LA RESPIRATION
que c'est seulement dans cette respiration que le diaphragme s'abaisse, par suite du soulèvement de la paroi du ventre.
Or, la géométrie démontre que rallongement du diamètre vertical d'un cône (les poumons réunis forment, n'est-ce pas? une sorte de cône tronqué) augmente beaucoup plus le volume de ce corps qu'un même allongement de n'importe quel diamètre transversal.
Donc, la respiration abdominale amplifie beaucoup plus le thorax. Elle l'amplifie et par l'abaissement du diaphragme et, — comme les autres respirations, bien qu'à un 1res faible degré pour la région supérieure, — par le soulèvement des côtes.
Un appareil existe, le spiromètre, où nous n'avons qu'à projeter notre expiration pour que, sur le cadran ou l'échelle, nous apparaisse notre capacité respiratoire. Respirons des trois façons, et le spiromètre nous indiquera combien le mode abdominal rend cette capacité supérieure.
Reste à savoir si ce type de respiration fatigue les organes qu'il met en jeu. Pour répondre affirmativement, il faudrait ne pas se rendre compte avec quelle facilité s'abaisse le souple diaphragme et s'écartent les côtes inférieures, que leur cartilage ne soude pas au sternum. Tandis que, dans la respiration claviculaire, il s'agit de soulever toute une construction osseuse, et que certains muscles qui opèrent au sommet font obstacle à la circulation du sang. D'où le visage parfois congestionné des actrices qui respirent ainsi.
La respiration abdominale peut, il est vrai, fatiguer l'estomac par la pression du diaphragme contre ce
viscère. Aussi vaut-il mieux ne parler à haute voix qu'après la digestion.
Nous venons de donner Topinion du docteur Garnault et d'autres spécialistes. D'après eux, les femmes n'ont renoncé à la respiration diaphragmatique, celle de tout être humain pendant l'enfance, que parce qu'elles subissent plus ou moins l'emprisonnement du corset. Ce serait à M. de Curel de nous dire si sa « fille sauvage » respirait abdominalement avant dé s'être pliée aux modes européennes....
Il faut bien constater que, naturel ou non, le mode respiratoire féminin est ordinairement costal, souvent même costo-supérieur. Des physiologistes attribuent cette respiration à la constitution même de la femme adulte.
La prudence nous semble conseiller à la femme de n'adopter le type abdominal que si elle ne s'en trouve incommodée d'aucune façon. Quant à le lui interdire, il faudrait savoir s'il nuit généralement à la santé des actrices qui en ont pris l'habitude.
Aussi bien ce mode s'accomplit-il plus ou moins avec le concours des côtes. Nous pensons même, — et nous avons pour nous l'avis de M. G. Kumlien, le directeur du gymnase Ling, à Paris, — qu'il convient parfois de recourir franchement au type abdominocostal.
D'autre part, la respiration nettement costafle a ses défenseurs. C'est, paraît-il, celle de M. Jean de Reské. « Elle permet, dit le docteur Joal (du Mont- Dore), d'emmagasiner un plus grand volume d'air. Elle porte sur l'ensemble de la cavité thoracique, répartit le travail total sur un plus grand nombre d'agents, d'où résistance plus grande à la fatigue. »