‹ L'art de découvrir les sourcesChapitre 14 sur 28 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

UGNIft QUB SUIVBNT LES SOUftCn 8O0S ISRRE.

Les innombrables filets et veines d'eau qui se formeai daus les montagnes et collines perméables, descendus sur les couches imperméables, ne marchent pas du tout au hasard. Us se partagent sous terre de la même manière que les eaux pluviales à la surface; en sorte que le faîte extérieur indique et suit assez exactement la ligne qui sépare les eaux souterraines. Chacun des deux versants conduit tous les petits cours d'eau qui peuvent s*y former dans le vallon vers lequel il est incliné (1). La largeur des collines étant généralement peu considérable, les filets d'eau que

(I) Le$ eouehei pUmngwt d& deux côtés vers le fond du thalweg, (Mém. géol. de M. Boué). Cette assertion» vraie âaii« le plus grand nombre de cas, souifre bien des exceptions; aussi BnfiiMi (addition à l'artuîie des tremUements de terre), n'exprime le même sentiment qn'avec restriction : L'en trouve souvent, dit-il, entre deux énunenees voisines, des couches gui descendent de la première et remontent à la seconde, après avoir traversé le valhn.

chaque moitié épanche dans son vallon sont ordi* nairement peu importants ; mais le thalweg du vaU ion, recueillant tous les filets d'eau que lui envoient les plateaux, les coteaux et les deux parties de la plaine qui forment son bassin, peut réunir un cours d'eau de quelque importance. Aussi, c'est presque toujours au fond des vallons et à leur thalwegqli'on voit les sources sortir de terre, et lorsqu'il n*y en a point d'apparentes, elles V sont cachées et coulent sous le terrain de transport. Appuyé sur [la connaissance de plusieurs milliers de fontaines naturelles que j'ai observées, et sur le grand nombre de fouilles qui ont été faites d'après mes indications, je puis donc avancer que, sauf quelques exceptions qui seront indiquées plus tard, dans chaque vallée, vallon, défilé, gorge et pli de terrain^ il y a un cours d'eau apparent ou caché. Celui qui est apparent marche à la surface du sol, parce qu'il y est soutenu par une couche imperméable ; celui qui est caché marche aussi sur une couche imperméable, mais il est recouvert d'un terrain perméable qui ne peut le soutenir à la surface du sol. Celui qui connaît bien les lois qui président aux cours d'eau apparents, peut connaître et suivre pas à pas un cours d'eau caché; car ils obéissent aux mêmes lois et se conduisent de la même manière.

Je dis que le cours d'eau qui existe dans chaque vallon est apparent ou caché : en effet, il y a des vallons qui ont un cours d'eau permanent et visible dans toute leur longueur ; d'autres où le cours d'eau ne coule qu'en temps do pluie ou peu après, et qui

800t à tec tout le reste de Tanné»; d'iutm «à ie joourt d'eau ne se manifeste que vers Torigine, parcourt extérieurement un certain espace et disparaît absolument, ou ne reparait qu'au bord de la rivière iwiine; d'autres dont la plus haute partie eatabao» hunenl sèche et qui, après un certain pareoiifi^ épanchent une ou plusieurs sources importantes qui continuent de marcher à ciel ouvert jusqu'à leurem* bouchure ; d'autres dans lesquels le cours d'eau paraît et disparaît un certain nombre de fois ; d'antres enfin dans lesqneb il ne se forme jantais aucun eewi d'eau wiUey et qui, qndqne fortes que soient les pluies, restent toujonrs à sec dans toute leur lon« gueur.

Presque tout ce qui a été dit an chapitre ti d'un eenrs d'eau visible peut s'appliquer à m eom d'een invisible; ainsi le point de départ d^m eowe d'ettt ittvisHde, ou sonrce, est tantôt dans une plage éle*

vée, sèche, peu déprimée et peu inclinée, ianUlt dans un vallon plus ou moins profondément 4îreusé eniorme decir<pie« l^wnsqa'nne source prend iwissanet dans ttpe^ai»

élefée qui se eempoie d'nn seul pli de terrain, tons

les premiers filets d'eau convergent vers un centre commun qui en occupe le point le plus bas. Si cette plage se compose de plusieurs plis de terrain, ces plis n'étant pas égaux entre^ eux» on en distingue toujours un qui part de plus loin, qui est plus pro^ fond que les autres et dans lequel chacun de ceux qui sont moins profonds \ient conduire le filet d'eau qu'il a recueilli. Àfin de se foixe une idée exacte d^

lamaiiière dont te forme une source sous ierre daiu m pli de terrain, on n*a qu'à s*y trouirer pendant

une forte pluie, et bien observer comment les eaux sauvages (i) y marchent et se réunissent pour former le courant d'eau qui s'établit momeutaiiémeui à aur&ce; on peut tenir pour certain que le petit eourad^eau permaneot et cadié se forme et marcha sous terre de la même manière» et que ses veinules et Teines suivent sous terre les mêmes lignes que les eaux superficielles (2). Hors les temps de pluie, ou peut également se représenter la formation, la mar« che^k point d# réunion des eaux pluvides, pour se iwdne eoaipte de la formation et de fjéooulffnsaat

du cours d'eau caché.

Lorsqu'une source prend naissance au bout d'un Talion qui a la forme d'un cirque, tous les filets d'e^ iplei finvdiil produire les plateaux et les coteaux fui le dominent 9 convergent à peu près comme les rayons d'un demi-cercle vers le centre de ce cirque, et ^viennent y former la source. Le point central d'un cirque est toujours au pied de la pente rapide etdAmircirculaire qui en forme les parois*

A partir du fond du pli de terrain, ou du cenlm 9u cirque, le thalweg commence à se dessinerp 1%

(1) Oa appelle eaux sauvages, celles qui ne courent tm terre que pendant les phûes, la fonte des neiges et des glaeiai

(2) Ce principe était connu de Sénèque, et toutes mes obser» «ations et expériences l'ont pleinemegtconfinaé; les cours d'eau dbsenreiit wui terre les mémei lois qae totnt : SmU et mà ta r a mmus nota nobisjura naturœ^ sed non minus tsrUiî erede infra quidguid vides supra, Seu., lib. UL Qsmi* nâdh

pente 4tt fond du vallon se radoucit, là source, qui a déjà nû certain Tolume> «uit toujours le thalweg du et marche en ligne à peu près droite. C'est ainsi que se forment et marchent les sources à la naissance de tous les valions, tant principaux que secondaires. La source qui se trouve dans le vallon iHHieipal» de distance én distance en reçoit d'autres fiM &aL moins importantes, qui lui sont amenées par les vallons secondaires et vers rembouchuve desquels elle s*in fléchit pour aller les recevoir (1). Plus la source qu'elle reçoit est importante, plus elle se détoîme drsa droite iîgne. Les pieds des escarpe^ iïMs et des eofaaux non ondulés lui fonmisseni aussi quelques filets d'eau, qui sont ordinairement faibles, et vers lesquels elle ne fait point d'inflexion pour les recevoir. ' ^ - ^t^iu;

Ocr^ saurait se film une idée du noàDibre prodîi»»

(I) C'est par suite de celle observation et de ce qui a été dit au chap. vi, sur Tinflexioa que tait un cours d'eau pour aller en recevoir nn autre lorsqu'il est important, que toutes les Ibis qu'on a mis sous mes yeux une carte de Cassini, représentant un pays que je n'avais jamais vu, j'ai pu y indiquer le point précis où chaque source importante sort de terre, le long d'une rivière ou d'un ruisseau. Sachant que toutes les fois qu'un cours d'eau permanent et visible fait un coude vers un vallon sec, qui est toujours très-exactement repré* sente sur ces cartes, j'ai annoncé, au grand étonnement de ceux qui connaissaient les localités, qu'à l'embouchure de tel vallon il y avait une source apparente ou cachée et de tel volume; car le volume d'une source est toujours proportionné à la longueur du vallon, et presque toutes les fois celte source était apparente..

giettx de sources, gpi > i ^ i n et petîles, que chaque eours, d'eau, tant sottlenralo que visiÛe, reçoit des

deux côtés dans tout son parcours, et dont personne n'a jamais soupçonné Texistence ; car chaque vallon, gorge et pli de terrain lui en amène une. Tout réduit mémo qui iMrme un petit angle rentrant ou un demi-cercle au pied d'un escarpement dont h hase limite la basse plaine, recèle d'ordinaire uné source ; cela arrive indubitablement toutes les fois qu'on iroit| sur le plateau qui domine ce réduit, un vallon ou même une série de hétoiras qui se dirigent en droite ligne vers ce réduit.

Toutes les fois que le terrain dont se compose le fond d'un vallon est assez solide pour que, pendant les grosses pluies, il puisse se former un cours d'eau à la sur&ce, le cours d'eau souterrain et permanent suit assez exactement , la même ligne que le cours d'eau superficiel et momentané, partout où les hases des deux coteaux sont contiguës. Cela arrive encore dans les plaines, lorsque les deux pentes latérales sont inclinées vers le canal du coursd'eau temporaire.

Cependant cette concordance des deux cours d'eau, . marchant l'un sur l'autre pendant les pluies, est souvent dérangée 1* par la stratification des coteaux, 2" par les travaux faits de main d'homme ; 3" par les cours d'eau visibles livrés à eux-mêmes dans les plaiaes. C'est ici que i'hydroscope doit être attentif*

V Le thalweg visible ne concorde pas avec le thalweg invisible lorsque les rochers, qui composent les deux coteaux, sont à stralification concordante,

et que les assises du coteau à pente douce vont plonger sous les assises du coteau opposé, qui est le plus rapide. Dans ce cas, le cours d'eau passe au pied du coteau le plus rapide, et quelquefois même, quoique assez rarement, il abandonne le thalweg que forment les deux coteaux et va marcher sous les strates du coteau le plus rapide. Cette déviation se continue tantôt sur une partie, tantôt sur toute la longueur du vallon. Aussi voit-on quelquefois ce cours d'eau sortir de terre au bord de la rivière, non vis-à-vis le milieu du vallon qui l'a conduit, mais il s'épanche au pied d'un escarpement, tantôt en amont de l'embouchure du vallon, tantôt en aval, selon que la stratification des deux coteaux est inclinée d'un côté ou de l'autre. D'autres fois, le cours d'eau ainsi dévié s'épanche des flancs du coteau le plus rapide, et même au-dessus du niveau que forme le terrain alluvien du vallon; et celui qui ne remarquerait pas qu'il y est conduit par la stratification concordante des deux coteaux, croirait qu'il provient du cœur de la colline d'où il sort.

2** On remarque très-souvent dans les vallons secs que certains propriétaires, pour réunir deux champs qui étaient séparés par un ruisseau qui ne coule que momentanément ou temporairement, ont comblé .son canal et lui en ont creusé un nouveau plus ou moins éloigné du véritable; d'autres, pour économiser le terrain, au lieu du lit sinueux que suivait le ruisseau, lui en ont creusé un autre en ligne droite; d'autres ont déplacé insensiblement le lit de ce ruisseau, eu construisant des dignes le long de leurs

propriétés, et faisant <2i»Tû4er peu à peu les bei^ de la rive opposée.

â* Dans les plaines^ les ruisseaux xoomentanés «| ItniporaireBi lonqiiîik sont livrés à mor ménee, fiirnent, pendant les orages, detatterriaaenmtslelong de leurs bords qu'ils exhaussent peu à peu, et lorsque, après un certain temps, leur canal se trouve {ikis éie\é que le reste de la plaine et placé mt une #q^ce 4e faite, iUrabandosiient powr sHejt iilm farmer un j^hIm dans la partie la plus baai#«<

cours à^eau senterrainy n'étant jamaisdérangé par les travaux des hommes, ni par les atterrissements qui ont lieu à la surface du sol, suit toujours , le vrai thalweg, et le ruisseau qui ceu)^teniporair0# Mnl àlasurfiiee ne peut, dans aucun de ces cas, servir de ^uide pour connaître la ligne que suit le cours d'eau souterrain; on est donc obligé alors de chercher les traces de l'ancien canal, supposé que la culture ou les aiterrisements ne raient pas «Btièremeut ettMé, ou de recourir loa nu^fens suivants:

Toutes les lais que Ton reconnaît que, dans l'endroit où Ton veut creuser pour trouver Teau, le thalv^eg visible est en désaccord avec le thalweg invisible, ce qui n^arrive que dans les parties des vallons qui sont en plaine, il fiuit observer attentiv^nent les deux plans inclinés que forment les deux osteaux opposés, et savoir que le cours d'eau suit sous terre leur ligne d'intersection ; ainsi, si la pente des deux coteaux est égale, le cours d'eau souterrain maache à égale distance des deux lignes cétiéres ; si la pente

des éeux coteaux est inégale , par exemple, si Jfr

pente de Tun est double de la pente de l'autre, le cours d'eau souterrain sera au quart de la distance 4u'il y a entre sa ligne côtière ei kt ligne côtière du second. Si Tun des deux coteaux est un escarpe- « ment, le cours d*eau souterrain ^sse à sa base.

Le thalweg souterrain est encore indiqué par des épanchements d*eau temporaires : en beaucoup d*en- * droits, il sort sur la ligne du tiialweg, et toujours dans des rochers, un com d'eau chaque fois qu'il liteilt èfl0^éra)»leme^ dans tfautea, des pluies peu dtoudàBtes Ou de peu- de durée déterminent la • même éruption. Ce cours d'eau ne s'épanche hors de terre cha^yiefois qu'il pleut que parce que son volume ordinaire est augmenté, et que son conduit së trouve alors insuffisant pour lui donner passage* Toute la partie du cours d*eau qui ne peut pas passer par ce conduit s'épanche au dehors pendant les pluies et même quelque peu de temps après. Dans certains endroits, cette éruption a iièu par un boyau ou conduit vertical qui reste toujours ouvert ; dans d'autres, l*eau s'élève à travers les pierrailles ou le terrain détritique, qui cache l'ouverture du rocher par où elle s'échappe. On n'a donc, en creusant, qu'à suivre ce boyau pour être assuré de trouver le cours d*eau permanent, et le plus souvent à une faible profoiâeur, à moins qu'il ne soit un de ceux qui ne «Tiennent pas d'assez loin, ou qui, à raison delà trop gfande pente de leur canal, ne coulent que lors de chaque plyie et sont bientôt épuisés.

Ainsi dans tout vallon sec, long'de quelques cen«

laines de mètres, à fond rocheux ou couvert de (erre

de transport, peu ou fort profond, large ou étroit, il y a un cours d'eau qui suit son thalweg souterrain, et Ton peut, à peu près partout, connaître exacte • ment la ligne droite ou tortueuse qu'il décrit.

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