‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 106 sur 176 · IMon, édit · texte numérisé non relu

IMon, édit

nul changement nouveau. (Avec une certaine vivacité :) Chaque minute qui s'écoulait ranimait mon espérance, et je révoquais en doute les présages d'un art mensonger. (Promptement :) Tout à coup Ellénore s'élança par un mouvement subit; je la retins dans mes bras :(moinsvite:)un tremblement convulsif agitait son corps ; ses yeux me cherchaient, mais dans ses yeux se peignait un effroi vague, comme si elle eût demandé grâce à quelque objet menaçant qui se dérobait à mes regards ; (plus vite :) elle se relevait, elle retombait, on voyait qu'elle s'efforçait de fuir; on eût dit qu'elle luttait contre une puissance physique invisible, qui, lassée d'attendre le moment funeste, l'avait saisie (moins vite :) et la retenait pour l'achever sur ce lit de mort. (Promptement:) Elle céda enûn à l'acharnement de la nature ennemie; ses membres s'affaissèrent; (avec de plus en plus de lenteur:) elle sembla reprendre quelque connaissance : elle me serra la main; elle voulut pleurer, il n'y avait plus de larmes ; elle voulut parler, il n'y avait plus de voix : elle laissa tomber, comme résignée, sa tête sur le bras qui l'appuyait; sa respiration devint plus lente : (moins lentement:) quelques instants après, elle n'était plus.

Mais c'est surtout dans Molière qu'il convient d'étudier le mouvement. En grand homme de théâtre, il anime admirablement ses œuvres. Voyez, par exemple, la diversité du mouvement dans la scène entre Trissotin et Vadius {les Femmes savantes, acte III, scène v).

Nous n'avons indiqué que des variations principales du mouvement; mais, d'une façon plus ou moins sensible, il change à tout instant.

Vous devinez d'ailleurs que l'importance des mots influe sur le mouvement à leur donner, quelle que soit la nature du sentiment qu'ils expriment. Nous compléterons cette étude au chapitre de la Valeur.

En traitant de la ponctuation, nous avons montré les endroits où Ton doit, au point de vue syntaxique, plus ou moins s'arrêter : nous n'avons pas considéré les pauses au point de vue expressif.

La ponctuation syntaxique et la ponctuation expressive s'accordent en ce sens qu'aucune pause ne doit se produire que n'autorise la logique grammaticale; mais la durée de la pause dépend toujours de l'expression, sans dépendre toujours (loin de là) de la grammaire.

Très souvent, on lirait on ne peut plus mal en se fiant aux grammairiens qui prétendent que « la virgule indique la moindre de toutes les pauses, une pause presque insensible »; que « le point-virgule marque une pause plus forte que la virgule »; que « les deux points expriment un repos encore plus considérable que le point-virgule » *, et que le point ordonne le repos le plus long. Tout cela peut être vrai ou peut être faux, selon l'expression, qui toujours régit le mouvement.

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