‹ L'art de découvrir les sourcesChapitre 12 sur 28 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

omnoii moRtH m i.*oiiGiin nu sonu».

Ayant d'établir comment les sources se forment et marchent sous terre, il ne sera pas inutile d'exposer .quelques-unes des opinioDs erronées qui ont eu couri sur ce sujet. Les anciens, et la plupart des modernes qui ont écrit awit le dixr-huitièine siècle, ne nous ont laissé que des hypothèses ou des systèmes, si dénués de preuves satisfaisantes, que Ton est profondément étonné de ce que ia vérité a tant tardé à se faire jour. Je ms donner une courte analyse des principaux écrits qui contiennent ces aberrations, sans m'arrèter à les rêfoter chacune en particulier, espérant qu'elles le seront suffisamment par ce qui sera dit dans le chapitre suivant et dans tout le reste de ce traité.

Platoh, dans son dialogue intitulé Fhééim^ dit que tous les fleurs Tont se rendre dans une vaste ouverture qui traverse toute la len^e et qu'on nomme le Tartarc, d'où sortent loutes les eaux qui vont Ibrmer en difiiérents lieux les mers, ks lacs.

toi rivières et les fontaines; que les qmiire inmieiF*

pales issues de ce goufifre sont : l'Océan, TAchéron, le Pyripblégeton et le Cocyte, et qu'ensuite toutes c^s eaux retournent par divers chemins au Tartare d'où elles étaient venues.

Abistotb pense que le froid, qui iiègne toigourt dans les cavernes de la terre, condense Tair et le r^ sout en eau, et que cette eau engendre les fleuves et les fontaines; que, comme les vapeurs que le soleil attire en haut se convertissent en humidité, dont les parties se joignantruneàrautrei forment des gouttes qui tombent en pluie, de même • les vapeurs qui sont dans la terre sont résolues en humidité par le froid, forment des gouttes d'eau qui s'unissent ensemble, coulent ensuite et produisent les fontaines, les rivières et les fleuves ; il croit aussi ipie sous terra il y a de grands lacs qui peuvent fournir des eaux aux rivières et aux fontaines.

Épicure, dans sa lettre à Pytoclus, dit que les fontaines peuvent provenir d'une quantité d'eau amassée à leur source et suflisante pour fournir k leur écoulement continuel, ou être formées par des eaux qui, venant de plus loin et eonknt en pe|its filets, se rassemblent continuellement au lieu où sont leurs sources.

Séneque, qui est de tous les anciens celui qui a parlé le plus au long sur l'origine des fontaines, croit que dans la terre il y a de grandes concavités pleines d'air; que cet air, n'ayant aucun mouvement, est converti en eau par la profonde obscurité et par le grand froid qui règne dans ces iieux, ce qui

donne naissaoce au ooucs continuel des fontaines et des rivières ; que ce cbangement se fiiit de la même manière que sur terre où Fair, qui est dans des lieux inhabités et humides, se convertit en eau ; il croit de plus que certaines parties de terre se changent en eau.

VuNBi le naturaliste^, sans s'arrêter à expliquer comment les eaux sont dans les montagnes» tàohe d'assigner lesc^ifes qui les élèvent jusqu'à leurs sommets; ces causes sont le vent qui les pousse en haut et le poids de la terr^ qui, agissant sur Teau, la Dut monter. ïhalès, au lappor^ de Sénèque, était du même sentiment.

Joseph-^ules Sgaligeb dit qu'au commencement la terre était exactement ronde et environnée d'une masse d'eau qui était partout d'une égale épaisseur ; que Dieu creusa certaines parties de la terre pour y &ire venir les mers, et qu'avec les déblais de leurs bassins il forma les montagnes dans lesquelles restèrent des cavernes et concavités ; que Teau étant déplacée par ces nouvelles masses fut obligée de s'élever au-dessus du niveau qui lui était naturel, et pesa ajpsi sur les eaux inférieures qui, trouvant dans . la terre des ouvertures et des canaux , montèrent jusqu'aux embouchures des sources qu'elles firent couler, et que c'est ainsi que sont produites toutes les sources et fontaines de la terre.

Jérdme Cabdan est d'avis que la principale cause qui engendre l'eau sous terre est l'air qui se change facilement en eau; que l'impétuosité du flux de la mer pousse certaines eaux dans la terre, les l'ait passer

à trayen piuBieiiTS espèces de terrains et produit ainsi des sources d'eau douce , e| que les pluies, les neiges, les rosées des matinées d'été et les fritaas

de l'hiver, contribuent aussi beaucoup à la foriuaiioa des sources.

D^Obbzbiizki de Nigro Ponte, dans son^Traiié de la nauvelk fkUowfMe^ imprimé à Ferrare en 1657, admet le changement d'air en eau et le ilux de la

mer comme cause principale des sources ; mais il ajoute que cette quantité prodigieuse d'eau qui, à tout moment, est engloutie dans des cavernes spacieuses, t^les, par exemple, que celles de Gharybde et de Scylla, n'ratrent pas dans la terre inutilement et sans se rendre en quelques autres endroits, comme sont les fontaines ; que les eaux de toutes les fontaines ont un léger goût de sel, qui augmente à mesure qu'elles sont plus près de la mer*

Jean-Baptiste tan Helmont, dans le traité qu'il a intitulé : Prmeipeiittùtm de physique^ nous représente le noyau de la terre comme entièrement composé de sable pur, mêlé dans toutes ses parties d'une quantité d'eau inépuisable, et recouvert d'une simple croûte de terre, <to pierres et de certains filons de ce saUe qui, en quelques endroits, se prolonge jusqu'à la surface de la terre. Selon lui, ce sable est le crible ou fdtre par lequel la nature percole les trésors inépuisables de ses claires fontaines pour l'usage de l'univers; il a uneyertu vivifiante qui fait que tant que les eaux y demeurent, elles ont uii mouvement général , mais exempt des lois de situation haute ou busse, en sorte qu'elles se meuvent indif-

at

Mt^mment vers quelles pariies'df ce sabk que ce •oit.

Toutes le» parties de ce sable^ celles même qui

s'élêtent jusqu'à la surface de la terré et jusqu'aux sommets des montagnes, possèdent cette propriété vivifiante, et donnent partout des eauxviveSy que les chaleurs de Tété ne peuvent dimiiia«r; mais, dès que lesr eaux sont sorties de ce saUe, elles perdent cette propriété, deviennent sujettes aux lois de la pesanteur, et sont obligées de couler sur la terre dans les lieux les plus bas, jusqu'à ce qu'elles soient arrivées dans la mer. C'est ainsi que dans le corps humain le sang qui est à la tète et aux pieds coule i»différemment sans égard au haut ou au bas, et aus* sitôt qu'il en est sorti, il devient sujet aux lois de la pesanteur. Les eaux de la mer pénètrent sans cesse leurs fonds pour descendre dans ce sable pur, et ponr remplacer celles qui en sortent omtinu^ement.

Lydiat, académicien anglais, dans un traité qu'il fit imprimer à Londres en 1605, attribue l'origine des fleuves à la mer, d'où ils tirent leurs eaux pai* diven oanaux et par de nombreuses veines qui sont sous terre. Il soutient que, comme la chaleur du soleU résout l'eau de la mer en vapeurs et l'élèvejusqu'à la moyenne région de l'air, de même la chaleur qui est dans la terre résout en vapeurs les eaux qui s'y trouvent et les élève jusqu'aux sommets des montagnes, oii elles forment les fontainies et les fleuves»

Pierre Davitv, dans son livre intitulé : Empire éu monde, imprimé en 1635;^ croit que les fontaines

Tiennent de la mer; car il ne peut croire qu'eflé piiisse recevoir tant d'eaux sans déborder, ni cpie le soleil et le -vent puissent en feire évaporer autant

qu'il y en entre. La terre étant ronde, pleine d'ouvertures et de canaux, la mer, par sa grande pesanteur, pousse ses eaux dans ces canaux et les fait élever au haut des montagnes. Les vapeurs de la terre s'épaississant dans les concavités qui s'y trouvent, peuvent se convertir en eau et se joindre à celles de la mer pour rendre les sources plus abondantes.

Desgaetes, dans son livre des Principes de la.pki» losophie, croit que les foniaines tirent leur origine

de la mer, dont les eaux pénétrent, par des conduits souterrains, jusqu'au dessous des montagnes, d'où la chaleur qui est dans la terre, les élevant en vapeurs vers leurs sommets, elles y vont remplir les sources des fontaines et des rivières. Voici comment il le prouve : au eominencement du monde, la terre ayant été rompue et disloquée, il y resta de nombreuses et larges ouvertures par lesquelles il retourne toujours autant d'eau de la mer vers le pied des montagnes qu'il en sort par le» sources qui sont sor ces mêmes montagnes. Les particules d'eau douce, étant déliées et flexibles, peuvent seules se vapori**ser et s'élever en haut, tandis que celles de sel, roides et dures, ne peuvent être changées en vapeur, ni passer par les conduits obliques de la terre, ni monter; ce qui &it que les eaux de la mer entrent dans la terre salées et en sortent douces.

Nicolas Papin, médecin à Blois, a fait un petit

traité de VOrigine des sources, imprimé à Blois en 1647, dans lequel il dit que la mer est la véritable origiDe des sources et des fontaines; qu'au commencement du monde il fut créé un esprit concréHfj qui a la vertu d'unir et de resserrer les corps auxquels il est uni, principalement les liquides, et de leurfeire prendre une forme sphérique ; que les eaux de la

. mer, resserrées par la force de cet esprit, prennent une rondeur telle ^e, dans les endroits où rOoéan • a le plus de largeur, sa convexité représente à peu près un deml*globe posé sur celui de la terre; que vers le milieu elles sont beaucoup plus élevées que les plus hautes montagnes du monde, et qu'il est facile à ces eaux, ainsi élevées dans le milieu de l'Océan , d'en foire monter d'autres , par les canaux souterrains, jusqu'au haut des montagnes.

Jean-Baptiste Duhamel, dans son Livre des mé^ téores, imprimé à Paris en 1660, distingue deux sortes de fontaines : les unes, qui cessent de couler en été et ont pour principe les eaux de la pluie et de la neige ; les autres qui coulent toujours et pro* viennent des eaux de la mer, qui, par des conduits souterrains, se répandent partout sous la surface de la terre ; ces eaux quittent leur salure en passant par différentes terres, et sont élevées en vapeurs jusqu'au haut des montagnes, par la chaleur qui existe tou« jours dans la moyenne région de la terre ; ces va-

' peurs doivent s'élever facilement dans les conduits de la terre qui sont étroits et les empêchent de descendre, puisqu'elles s'élèvent dans Tair qui est fluide et toujours en mouvement. > ,

Pour ne pas tomber dans de fastidieuses répétitions, je ne pousserai pas plus loin l'analyse des auteurs qui ont adopté et soutenu des opinions analogues à celles qu'on \ient de \oir, attendu qu'elles sont toutes à peu près les mêmes et appuyées sur les mêmes raisonnements. Ceux qui désireraient connaître ces systèmes plus à fond, pourront lire les ouvrages qui viennent d'être cités, ainsi que les suivants :

Miindus suhterraneus, 2 vol. in-fol., par Kircher,

De origine fontiiim, per Robertum Plot, i vol. in-8", Oxojiii, i696.

Traité de Physique, par Rohault, 2 vol. in-12, Paris, 1676.

Indications sur Vorigine des fontaines et Veau des puits, par Kulm, i vol. in-4% Bordeaux, 1741.

Architecture hydraulique, par Bélidor, 4 vol. in-4% Paris, 1737.

GHAPIÏM XIL

ftiPOKWft AUX OPINIORS ERRONÉES 8DE L*0RI6II«

DBS SOURCES.

Quelques-uaes des opinions qui viennent d'êlre exposées portent avec elles un tel degré d'invraisemblance, que tout lecteur un peu instruit en a déjà TU la fausseté, et ee serait employer du temps eli

pure perte que de s'arrêter à les discuter ; telle est Topinion de ceux qui ont prétendu que Feau sous terre est exempte des lois de la pesanteur, et qu'elle y monte ou descend indifféremment, comme le sang dans le corps humain ; et celle plus invraisemblable encore de ceux qui, pour l'entretien des sources, ont imaginé que Tair et la terre se changent en eau. Exposer de telles opinions c'est les réfuter ; mais il en est une qui, comme on vient de le voir, a été soutenue par un certain nombre de physiciens renommés, qui Font appuyée par des raisons plus ou moins spécieuses, et qui, par conséquent, mérite d'être discutée sérieusement : c'est celle qui attribue l'origine dès sources aux eaux de la mer.

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Les innombrables sources que , dans toutes les

contrées, on voit sortir de terre, se réunir, iuinier des ruisseaux, des rmères et des lleuves qui, depuis tant de siècles, Versent leurs eaux dans la mer sans la faire déborder, sans même en éle?er le niyeau, ont amené tous les savants à conclure que la mer doit renvoyer une partie de ses eaux dans les terres pour y produire les sources. D'accord sur ce .point, ils ne l'ont pas été sur les moyens que la nature emploie pour transporter ces eaux et les répandre sur tous les continents.

Les uns ont dit que la terre est assez poreuse pour transnietlre les eaux depuis Ja mer jusqu'au milieu des terres, attendu qu uae inlinité de petits canaux partent du fond de la mer et vont alimenter les sources ; les autres ont prétendu que tous les i!Ontinents sont sillonnés à l'intérieur par d'innombrables et vastes canaux qui, partant de la mer, se divisent et se subdivisent en une infinité de ruisseaux ^ui vont alimenter sur terre cfaacua sa source ; les autres soutiennent que les pluies et autres météores aqueux, qui tombent' sur les continents, entretiennent seuls Fécoulement des sources. Cette dernière opinion, qui est la mienne, sera exposée dans le ' chapitre suivant.

Pour détruire l'opinion dé ceux qui croient que Teau de la mer vient alimenter les sources par des voies souterraines, je poserai et résoudrai brièvement les trois questions suivantes :

V Ëxiste-t-il des canaux souterrains allant de la mer dans l'intérieur des terres? S'I'eaii de la mer

peut-elle monter jusqu'aux sources, attendu qu'elles sortent de terre à toutes les hauteurs, depuis un

jusqu'à plusieurs milliers de mètres ? 3' Teau de la mer étant salée, comment peut-elle, sous terre, se dépouiller de ses sels et produire des sources d'eau douce 7

Première question. — Exîrte-t-il des cnnaux souterrains allant de la mer dans Tintérieui- dcâ terres?

Les auteurs qui ont soutenu Texistence de$ petits canaux souterrains ont attribué à la terre une porosité universelle qu'elle n'a pas; car il est généralement reconnu que les terrains imperméables forment la plus grande partie de sa masse, et, qu'en général , elle est assez compacte pour consenrer chaque amas d'eau dans son bassin. Si l'on veut pour un moment supposer cette grande porosité, on est forcé d'admettre que toute la terre est percée d'autant de petits canaux qu'il y a de sources à la surface;' (fue ces petits canaux partent de la mer, marchent parall^ement sans jamais se jeter l'un dans l'autre, diminuent en nombre à mesure qu'ils avancent, et que chacun d'eux s'arrête au débouché de la source qu'il entretient. U s'ensuit encore que, près de la mer, ces petits canaux seraient incomparablement plus nombreux et moins profonds que dans les montagnes qui eu sont éloignées.

Cependant on voit tout le contraire; les sources sont en général plus nombreuses, plus abondantes

et moins profondes dans les pays de montagnes que vers les bords de la mer; et un très-grand nombre de puits qu'on y a creusés, même à plusieurs douzaines de mètres au-dessous de son niveau, n'ont pas rencontré le moindre filet d'eau. J'ai dit que ces petits canaux, quoique marchant très-près, ne doivent jamais se jeter Tun dans l'autre; car, si cela arrivait, celui dont le débouché se trouverait plus bas recevrait toute l'eau et l'autre resterait à sec, ainsi que sa source. On voit, il est vrai, quelques sources disparaître ; mais on n'a jamais vu qu'une source ait tout à coup doublé son volume. Ces innombrables filets d'eau partant de la mer et traversantes ferres pour aller alimenter chacun sa source, ne sont donc prouvés par aucun fait et ont été imaginés gratuitement.

Les auteurs qui ont soutenu que les eaux de la mer sont conduites dans les terres par de très-grands canaux ont cité, comme gouffres absorbants, Scylla, sur les côtes de laCalabre, le Maël-Stroom, près de la côte de Norwége , et cofiirac canaux conducteurs quelques grottes dans lesquelles on voit, en effet, des ruisseaux, et enfin des centaines de groltçs qui sont toujours à sec.

Scylla n'est qu'une assez vaste grotte à fleur d'eau qui s'avance horizontalement sous terre jusqu'à 100 mètres, et dans laquelle entrent et sortent à grand bruit les eaux de la mer toutes les fois qu'elles y sont poussées par les vents.

Le Maël-Slroom n'est pas un gouffre qui absoi bc l'eau de la mer et la conduise dans les terres ; c'est

* un simple remous ou tourbillon (1 ) d'eau, de sept ou huit lieues de diamètre, et d'une profondeur consi-dérable. Tovtes les fois que le vent du N«-0. est opposé au courant que forme la marée montante, la

masse d'eau qui est entre les îles de Wéro et de Laffoureo, prend un mouvement circulaire très-rapide, forme vers le milieu un abîme ouvert, dans lequel sont irrésistiblement entraînés, engloutis et brisés tous lès b&timents de mer qui ont le malheur d'entrer dans le cercle de ce tourbillon. Pendant la marée descendante le tournoiement cesse, la n^er s'aplanit, les barques la traversent paisiblement, et Ton voit surnager les débris des objets qui ont été engloutis.

Pour que les ruisseaux qu'on voit dans certaines cavernes vinssent appuyer l'opinion des partisans de la circulation souterraine, ils auraient prouver : 1* leur continuité jusqu'à la mer, lors même qu'elle est à des centaines de lieues; caii leur longueur

(1) Ceux qui n'ont pas vu de tourbillon semblable sur mer peuvent se former une idée du Maël-Stroom par les petits lourbillous qui se forment en beaucoup d'endroits de nos cours d'eau. c( On voit souvent, dit HiifTon, t. II, p. AA, dans les ri- « vières rapides, à la chute de l'eau, au delà des arrière-becs « des piles d'un pont, qu'il se forme de petits gouffres, ou « tournoiements d'eau, dont le milieu paraît être vide et « former une espèce de cavité cylindrique autour de laquelle « l'eau tournoie avec rapidité. Cette apparence de cavité cy- « lindrique est produite par la force centrifuge, qui fait que « l'eau tâche de s'éloigner, et s'éloigne en eU'et du centre du « iourbilloD causé par le tourooiemcut. »

connue est, toujours bien minime, si on la compare à ce qu'elle devrait être pour s'étendre jusqu'à la mer; 2** que ces ruisseaux et cavernes existent dans toutes les contrées où il y a des sources ; cependant on n'en trouve que dans les terrains calcaires et marneux, qui sont précisément les plus dépourvus de sources visibles ; 3" qu'ils se dirigent tous vers la mer et ne présentent pas, comme ils le font, toutes sortes de directions ; 4" qu'ils ne peuvent pas provenir des montagnes supérieures; 5" qu'ils sont audessous du niveau de la mer, pour que les eaux de celle-ci puissent y descendre ; et c'est ce qu'on ne prouvera jamais par des faits authentiques.

Pour ce qui est des cavernes qui sont à sec, et qui sont incomparablement plus nombreuses que celles qui sont suivies ou traversées par des ruisseaux souterrains, leur seul état de siccité montre évidemment qu'elles ne servent pas à conduire l'eau de la mer dans les terres. 11 est même certain que les cavernes qu'on découvre de temps en temps, qui sont terminées à leurs deux extrémités par des roches solides et dépourvues de toute issue, n'ont jamais pu servir de passage à des cours d'eau.

Si la mer entretenait les sources, elles produiraient invariablement la même quantité d'eau ; car la mer ne hausse ni ne baisse jamais selon les saisons. Cependant toutes les sources augmentent dans les temps de pluie et diminuent en temps de sécheresse. Il n'y en a pas une qui ne subisse alternativement quelque légère augmentation et diminution, 11 y en a même beaucoup qui tarissent ; la raer n'en-

trelient donc pas ces sources, et encore moins celles

qui tarissent.

Deuxième question. — L'eau de la mer peut-elle moutcr jusnu'aux sources qui sortent de terre à toutes les hauteurs, depuis un juâiiu à plusieurs milliers de mèUres?

Après avoir entassé suppositions sur suppositions pour établir l'existence de ces innombrables canaux destinés à conduire les eaux de là mer dans les terres, les partisans do la circulation souterraine n'ont pas été plus heureux quand ils ont entrepris d'expliquer comment ces eaux peuvent s'élever sous terre jusqu'aux plus hautes sources qu'on voit dans les montagnes. Les uns, comme on vient de le voir, ont. dit que ces eaux étaient élevées dans les canaux souterrains par le flux de la mer ; — mais dans les plus hautes marées le Ilux n'élève les eaux de l'Océan que ^ d'une dixaine de mètres, et de quelques décimètres seulement les eaux des mers qiii sont dans les terres, telles que la Méditerranée, la mer Baltique, la mer Noire, la mer Caspienne, etc. Les autres ont prétendu que le noyau de la terre est composé d'un sable pur qui, par sa grande capillarité, élève jusqu'aux sources les eaux dont il est imprégné ; — dans lesi tubes capillaires les mieux construits, Feau ne s'est jamais élevée h 32 pieds, et elle n'a jamais coulé par leurs orifices supérieurs. D'autres ont avancé que des vents s'introduisent dans les canaux souterrains et poussent les eaux qui s'y trouvent vers la surface du sol ; — si les canaux partent de dessous les eaux do la mer, comme ils le disent, les

Digitizixi uy~<

vents ne peuvent pas s*y introduire pour en foire monter les eaux, et il faudrait qu'il y eût sous terre

aillant de courants d'air qu'il y a de courants d'eau ; que ces courants d'air fussent continus, et leur action assez puissante pour pousser les colonnes d'eau à plusieurs milliers de mètres de hauteur. D'autres ont imaginé que la terre exerce sur les eaux qui sont contenues dans les canaux souterrains une pression qui les force à s'élever et h s'épancher hors de terre ; — les voûtes de ces canaux, vjuelque lent que fût leur mouvement dqicendant, sera|ç|iiafiais^ sées depuis bien longtemps. D'autres ont soutenu que les courants d^eau souterrains sont poussés hors de terre par la chaleur intérieure du globe ; — dans cette supposition toutes les sources devraient être thermales.

' ^Un des principes les plus incontestables de Tby^ droslatique, et qui seul détruirait toutes ces hypothèses si elles n'étaient déjà renversées par le défaut de preuves, c'est que tomes les parties d'un même tiqtiide sont en équilibre entre elles, soit dans un seul vaisseau, soit dans plusieurs qui communiqttent ensemble. En considérant la mer comme un vaste bassin et tous les canaux qu'on suppose sous terre comme des bassins en communication avec elle, les eaux de ceux-ci pourraient bien se mettre en équilibre avec celles de la mer/ mais elles ne pourraient pas s'élever au-dessns de son niveau. D'autres, enfin, ont supposé que les eaux souterraines étaient d'abord converties en vapeur et ensuite poussées en haut par la chaleur intérieure du globe ; et comme l'eau ne

peut être réduite en vapeurs sans un espace capable de contenir au moins Ôûû fois son volume, ils ont supposé sous tous les continents d'iinifienses caver-* nés, k la voûte desquelles les vapeurs vont s'attacher, se rafraîchir, se condenser, comme dans les chapiteaux de nos alambics, et se répandre au dehors sous forme de sources. Les sources de Yaucluse, du LoiretjK de la Touvré, près d'Ângouléme, et de toiiysse, près Souillac (Lot), qui forment chacune une rivière d'une vingtaine de mètres d'eau courante, paraissent être autre chose que de simples Sûopûw^, exhalant chacun les vapeurs d^ne car veme qui ne pourrait avoir moins de dix ou douze lieues de diamètre. Quelle capacité dans ces innombrables alambics I quelle régularité dans tous les chapiteaux et les becs qui conduiraient les eaux au dehors ! Tous ces vastes alambics, la chaleur qui en entretient le travail, le froid qui condense les va-* peurs, la parfaite régularité de tous les chapiteaux et de leurs issues, ne sont donc que de pures suppositions, imaginées pour expliquer comment l'eau de la mer peut s'élever jusqu'aux sources qui sont toutes au-dessus de son niveau.

Oh voit, il est vrai, un certain nombre de sources qui sortent de terre par un mouvement ascension* nel. Les plus considérables montent du fond d'un puits naturel et à peu près vertical, comme les sources du Gourg, près Souillac, de Lantoy, près Cajan;, de Touzac, près Puy-FÊvéque (Lot), etc., et celles qui sont faibles sortent de terre en bouillonnant et soulevant le sable ; mais il est aisé de se convaincre

uiyiiizud by GoOgl(

que ees sortes de sources ne s'élèvent de bas en haut que parce qu'elles partent de terrains plus élevés, etque, depuis le point de départ, leur canal v^

toujours eu descendant jusqu'au fond du creux où elles prennent le nnouvement ascensionnel pour s'épancher au dehors; ce mouvement est, comoie dans les jets d'eau, déteivniné par la pression qu'e](,erce latéralement la colonne d'eau descendante sur laxolonne ascendante. Partout où l'on a voulu suivre le cours d'une de ces sources au moven d'une tranchée pratiquée vers Taoïont, on a toujours Uf^é qu'elle proyenaift' des terrains supérieurs et que ^a^l^yit allait en montant. Il est à remarquer que c'est tou-? jours une roche ou une couche imperméaBle, formant barrage, qui arrête ces sources et les oblige à maréher en contre-haut pour sortir de terre.

Lorsqu'on découvre fine source et qu'on la conduit bof9 et loin de son canal naturel, on voit souvent tarir la fontaine qui est placée au-dessous ; parce que la source, étant interceptée plus haut, ne peut plus SQUjrdre plus bas ^ mais idn n'a jamais vtl une de celles qui s'épanchaient àsaifi le terrain supérieur cesser de conter pour cette cause. Des mâîiers de galeries ont été pratiquées sous terre pour en extraire des métaux, du ciiarbon, du sel, des pierres, etc.; elles ont été poussées jusqu'à plus de flUiUo: mètres de profondeur (i ) et étendues bprizontakmwV^ ffe bien plii» grandes distends; ^

(1) A Kultemberg, en Bohême: à Kitzpuhl, en Tyrol; à Frejbqrg, en S«xe, ete.

creusé aussi des miliions de puits. Dans ces diffé* rentes excavations, on a souvent rencontré des cours d*eau, que1<]Uefoîs même très-puissants; mais on

n'y en a jamais intercepté un seul qui eût un mouvement ascensionnel et qui ait fait tarir les fontaines des terrains supérieurs.

La persuasion que toutes les sources proviennent des terrains supérieurs, et qu'elles descendent dans le même sens que la surface du sol, est si généralement répandue, que, guides par le simple bon sens, to^ les paysans qui veulent couper une source conniM^^\cherchent dans le terrain supérieitr, et n^ vont jamais pratiquer la fouille dans le terrain inférieur. Wur croire que, sous terre, les cours d'eau vont en montant, il a fallu des hommes à systèmes, tels que Cardan, Papin, Davity, etc.

Pour soutenir que l'eau de la mer va former les innombrables sources visibles et invisibles qui se trouvent dispersées sur tous les continents, les inventeurs des canaux sont forcés de supposer qu'il y a sous terre un vaste réseau de fleuves, de rivières, de ruisseaux €t de filets d*eau qui partent de la mer, se divisent et se ramifient à l'infini pour aller répandre ses eaux partout; que ces courants d'eau sont à peu près aussi gros, aussi longs et aussi ramifiés que ceux qu'on voit à la surface du sol, avec cette différence que sur terre les petits versent leurs eaUx dans les grands, tandis que, sous terre, ce seraient les grands qui se dochaigeraient dans les petits. Comme Teau ne peut pas marcher sur un plan tout à fait borizonCaly ils sont, encore forcés d'admettre

que ces fleuTes, ces rivières et ces ruisseaux souterrains, ont une pente qui va depuis les bords de la mer

jusqu'au-dessous des montagnes. En supposant que cette pente soit à peu près la même que celle des cours d'eau superficiels, il Vensuivra que les eaux de , la mer étant parvenues sousles montagnes qui ont, par exemple, leurs sources visibles à 2,000 mètres auHdessus de son niveau, les cours d'eau souterrains se trouvent à 4,000 mètres au-dessous de ces s^>urces, et d'après ceux qui supposent que les fleuves souterrains partent du fond de la mer^ leui%^ernières ramifications, arrivées sous les hautes |»ontagnes, se trouveront à une profondeur de 7 ou 8,000 mètres. Les eaux devraient donc s'jçjever d'autant pour venir alimenter nos sources.

Troisième question. — L'eau de la mer étant salée, comment peuteUe se dernier sobs terre et produire à la surface des sources d'eau donce?

On ne peut pas admettre l'opinion évidemment faussenle ceux qui ont soutenu que toutes les sources sont salées^ et que leur salure augmente à mesure qu'on s'approche de la mer, puisque, sur les bords mêmes de la mer, toutes les sources qui s'épanchent au-dessus de son niveau sont aussi douces que celles qui en sont fort éloignées; les bassins remplis d'eau que l'on a rencontrés dans le sein des montagnes n'ont présenté aucun indice de communication avec la mer : les eaux qu'ils renferment sont douces, et on les voit constamment aiTiver des

telres supérieures. On ne peut pas non plus adniet-

trc l'opinion de ceux qui ont prétendu que l'eau de la mer dépose tous ses sels en traversant les terres ; car il est prouvé, par de nombreuses expériences, que des percolations réitérées, au travers de différentes matières sablonneuses, ont bien adouci son amertume, mais elles ne l'ont point entièrement dessalée. On est également forcé de rejeter l'avis de ceux qui veulent que Teau salée, s'élevant en vapeurs du fond des conduits souterrains, y laisse tous les sels dont elle est imprégnée ; car ce transport du sel de la mer dans les terres aurait pour effet : 1" de dessaler peu à peu toutes les mers ; cependant, depuis plusieurs siècles qu'on fait des observations fiur la salure des eaux de la mer, on n'a pas remarqué qu'elle ait éprouvé la moindre diminution; 2* de répandre ce sel partout où il y a des sources; néanmoins, dans toute la France, où les sources sont innombrables et où l'on a fait de si nombreuses et profondes fouilles, on n'a encore rencontré que quatre ou cinq dépôts de sel gemme ou de terrains salîfères, tous très-peu étendus et situés dans la Franche" Comté et la Lorraine; 3° les dépôts de sel dont les eaux de la mer se seraient dégagées, soit par distillation, soit par filtration, auraient depuis longtemps obstrué tous les canaux, comblé tous les alambics souterrains, et par conséquent arrêté toutes les sources.

Les expériences de Marsigly, de Halley et de Halès, . établissent qu'une livre d'eau de la mer tient en dissolution quatre gros de sel, c'est-à-dire un trente-

deuiième de son poids; aidsi 32 livres d*eau produisant 4 livre de sel, 64 en donneront 2. Le pied

cube d'eau pesant 70 livres (on peut, poui' faciliter le calcul, corapter seulement 2 livres de sel dans ces 70 livres), chaque pied cube d'eau douce qui arrive à une source a donc déposé sous terre 2 livres dé sel ; or, s'il passe sous le pont Royal à Paris, suivant la détermination de Mariette, 288,000,000 de pieds cubes d'eau en vingt-quatre heures, cette quantité d'eau aura déposé sous terre 576,000,000 de livresde sel. Cependant, comme ceux qui soutiennent la circulation intérieure de Feau de la mer, conviennent que les pluies grossissent les eaux des rivières, on peut réduire ce produit à la moitié; Teau de la Seine laissera encore chaque jour dans les entrailles de la terre 288,000,000 de livres de sel, et nous aurons plus de 100 milliards de livres pour Tannée. Mais qu'est-ce que la Seine comparée à toutes les rivières de l'Europe, et enfin du monde entier? Quels amas prodigieux de sel aura donc formés dans les canaux souterrains la masse immense d'eau que les fleuves et les rivières déchargent dans la mer depuis taut de siècles!

En voyant tous ces auteurs et plusieurs autres imbus de systèmes si erronés sur Torigine des sources, on ne trouvera pas étonnant qu'aucun d'eux n^ait songé à rechercher les moyens de les découvrir pour les faire servir aux besoins des hommes. Prévenus que la mer envoie des cours d'eau sous tous les continents, au moyeu de canaux souterrains placés à des profondeurs effroyables et d'autant plus

profonds qu'ils sont plus éloignés de la mer; que ces eaux réduites en vapeurs s'élèvent verticalement depuis CCS canaux jusqu*à la surface du sol, ces auteurs devaient croire que pour atteindre ces cours d*eau il fallait creuser jusqu'à ces canaux, et qu'à de moindres profondeurs on ne pouvait rencontrer que des vapeurs montantes et provenant de plusieurs milliers de pieds de profondeur.

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