino Armato, on ne trouve trace d'invention des lunettes.
106 L'ART DE CONSEUVER Lk VUE
Comme preuve évidente, on peut lire dans la Florence illmtrée de Leopeldo dei Migliore, antiquaire florentin, le passage suivant : « Mais il est un autre souvenir d'autant plus précieux que, par son moyen, nous parvenons à savoir que le premier inventeur des lunettes fut un gentilhomme florentin, le seigneur Salvino Armato, petitfils d'Armati, de noble origine, qui laissa le nom de séjour des Armati, encore en usage aujourd'hui, à la petite ruelle située derrière le Centaure... et Ton peut voir l'effigie de ce personnage, étendue en habit civil, sur une grande dalle, avec l'inscription suivante D
QUI OIACB
lALVWU D'ARMATO DEGU ABHATI
DI nRE>ZB
INVEMOR^ECU OGCHUU
mO OU PERDONII A >loeAtA
ANNO M.CCCXVU
(Gi'gft Sftlvino Armato d'ArroaU, de Florence, inVentetir des luuettcs.Dieu lui pardonne ses pâchôa. Année 1917.)
Ainsi donc, gloire à Salvino, le bienfaiteur de Phumanité, l'inventeur des lunettes !
Charles Chevalier eut l'idée de faire rechercher le tombeau d' Armati. Il y a quelques années , il pria M. Tito Pulili , savant florentiû , de faire des recherches à ce sujet. Quelque temps après, il reçut une épreuve photographique d'après laquelle il fil faire la gravure placée en tête de ce volume. L'ancien tombeau a été détruit ; mais, à la même place, il a été refoit, non pas du même genre, mais qu'importe ! après trois siècles, on peut encore voir, sur un point delà terre, un petit monument élevé à un homme qui devrait avoir sa statue dans l'univers entier.
C'est donc à Charles Chevalier, et k Tobligeance dtt savant Tito Puliti, que l'on doit la reproduction fidèle dil tombeau d' Armati. On est si heureux de rendre bom« mage aux grands génies !
L'ART DE CONSlîtWER LA VUE 107