LA PRLSBYOPIE OU VUE LONGUE
n existe un état particulier de rœil connu de tout le monde, c'est la presbytie ou presbyopîe.
Dans la presbytie, les rayons, après s'être entrecroisés, vont former en F (fig. 48) l'image des objets. En plaçant devant l'œil une lentille convergente, on compense l'al-
tération, et Pimage va se former sur la rétine F^ ce qui procure la vision distincte.
Aujourd'hui, on admet que la cause de la presbyapie réside dans l'endurcissement du cristallin qui, ne se prêtant plus à l'action du muscle ciliaire, modifie l'accommodation. On admet aussi que l'œil peut se raccour-
cir dans son diamètre antéro-postérieur, ce qui empêche la vision nette pour les objets rapprochés ou éloignés. C'est rœil hypermétrope^ ainsi dénommé par Donders.
Pour nous, nous pensons que la presbyopie peut avoir pour cause Fendurcissement du cristallin, le raccourcissement du globe oculaire, la diminution de réfringence dans les milieux, et une certaine dimtnution dans la sensibilité rétinienne.
Nous pensons aussi que les divers degrés dans les causes précitées amènent un état de presbytie différente, et constituent pour nous la presbytie faible^ la presbytie moyenne^ la presbytie forte ou hyperpresbyopie.
PRESBYTIE ou PRESBYOPIE FAIBLE '
(i*' degré)
Vision possible à 30 centimètres, plus nette à 40 ou 45 centimètres. Dans tous ces cas, vision pénible et plus ou moins confuse suivant le degré. Cet état est complètement amélioré par remploi de verres convexes ad hoc. — Vision nette des objets éloignés rendue généralement fatigante par l'emploi des verres positifs faibles. — Pour ce degré, on emploie les verres des n«» 48 à 20. — Le presbyte au premier degré peut déterminer une distance de vision distincte pour les objets rapprochés. Dans cet état, les rayons parallèles ou peu divergents forment une image nette sur la rétine. Les verres convexes troublent donc la vision des objets éloignés, mais ils améliorent la vision des objets rapprochés, car les rayons très-divergents formeraient leur image au delà de la rétine.
PRESBYTIE MOYBNHE, HYPERMÉTROPIE OV HYPBROPIB OU HYPERPRESBYOPIB COMMENÇANTE.
(2* degré)
Vision plus ou moins confuse ou impossible à 30 centimètres, et pour les objets rapprochés suivant le degré. — Vision assez nette pour les objets éloignés, mais notablement améliorée par remploi des verreâ convexes; — A ce degré on emploie pout les objets rapprochés les verres . des no» 18 à 12. — Le presbyte au deuxième degré peut à peine ou ne peut déterminer une distance de vision distincte pour les objets rapprochés. — A partir du n- 12, la lumière faisant défaut, il approche les capactères plus près que la vision normale. Dans cet état, les rayons parallèles ou peu divergents forment des cercles de diffusion plus ou moins prononcés sur la rétine, mais la vision n'est pas trop troublée pour les objets éloignés. Pour les objets rapprochés, la vision est confuse, car rimage se formerait bien au delà de la rétine.
PRESBYTIE FORTE OU HYPERMÉTROPIE COMPLÈTE OU HYPEROPIE ou HYPERPRESBYOPIB.
(3« degré)
Vision tout à fait impossible pour les objets à 30 centimètres et pour les objets rapprochés en général. — Vision plus ou moins confuse pour les objets éloignés. — A ce degré ou emploie pour les objets rapprochés, les verres desn» il à 5.
Utilité des verres pour voir de près et de loin, et pour les distances intermédiaires. A ce degré, le presbyte qui veut voir sans verres est obligé d'approcher plus ou moins les objets suivant le degré de son hyperopie.
Dans cet état de la vision, les rayons parallèles et diverçents forment des cercles de diffusion sur la rétine.
On croit généralement que lapresbyopie (de nptoSrjç vieillard) est Tapanage de vieillesse ; cependant, bien qu'elle se montre plus généralement dans un âge avancé et lorsque Ton a, étant jeune, possédé une vue longue^ elle est aussi très-fréquente chez les jeunes personnes, cela tient sans doute aux habitudes sociales et aux excès malheureusement si répandus aujourd'hui. On ne devra pas confondre la presbyopie avec Tasthénopie, ou fatigue de Taccommodation; plus loin nous traiterons de cette affection, afin que chacun sache bien distinguer ces différentes sortes d'affaiblissement de la vue.
Les causes prédisposantes à la pre^yopie sont Thabi-^ tation dans les endroits sombres, dans les pays à grands horizons, Tapplication au travail sur de petits objets quand on possède une vue moyenne, l'usage des loupes, des microscopes et des instruments d'optique. Ainal Leuwenhœk, Swammerdam, célèbres naturalistes, sont morts presque aveugles. L'immortel Gassini avait perdu la vue : on sait que cet illustre astronome fonda notre observatoire. Arago, Newton étaient presque aveugles sur la fin de leurs jmirs. Herschell avait aussi la vue affaiblie, car souvent il restait un temps infini l'œit appliqué au télescope, ainsi il regarda neuf heures de suite pour découvrir les satellites d'Uranus.
Les signes de la presbyopie sont faciles à constater i ainsi lorsque l'on veut lire ou regarder de petits objets^ il arrive que les lettres ou les choses s^nblent se confondre, puis alors la, confusion au{^ente, tout parait trouble; si Ton persiste, on ressent des douleurs dans les yeux, un mal de tête est la conséquence de cet exercice; dans cet état de choses, le presbyte recule instinctivement l'objet qu'il regarde ; pour un nK)ment les choses paraissent nettes, puis les symptômes de fatigue recom-
mencent, le larmoiement et la cuiôson surviennent, et il faut alors laisser là tout désir de continuer son occupation. Ces symptômes sont, on le voit, très-faciles à reconnaître ; cependant on fera bien, dès qu'on les ressentira, de prendre conseil d'un docteur oculiste on d'un opticien savant, car le remède est le plus /'wuvent remploi de lunettes à verres bombés ou convexes, et il faut prendre les plus grandes précautions pour le choix de la force des verres. Nous avons à ce sujet réservé unnihapitre spécial^caron peut positivement perdre la vue en prenant un numéro trop fort ou trop faible.
Les personnes qui éprouvent les premiers symptômes de la presbyopie sont très-alarmées et s'imaginent avoir une affection très-grave. Elles se plaignent de douleurs céphaliques, de troubles visuels intenses, j'en ai vu un grand nombre plongées dans la plus grande désolation. Cependant des verres convexes, bien adaptés, font cesser tous ces symptômes. Si vous interrogez lés personnes, elles vous dirout qu'elles avaient bien l'idée d'employer des lunettes, mais qu'elles attendaient que les troubles se passent. Fatale erreur, la presbyopie ne rétrograde pas^ elle ne tend qu'à augmenter. La seule méthode à suivre consiste dans l'emploi de bonnes lunettes choisies par un homme savant et dont l'emploi doit être réglé ainsi que jej'expliquerai tout-à-l'heure.
De cette façon, la presbyopie ne progresse que lentement et suivant la loi fatale de la nature qui fait que les organes s'affaibfissent à mesure que les années s'amassent. Le tout est de ne pas hâter cet affaiblissement, ce qui arrive en tombant dans l'erreur précitée.
C'est surtout à la lumière artificielle que l'on s'aperçoit que la vision est altérée, car presque tous les presbytes^ peuvent, le matin, lire pendant quelque temps sans fatigue et sans lunettes. Le presbyte a besoin de beaucoup de lumière pour voir nettement ; il est rare que la lumière vive le fatigue, aussi n'a-t-il que peu souvent
recours aux verres teintés. La presbyopie est Coûgénitale, de môme que la myopie.
La vue presbyte tend à s'affaiblir, et Ton est forcé de changer au bout d'un certain temps la force de s& verres; cependant, si le numéro pris au début est bien choisi, on peut conserver sa vue très-longtemps au même degré de force, surtout en suivant les prescriptions que nous indiquerons plus loin. Mais il feut insister à Tégard de la nécessité de changer les verres aussitôt qu'ils deviendront trop feibles, ce dont on s'aperçoit par la fatigue qu'ils causent. On augmente d'un numéro et on maintient, sa vue pendant plusieurs années. Généralement, et c'est là V erreur, on attend et Ton est obligé d'employer deux ou même quatre numéros plus élevés. C'est encore en suioarkt cette fausse méthode que Von se perd la vue.
Une chose importante à signaler, c'est de ne pas lutter contre la presbytie lorsqu'elle se fait sentir, car l'obstination qui porterait à ne pas vouloir se servir de verres aggraverait l'affection, et tel qui porterait au début le no 48 serait obligé de prendre du no 24, s'il avait lutté pendant quelques mois.
M. le docteur Mackensie, dans son savant Traité des maladies des yeux, s'exprime ainài sur ce sujet: « Dans la presbytie on ne doit recourir ni trop tôt ni trop tard à l'usage des verres biconvexeé. Beaucoup de personnes 'nuisent à leur vue en adoptant brusquement l'usage des verres grossissants avant d'en avoir réellement besoin, tandis que d'autres, poussées probablement par le désir de cacher leur âge, s'abstiennent d'y recourir longtemps encore après l'époque où ils leur auraient été non-seulement d'un grand secours, mais auraient même contribué à leur conserver la vtie. »
M. Mackensie fait encore observer avec beaucoup de justesse que le presbyte, dont la vue se fatigue vite à la lumière artifidelle, doit autant que possible s'abstenir le soir de toute occupation qui exigerait une application
soutenue âe la part des yeux, telle qubf par exemple, l'écriture, la lecture, etc.
Il existe des presbytes coDame des myopes, dont la portée de chaque œil est différente; dans ce.cas, on^peut porter dee verres de différents foyers, mais il faut que la différence soit asse^ sensible, autrement la vision est moins nette avec des fcyers différente qu'avec des foyers semblable», pu reste la plupart des yeux ont une portée égale, et je n'ai pas vérifié cette soirdisant inégalité de portée des yeux que quelques personnes" signalent comme une chose générale, f ai vu souvent des choses fort singulières, ainsi M. Jm,* avait un œil myope et Fautre presbyte au môme degré, la vision était trôsdi&tincte, Fun compensait Fautre ; sept ou buit années plus tard Fceil presbyte devint myope au môme degré que Fautre, et M. J.... fat obligé de «e servir du n» 36 concaves pour voir de loin.
La marche de la presbyopie est assez lente, cependant elle peut survenir brusquement ches les en&nts et les personnes convalescentes ; on doit alors se garder d'em^ ployer les lunettes et prendre conseil d'un docteur ocutiste expérimenté. La preabyopie peut tout à coup être remplacée par de la myopie ; cela arrive souvent dans le cours de certaines maladies des yeux, telles que des conjonctivites, etc. ; la maladie passée, la vision redevient^ telle qu'elle était auparavant
Lorsque la inresbyopie est prononcée, il faudra avoir recours à Fusage de verres d'un foyer pour les objets rapprochés, et d'un auto foyer pour les objets éloignés. Les humeurs de Fceil deviennent en ce <ias si peu denses, que mtoie pour les objets éloignés la vision s'opère confusément, les verres de foyers différents sont donc indispensables ^ La j^resbyopie itote est aussi
* On «gt quelquefois obligé Mvoir ttu noateo ïïgéMi, pour l«« (U«tiA9fHi ia^rm4aiailfl«
nommée hyperprabyopie; elle nécessite un choix atleatif du numéro des verres, fait par un docleur oculiste ou un opticien savant.
C'est Descartes qui a indiqué l'usage des verres de foyers différents; dans sa Dioptriquê il s'exprime ainsi: •« Et môme il n'est pas besoin de se servir de verres différents à diaque fois qu'on veut regarder des objets îin peu plus ou moins éloignés l'un de l'autre, mais efest asse» pour l'usage d'en avoir deux, iont l'un soit proportionné à la moindre distance des clioses qu'on a coutume de regarder, et l'autre à la plus grande. »
Lorsqu'on ccwnmence à éimgner les petits ohjets pour les voir, lorsque la lecture devient fatiguante, dès les I»wiiers symptômes on devra cesser tout travail, afin de voir A cette fatigue n'est que passagère. Si le< symptomes se renouvellent, il faudra, recourir aux verres qui, danfr œ cas, doivent éfre choisis avec te plus grande drconq[>ectk)n.
Nous indiquerons id une «reur grossie commise par les marchands de lunettes; c'est la confusion qu-^rs font de l'asthénqpie avec la presbyopie, erreur fatale qui leur fait délivrer des verres convexes trop puissants, qui finissent par causCT des troubles visuels très-prononcés et amener même de Tamblyopie.
Nous avons réservé un chapitre pour l'asthénopie ; on pourra donc se rendre un compte exact de cette affection. Pour signaler les erreurs qui résultent de ce que j'ai cité, il me suffira de dire que j'ai vu bien des personnes asthénopcs, auxquelles les n** 80 et 72 étaient utiles, porter les n- 20 et 15, qui leur avaient été dt!livrès comme parfaits. Au bout de quelque temps, caies reconnaissaient heureusement Fenww dont elles avaient çté victimes.
. L'hyéiéne de la vue du presbyte consiste à ne pas travaUler à la lumière artificielle, à reposa souvent ses yeux pendant le travail^ en retirant ses lunettes et en
regardant IÇé objets environnants, puis au dehors à ne jamais exercer sa vue sur dm objets très-éloignés, mais tâcher de porter ses regards sur des objets peu distants. Il est entendu que les veri^ du presbyte seront d'un numéro mathématiquement approprié, et faits suivant les meilleurs procédés; de cette façon, le presbyte peut conserver sa vue et garder indéfiniment des verres d'un même numéro.
Si toutefois on ne veut se priver de lire à la lumière artificielle, il faudra suivre d'une manière absolue les prescriptions suivantes: lire une heure au plus, se servir exclusivement d'une lampe alimentée par l'huile et ayant la flamme la plus intense. La lampe sera mut'^iS d'un abat-jour et même d'un réflecteur si la presbyopie est très-intense. La lampe sera placée de côté, la flamme au niveau de l'épaule..
Règleabsolu^.^Ilfautbeaucoupdelumièreaupmbyte.
La bougie, le gaz, le pétrole défont être à jamais bannis, ces sortes d'éclairage étant la source d'un grand nombre de maladies visuelles.
Relativement à la durée du travail, le presbyte devra se rappeler qu'il faut ménager sa vue, car il ne peut malgré l'emploi des verres, se permettre ce qu'une vue normale peut supporter. De toutes Êiçons, il y a aflaiblissement réel.
On ne doit se permettre l'usage de deux numé^m différents que lorsque la presbyopie est prononcée ; le numéro pour voir de loin sera toujours de moitié plus faible environ que celui pour lire; à cette règle, il y a peu d'exceptions. Mais on devra, dans la presbyopie légère et moyenne, ne se servir que d'un numéro pour voir les objets rapprochés, pour la lecture, l'écriture, etc. Le même numéro, lorsqu'il est bien choisi, peut servir le jour et le soir, et je ne suis pas du tout d'avis, à moins de cas exceptionnels, de multiplier ainsi les foyers des verres, car si Ton prend un numéro plo? fort
pour le soir, Toeil 8*y accommode, et le numéro qui sen pour le jour devient bientôt trop faible, de là la nécessité de changer les deux numéros, ce qui est loin de fortifier la vue.
Il est facile à Faide des verres convexes de remédier à la presbyopie franche^ et si on est guidé par un praticien expérimenté on peut être assuré d'avoir des verres dont la force s'adapte parfaitemcsnt à la vue; en d'autres termes^ la vue presbyte est facile à modifier d'une manière précise à l'aide de verres convexes ad hoc.
Le presbyte qui fait usage de lunettes appropriées à sa vue doit avoir soin de lire à la distance de trente à trente-deux centimètres au plus ;' il doit s'habituer à ne pas s'écarter de cette distance de vision, sous peine d'augmenter sa presbyopie; cette remarque est de la plus haute importance et empêche de recourir aux numéros plus forts.
On craint souvent de prendre des lunettes dans la crainte de paraître vieux, on craint aussi de ne pouvoir s'en passer en en faisant usage; à ce sujet, je rappellerai ce que dit Charles Chevalier dans son Manuel des myopes et des presbytes.
<« On ne manquera pas de nous objecter que lorsqu'on s'est habitué aux lunettes, il devient impossible de s'en passer et que l'on s'est conséquemment affaibli la vue, puisqu'on ne peut y voir sans verres comme auparavant ! Cette objection, si formidable au premier abord, est tout simplement, qu'on nous permette de le dire, une erreur grossière. Que penserait-on d'un individu dont une jambe se tfbuverait plus courte que l'autre par suite d'un accident, et qui, après avoir fait usage d'une bottine à talon pour éviter la claudication, ôterait sa bottine et se plaindrait de boiter plus fort qu'autrefois, bien qu'en mesurant la jambe, on lui trouvât la même longueur ?*Sans aucun doute, on chercherait à lui faire comprendre qu'habitué par l'usage de sa bottine
70 L'ART DB GONBEaVBR LA VUB
ànmrciierdroîl^il a oublié qu'il ayait jadis him marcbe inégale et qu'anjourd'iiui, priTé de eoû Ud(m élevé, il lui flemi^ boiter pour la première fine. Il en est dé même pour les lunettes. On est myope ou presbyte^ ou fait usage de Tmres qui rendit à la tiiiofi toute son énergie et quand on dépofee momeutan^ent ses hii^ttes^ on redevient myopie oo pre^yte ausritM ; mais il existe un terme de comparaison qui fait paraltfe l'affection bieû plus prononcée. Avec un peu de réflexion on compren-^ drait facilement qu'on trouverait encore de la différencei quand bien même la vue se serait amâk^ée, car on y verrait toujours mieux avec de» lunettes. *
Nous ne saurious trop répéter que l'on peut augmenter la presbyopiey soit en ne âûsânt pas Usage de verres^ ioit eu les prenant trop ftnrta ou trop faibles. Avte là êraint0 de prendre des numéros trop forts ^ on en prend de trop faibles^ *ei la presbyopie fait des progrès r€h pidêié La plupart dés p&sonnes sont vieHmes de eette erreur si généralement répandue. Nous ne cesserons de te rèpélm^, il &ut on numéro mathématiquement cboisi> ce qi:^ ne peut ôtre M% que par un lK>mme savant. £n dehors de ce précepte, on perd sa vtfe.
Kn terminant ce <^apitre, nous nf saurions trop ineiitor sur l'avis qt^ nous avons donué précédemment^ et qui consiste & ne jamais regarda avec les lunettes choisies pour la lecture, l'écriture, etc.» des objets placés ati delà de 90 centhnétres. Une ibule de personnes, en travaillant, négligent cette précaution « et^ voulant chercher un objet sur leur bureau, eU;., regardent à 50^ 60 centimètres^ un mètre même. Cette petite manœuvre répétée affaiblit la vue, le numéro adopté pour la lecture ne tarde pas à devenir trop faible ; de lA la nécessité de le changer si souvent pour les personnes qui ne savent pas ce que je viens d'inâiqUef . Inutile d'ajouter que l'on ne doit jamais regarder les o^etâ trèft^Ustants et les personnes ù qui l'on parle> avec lesi veitw pour la lec*
L*ART DE CONSERVER LA VUE 7l
ture. Tout cela peut ôtre aBBuJetlissaot ; mais si Von «'en écarte, on aflkiblit ga vue d'une façon notable. Règle a!h solue. — Les verres ne rétablissent la vue que pour ime distance, %
La cause de cet affaiblissemem peut s'expliquer ainû: le déficit de réfraction étant comblé pour des rayons divergents vetiant d'un objet que rœil normal perçoit à 30 ou 32 centimètres, si Ton vient à employer le môme verre pour une distance de 40 ou 45 centimètres, par exemple, c'est-à-dire pour des rayons moins divergente, l'image fie formera en avant de la rétine, il se produira des cercles de diffusion, le numéro sera trop fort, les objets sembleront plus gros ; par des efforts prolongés, on finira par voir, mais il y aura congestion, et par suite affaiblissement de la sensibilité rétinienne, une sorte d'amblynpie surviendra et forcera bientôt de recourir à des numéros plus forts pour pouvoir lire à la distance normale- Puis on sera obligé de recourir sans cesse à des numéros de plus en plus forts, jusqu'à ce que des lésions se forment.
Les numéros ou foyers doivent être choisis mathématiquement ; ils doivent être faits exprès, si on ne les trouve pas dans le commerce. C'est avec'tes principes que la question des lunettes sera résolue définitivement au bénéfice de la science et de l'humanité.
On ne^saurait vraiment trop insister sur cette question des numéros adaptés spéciaux pour chaque affection. Si il existe un excès ou un défaut de réfraction, il faut pour les corriger, trouver Hin verre ad hoc, mais il ne suffit pas de s'en tenir aux foyers qui existent dans le commerce, il faut les faire faire spécialement comme cela est à chaque instant utile. Si l'on a besoin des n»» 31, 32, 33, 26, 19, etc. Il faut les faire sxécuter et se rappeler que l'on peut soutenir la vue à Taîde d'une faible graduation. Un presbyte qui débute par le n« 36 peut passer au 34, puis au âîj puis au 30. En suivant
cette méthode il conserv^^a sa vue, tandis que par les à peu près généralement employés on ne peut obtenir que de fâcheux résultats. Il devrait être superflu de signaler à ce que je viens d'^liquer, mais cela prouve que la question des lunettes, n est pas assez connue, n'est pas approfondie. En dehors des règles précitées il n'y a rien d'exact, et nous ne craignons pas de l'affirmer d'une façon positive. Presque toujours^ ks verres employés sont mauvais^ relativement à la matière^ au travail des courbes^ et au choix du foyer utile à employer. Il est facile de remédier à tout cela en concevant l'importance du sujet. Pour nous résumer, nous dirons que la graduation par faibles degrés est non-seulement utile, mais indispensable. Il ne faut pas que les différences excèdent 1 pouce ou 15 millimètres environ, dans les faibles et moyens degrés. Dans les degrés forts dés différences de 1 ligne, de 2 à 3 millimètres devront être employées. Aii risque de nous répéter, nous dirons encore que chaque individu dont la vue réclame des lunettes, doit avoir un numéro mathématique choisi. Si tel a besoin du 19, tel autre aura besoin du 20, du 21. Et ce n'est pas avec la graduation employée que Ton peut arriver à dc/bons résultats, car cette graduation, n'a pas été faite exprès pour les besoins de la cause. On s'est servi des outils existants on a fait une échelle suivant ces outils, la routine a suivi. Il fallait faire une graduation spéciale et forcer les constructeurs savants et sérieux, à s'occuper de la, questiWau point de vue précité. C'est encore ce qu'il faut, à l'heure où nous écrivons. Espérons que le problème sera bientôtrésolu.
Lorsqu'on prend, de prime abord, un numéro trop fort, il y a congestion, puis affaiblissement, la même chose arrivera plus lentement avec un numéro trop fdîble, car, dans les deux cas, il se forme des cercles de diffusion et la vision ne s'opère qu'à l'aide d'efforts.
L'important, à l'égard du choix du numéro, c'est de
6e rappeler qu'il ne doit être ni trop fort ni trop faible ; dans les deux cas, la vue s'affaiblit comme nous l'avons dit. Squs aucun j)rétexte, on ne devra se servir de verres colorés. — La raison en est •mple. —Le presbyte a besoin de beaucoup de lumière. — Il est absurde» de chercher à l'atténuer.
La forme des verres pour le presbyte n'est pas indifférente^ et, à ce propos, je dirai que, dans la presbyopie faible et moyenne, on devra prescrire des verres p&iiscopiques^ et que^ dans l'hypermétropie, on devra prescrire ceux isocèles; car, dans cette dernière aflectioa, il y a souvent, pour ne pas dire toujours, une diminution de sensibilité rétinienne, et le verre isocèle aplxis d'action visuelle que le verre périscopiquc^ qui disperse plus les rayons. Le verre isocèle concentre plus que lepériscopique, en raison de son défaul, de sa plus grande aberration sphérique.
L'expérience le prouve; donnez un numéro — périscopique» et un numéro — isocèle à un presbyte, il pr(îférera le verre isocèle. Le docteur Fano nomme la presbytie forte amblyopie sénile. Cette dénomination est fort juste.
L'œil presbyte armé des verres convexes a retrouvé une accommodation relative qui décroit avec l'augmentation de la presbyopie. Du reste les lunettes n'étant bienfaisantes que pour une distance, la question de l'accommodation n'est utile qu'au point de vue scientifique. Cependant nous ajouterons d'après nos observations particulières que cette accommodation marche de pair avec la sensibilité rétiûienne. si un jeune sujet est atteint d'une hyperprespyopie aun* 8 il pourra avoir avec cet verres une accommodation de 30 à 40 ou 45 centimètres, ce qui n'arrivera pas si le sujet a déjà atteint Tâge de 45 ou 50 ans. Dans le premier cas, il y a diminution de réfiingencc des milieux, diminution dans le diamètre antéro-postérieur, mais la rétine est intacte, dans le deu-
xiéme Cad 11 y a dimlntition de ôeûsîbilité rétinienne et Faccommodation est trôs-restreinte.
G^est ce qui explique k^ différences d^accommodation dans la presbyopie, cela nent à la plus ou moins grande sensibilité rétiniennei qui peut de cette façon s apprécier d'une manière assez parfaite. Cette accommodation est variable pour chaque hypermétrope.
. Comme nous Tavons vu on a besoin de différents foyers dans la presbyopie forte et on pourra se servir des luQettes & la Franklin qui s'exprime ainsi sur ce sujet î
Pig. 49.
t On conviendra généralement. Je suppose, que la convexité propre à la lecture ne peut convenir pour voir à des distances plus éloignées. J'avais donc d'abord deux paires de lunettes que je changeais suivant l'occasion, parce qu'en voyageant, tantôt je lisais et tantôt je regardais le pays. Trouvant ce changement ennuyeux et ne pouvant presque jamais le faire assez promptement, je fis couper les verres et réunir dans la môme monture une moitié de chacun des deux ainsi qu'il suit (fig. 4U). Par ce moyen^ comme je porte constamment mes lunettes, je n'ai qu'à lever ou baisser les yeux selon que je veux voir de loin ou de près. Je trouve cela d'autant plus commode depuis mon séjour en France, que les verres qui me conviennent le mieux à table pour voir
ce que je mange ne peuvent me servir à vou» les flgures des personnes quime parlent de Fautre côté de la table, car lorsque l'oreille n'est pas bien accoutumée aux sons d'une langue, le mouvement de la physionomie de celui qui parle aide à comprendre; ainsi je comprends mieux le français grâce à mes lunettes. »
Cette disposition si utile à tout le monde est surtout précieuses pour les peintes myopes qui ne sauraient copier un paysage sans faire usage de lunettes à la Frank lin. On a encore imaginé pour les artistes d'enlever un segment du cadre qui contient le verre (fig. 50), de telle sorte qu'en plaçant les Junettes dans un sens, on peut voir facilement par*des8U8 les cadres, et par-dessous en les retournant en l'env^^ ; on peut par ce moyeu appli-
Fig. 50»
quer cette Innovation aux myopes comme aux presbytes. Pour que les lunettes à double foyer remplissent le but qu'on se propose, il ne faut pas les construire comme le font certains fabricants, qui se contentent de couper un verre en deux parties dont ils forment les deux segments de chaque-cercle. En suivant ce procédé, on est assuré de faire constamment de très-mauvaises lu- - nettes. Chaque segment des besicles à la Franklin doit être taillé dans un seul verre, de telle manière que le centré optique se trouve au centre du segment ; ainsi, ces lunettes ont quatre axes, deux pour les segments supérieurs, deux pour les inférieurs.
Nous termineronsce chapitre en disant que M. Elkington a faU subir aux besicles à la Franklin une mod\
ij*S*.
lication assez utile; les deux segments forment en se rencontrant un angle plus ou moins ouvert et l'axe optique vient toujours couper la sur&ce du verre à angle droit (fîg. 51).
Résumé, — 1« Il faut prendre le numéro pour lire ou travailler mathématiquement approprié, ni trop fort^ ni trop faible.
2* Il faut s'en servir pour la distance maximum de 30 à 32 centimètï*es, et ne jamais regarder au delà. Cette remarque^ qui n'est pas signalée^ est de la plus haute importance, car en s'écartaru de ce précepte^ on s'alf^e promptement ta vue.
3* Un seul numéro suffit pour le jour et le soir.
4* Les presbytes ne doivent pas porter de verres co-
Fig. 51.
lorés, car .ayant besoin de beaucoup de lumière pour voir, si vous affaiblissez cette lumière^ il faudra augmenter le numéro.
5" Les presbytes doivent très-peu lire le soir..
6" Les verres doivent être périscopiques ou isoscèles suivant les cas.
7" Les numéi^os pour lire, à partir du n* 14 environ, nécessitent d'avoir pour des distances intermédiaires des numéros plus faibles. Ainsi si un hyperpresbyope lit à 30 centimètres avec le 12, il lui faudra le 16 ou 18 pour dessiner, peindre, jouer aux cartes, etc. Lorsque le numéro pour lire se trouve le 9 environ, un autre numéro pour voir de loin peut être employé, mais avec réserves mr^^' ' 6^ sur indication spéciale.
LA MTOPIK OU VUB GOURTB.
La myopie est aussi connue qne la presbyopiç : on la désigne vulgairement sous le nom de vue basse ou vue courte. En effet, les personnes myopes sont obligées pour lire d'approcher plus on moins leur livre, et il leur est souvent impossible de reconnaître les acteurs sur la scène d'un théâtre , et ^ quelques pas les traits d'une personne.
' Dans ce cas, les rayo« se réunissent avant d'arriver à la réûne, soit en F (fis. 52); une lentille divergente L, L
postérieur, la réfringence des milieux est très-grande,
les muscles droits sont souvent raccourcis, et quelquefois
• la cornée plus bombée. Il existe aussi une sorte de surexcitation rétinienne insuffisamment étudiée. Tels sont les principaux caractères de la myopie franche, de la myopie réelle.
Il existe aussi la myopie à distance ou myopie fausse
' (myopia in distans). Dans cet état, la vision s'opère à la distance de 30 à 32 centimètres pour les objets rapprochés. Mais, pour les objets éloignés, il faut employer des verres négatife ou divergents, si Ton veut obtenir la vision parfaite. C'est donc une anomalie singulière de la vision. L'œil, dans cette affection, a sa forme normale, mais les milieux sont trop réfringents ; donc, pour les rayons parallèles, la viôion est confuse, car ils se réunissent en avant de la rétine ; mais, pour lès objets rapprochés, les rayons très-divergents peuvent encore aller fbrmer l'image nette.
Cet état indique une grande faiblesde de la vUe que l'on doit surveiller attentivement. Aussi on devra évitei' de faire port&r des lunettes aux jeunes sujets, et dans les collèges^ obliger les directeurs à placer les enfants près du tableau, afin d'éviter l'emploi des lunettes.
Une chose remarquable chez les myopes, c'est la dilatation habituelle de la p!îr<*'^ M, le docteur Macken^le dit à ce sujet que, che2 les persoflueâ qui ont une bonne vue, la pupille se contracte pour, regarder de petits objets, tandis que cheK le myope, qui les voit bien, la contraction ne se fait pas, et que cela explique la dilatation pupillaire particulière aux myopes. Chez les myopes, les yeux sont souvent saillants, la cornée est très-bombée. Dans la myopie intense, il y a toujours un strabisme plus ou moins prononcé. Il est pénible de voir le myope, voulant apercevoir un objet, cligner des yeux, froncer les sourcils et donner à sa physionomie une sior gulière expression.
8i le myope lit, soutent 11 promène son nez sur les pages de son livre ; d*atttres sont quelquefois fbrcés de coucher pour ainsi dire leur nez sur les pages. Si la preftbyopie est désagréable, certes la myopie ne laisse pas que d*étre insupportable.
la myopie ne tend pas à diminuer avec Fige, sauf dans la myopie à distance ; elle peut s'accroître, si Ton tait usage de verres trop forts , et généralement si l'on fait un usage constant dès verres concaves. La myopie peut être acquise par l'habitude de regarder de petits objets, par l'habitation dans les endroits sombres, et par l'usage des verres, alors que la vtie n'en réclamait pas l'emploi. Dans ce cas on nait avec une tendance à la myopie, nous verrons plus loin que la myopie acquise n'est pas de la même nature que la myopie réelle. La myopie peut aussi être congénitale.
Au sujet de la myopioi Charles Chevalier, s'exprime ainsi dans son Manuel des myopes et des près* bytes :
« Le plus souvent, cette altération survient sans qu'il soit possible de lui assigner une cause, 'mais parfois aussi on trouve son origine dans l'usage irrationnel ou datis Tabus que Ton feit de Torgane visuel. Toutes les maladies qui augmentent la force réfractile des milieux de l'œil, ou son diamètre antéro-postérieur, donnent naissance à la myopie. Elle est encore déterminée par la dilatation habituelle de la pupille ; certaines professions, telles que l'horlogerie, la gravure, etc. ; l'habitation prolongée dans des Heux sombres, des cachots ; l'usage des voiles qui s'agitent devant les yeux.
Les signes qui font reconnaître la myopie réelte sont faciles à distinguer, et consistent dans l'impossibilité de distinguer les objets éloignés, et l'obligation d'approcher plus ou moins les objets rapprochés que Ton veut examiner. On distingue la myopie faible qui permet de lire à 20 centimètres, puis la myopie très-forte qui force â re-
garder à 2 ou 3 centimètres, ensuite viennent les myo* pies intermédiaires à toutes distances. La myopie se corrige à Faide des verres concaves.
Ainsi que nous Tavons dit, il y a dans la presbytie un déficit ,de réfraction. Dans la myopie, c'est le contraire : il y a excès de réfraction.
La myopie peut aussi se diviser en trois séries : la myopie faible, la myopie forte^ la myopie très-forte ou hypermyopie.
HYOPIE FAIBLB«
Vision nette à 22 ou 24 centimètres, suivant le degré fom les objets rapprochés. Vision assez nette au loin ; les petits détails ne sont que faiblement perçus. A ce degré, on emploie les verres concaves des numéros 24 à 15, pour les objets éloignés.