‹ L'art de diner en ville à l'usage des gens de lettresChapitre 16 sur 24 · G013LU · texte numérisé non relu

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Goulu mourant par faute de manger, Maître. Clément lui dit, prenant sa main :

Le mal empire, et grand est le danger Si pain n'avez. Las ! je n'ai point de pain.

Répond Goulu. Vous mourrez donc de faim.

Car Hypocras, prince de nos écoles.

En ses records tient cela pour certain.

Lors en pleurant Goulu dit ces paroles :

Je vois bien que ne puis guérir, Dont il me fâche durement.

Physiciens me font mourir Par breuvage et par lavement.

Las ! j'en ai pris si largement Que j'en ai gftté mes affaires.

Adieu vous dis, mattre Clément :

Bran de vous et de vos ciystères.

Mon testament écrire me convient, Âins que descendre au manoir Proserpine; Je vais au lieu d'où nulli ne revient :

Car mort me mord et famine me mine.

Mon maigre corps je laisse à la vermine :

Elle en pourra jeûner les vendredis ; Pour mon esprit , qu'il aille à la cuisine :

Car c'était là qu'était son paradis.

Je donne au gueux qui court au cours Dans un petit panier clisse Mon bidet , qui fait mille tours , Et pour Paris est bien dressé ; Il va sans bride et déchaussé ; Vieille natte est sa nourriture.

Un Requiescai in pace \ Lui serait fort bonne aventure.

Hé! le pauvret, quand midi s'approchait.

Qu'il a souffert de coups sans se fâcher !

Car le chétif souventes fois clochait « Et pour moi seul s'efforçait de marcher.

Plus ne voudra se laisser affourcher.

Ce Bucéphal dont je fus l'Alexandre.

S'il ne le veut, qu'on le fasse écorcher, Et puis sa peau dessus ma tombe étendre.

Le drap qui la nuit me couvrait

Quand mon cheval se reposait ; Où souvent mon valet ouvrait, Qui maintes pièces y cousait.

Autrefois neuf tant me plaisait.

Et tout vieux m'est si nécessaire, Que jVdonne , s*il y duisait, Qu^on m'en fasse un drap mortuaire.

Je donne et lègue à Glopin , mon valet.

Quoiqu'il ne m'ait de tout point décrotté , Mon vieux mouchoir et mon large collet; Chemise non , ce n'est ma volonté.

Or, si Clopin dit que c'est chicheté , Je lui réponds que bien fort il s'abuse :

Qu'onques au dos chemise n'ai porté.

A votre avis n'est-ce pas bonne excuse ?

Item il aura mon chapeau ,

Qui nuit ni jour ne m'a quitté

Depuis qu'étais sous le drapeau

D'Ignace et sa société.

Ce chapeau peut être porté ,

Pourvu que de son bord l'on coupe ,

Si audum : car rhumidité

Le rend ivre comme une soupe.

Mais s'il voulait en faire un parasol.

Point ne faudrait de son grand bord rogner.

Il le vendrait du moins cinq fois an sol, Pourvu qu'il sût surfaire ou barguigner.

Sur mon collet, moult propre à se peigner, Collet cachant le dos et la fourcelle, Le bon Clopin peut encore gagner En Ifi vendant pour peignoir à dentelle.

lis LE PARASITE

** Au plus pauvre des écoliers.

Afin qu'il se puisse chausser, Je laisse mes deux vieux souliers :

Aussi bien m'allaient-ils laisser, ils sont, par trop rapetasser.

Comme Argo , la vieille nacelle , Qu'on fil tant de fois rapiécer.

Qu'on ne sût plus si c'était elle.

Ma sotane est pour maître Aliboron :

Car la sotane à sot ftne appartient.

Tant eut de coups d'épingle et d'éperon.

Que je ne sais comme elle se soutient, Fil noir et blanc les morceaux en retient.

Et entretient en amitié parfaite :

Car cet habit plus de pièces contient Qu'Un capucin n'en coud à sa jaquette.

Pour Janotus, mon vieil ami.

Sera mon gentil braquemart; Puis encor Theca calami, Qu'indoctes nomment Calemart. Dedans n'a plumes ni plumart.

Mais brochette et fine lardoire ; Le cornet en est plein de lard :

C'est une joyeuse écritoire.

Mattre Martin aura mon grand manteau.

Que manie à eau j'étymologisais.

C'est bien raison qu'il ait part au gâteau :

Car dessus tous grandement le prisais.

Je donne encor mon coutelet pergois A dame Alix , reine des mamelues.

En la payant de ce que je lui dois Pour deux litrons de châtaignes boulues.

HORHON. il3

Pour mes écrits in utroque , Un quidam les a blasonnez , Rt par glose s'en est moqué ; Mais, pour lui faire un pied de nez .

Aux halles je les ai donnés ; Où ma prose , qu'il a bernée.

Et mes vers , seront couronnés D'épinards verts toute Tannée.

Bien aimeraient poursuivants d'Apollon , Qu'à chacun d'eux je disse en mourant : Tien ! Hélas! ils m'ont joué comme un ballon; Ils m'ont banni de chez les gens de bien ; Ils m'ont traité comme on fait un vieux chien ; Us m'ont chassé partout des bonnes tables :

Pour m'en venger je ne leur donne rien , Mais je les donne à tous les mille diables !

ephaphes.

Ici bout qui durant sa vie De se remplir eut tant d'envie ; Passant, son destin est si fort Qu'on le remplit même en sa mort.

Toi qui vois qu'on remplit cette marmite d'eau. D'un ivrogne parfait le corps et le tombeau , Le Ciel ici te donne une leçon bien ample ; Tes jours, comme les siens, doivent prendre leur Apprends donc par ce bel exemple [fin :

Que l'on met tôt ou tard de Teau dedans son vin.

VArt de iHner envoie.

Ici gît qui pouvait vivre bien davantage ; Mai» la mort , dédaignant de mesurer son âge ,

Compta combien il avait bu ,

El crut qu'il avait trop vécu.

Ci gtt qui ne mangea ni but Qu'une seule fois en sa vie ; merveille digne d'envie !

Gomor but et mangea tout le temps qu'il vécut.

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