LE VOLUME VOCAL
Je sais que vous avez trop de bénignité
Et que vous ferez grâce à ma témérité ;
Que vous m'excuserez sur Thumaine faiblesse
Des violents transports d'un amour qui vous blesse,
Et considérerez, en regardant votre air,
Que Ton n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair.
5** Dans les pièces réalistes, — j'entends celles où l'auteur a constamment le souci de la vérité, — il faut toujours parler bas quand la situation le veut. Dans le drame romantique, par exemple, on est plus libre. Quand le déploiement de voix, motivé par le sentiment, peut impressionner, il est permis d'y recourir. Il convient même d'y recourir, puisque l'auteur, désireux surtout d'émouvoir, se contente de la vérité conventionnelle.
Un brigand s'introduit, la nuit, dans le palais d'un duc, chez, la jeune fiancée d'un vieux duc. Par une prudence élémentaire, il devrait parler bas. Mais combien perdraient de leur puissance les tirades de Hernani à dona Soll
Ruy Gomez, le duc, survient. Il se trouve en présence non seulement d'un inconnu, mais d'un autre, car don Carlos a surgi d'une armoire. Le roi sait rassurer son féal sujet, qui le loge. Une fois seul, Hernani se parle à lui-même. Au moins devrait-il le faire à voix basse, car personne n'a quitté le palais. Eh bieni non, pour produire l'effet qu'elle doit produire, la fameuse tirade : « Oui, de ta suite, ô roi!... » réclame des intensités vocales.
Mais l'interprète doit, selon nous, en user le moins possible; dans tout ce premier acte, il doit, en baissant la voix de temps à autre, rappeler ce qu'il y a de clandestin dans ce rôle d'amant et de bandit.
6° Le volume augmente dans Timitalion du bruit. Le volume expressif pourrait porter ici le nom d'imitatif. '
11 faut rendre vocaleraent ce crescendo de Notre- Dame de Paris :
Prêtez donc Foreille à ce tutti des clochers ; répandez sur Tensemble le murmure d'un demi-million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les souffles inflnis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses bufTets d'orgue; éteignez-y, ainsi que dans une demi-teinte, tout ce que le carillon central aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde quelque chose de plus riche, de plus joyeux, dé plus doré, de plus éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries ; que cette fournaise de musique; que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des flûtes de pierre hautes de trois cents pieds; que cette cité qui n'est plus qu'un orchestre; que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête.
1^ Dans Temportement, dans l'enthousiasme, dans tous les sentiments impétueux, la voix généralement se déploie.
Tantôt elle reste forte au cours de phrases entières, de séries de phrases ; tantôt elle éclate sur un mot et, tout de suite après, s'affaiblit.
Utile dans la comédie, la voix forte convient surtout au drame, à la tragédie. Mais la voix basse produit aussi de grands effets tragiques, dans la terreur, dans la honte, dans certaines afflictions. Parfois même il convient d'employer la voix aphone. L'exaspération elle-même ne réclame pas toujours, ne permet pas toujours l'éclat de voix. Une profonde erreur serait de croire -qu'Oreste doit hurler ses fureurs du premier mot jusqu'au dernier.