‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 151 sur 176 · CATÉGORIES DE GESTES · texte numérisé non relu

CATÉGORIES DE GESTES

Avant tout, classons les gestes.

1<* Le geste de sensation : cligner les yeux devant un trop vif éclat; baisser les paupières, dodeliner de la tête, sous Tinfluence du sommeil; frissonner, trembler de froid ; s'étirer dans la fatigue ; se palper une partie du corps endolorie; épanouir les traits dans le bien-être physique; crisper les doigts dans la souffrance; etc. C'est le geste le plus inconscient.

2*^ Le geste d'action : saisir, transporter, lâcher un objet, un être; se livrer à une tâche, à un exercice quelconque; aller, venir machinalement, manger, se coucher, — en résumé, accomplir toute une mimique nécessaire à l'action proprement dite.

B"* Le geste de sentiment : dans l'amour extatique, les sourcils hauts, les yeux grands ouverts comme pour se remplir de l'image adorée, la bouche entr'ouverte, un peu relevée, une douceur de caresse à tous les traits, une pure clarté rayonnant de tout le visage ; dans la haine sauvage, les sourcils froncés, le front creusé verticalement, les yeux fulgurants, les narines dilatées, les copimissures de la bouche très écartées l'une de l'autre, les dents inférieures devant les supérieures, de l'animalité sur toute la face; etc.

4° Le geste d'indication : les yeux, la tête, le bras, l'index dirigés vers l'objet désigné; etc. C'est le geste de ridée.

^° Le geste d'imitation : branler la tête comme un vieillard, exécuter hors de l'eau des mouvements de natation; etc.

L'acteur Garrick était un merveilleux imitateur. « On raconte — dit Esquiros dans V Angleterre et la Vie anglaise — que Hogarth et Garrick, étant un jour assis en tète en tête dans une taverne de Londres, exprimaient entre eux le regret que Ton n'eût point un portrait de Fielding. « Je pense, dit Garrick, que « je pourrais imiter sa figure », et il se mit aussitôt à faire son ancien ami. « David, s'écria Hogarth, au « nom du ciel, ne bouge pas; reste comme tu es là « pendant quelques minutes », et Tartiste, saisissant son crayon, dessina le croquis du seul portrait de Fielding, — celui qui figure en tète de la plupart des éditions de Tom Jones. »

Rassurez-vous : je ne vous demande pas de tels prodiges. Nous n'étudierons même que deux sortes de gestes : les gestes de sentiment et les gestes d'indication, les seuls constamment utiles au diseur, à l'orateur.

Commençons par les gestes indicatifs, plus simples, moins nombreux.

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