‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 4 sur 176 · IMPORTANCE DE LA DICTION · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DE LA DICTION

constances plus ou moins fortuites engagent à parler devant quelque assemblée. Autant dire que tout le monde peut y trouver profit, tout le monde pouvant être amené à prendre la parole en public.

Que d'occasions, que de nécessités en notre époque de démocratie et de complet examen 1 Nous n'avons jamais été si nombreux à sentir le devoir d'apprendre à autrui ce que nos travaux spéciaux nous ont permis de savoir. Les penseurs éprouvent de plus en plus le besoin de propager leurs idées. Les Universités populaires ont à elles seules considérablement augmenté le nombre des conférences.

Étudions la diction afin de bien parler. Parler, n'est-ce pas une des fonctions que nous accomplissons le plus souvent? Pourquoi négliger de la bien accomplir, alors même que nous n'avons qu'un seul auditeur? En admettant que nous n'ayons aucun intérêt matériel ou moral à le convaincre, à gagner sa sympathie, ne devons-nous pas lui épargner des efforts d'attention, une impression plus ou moins pénible? Et que prouve contre la bonne diction le fait que tels hommes éminents bredouillent? S'ils sont grossiers, que prouve leur génie contre la politesse?

Étudions la diction afin de bien lire. La lecture à haute voix est une excellente façon d'employer les heures familiales. On introduit ainsi chez soi, comme amis de la maison, les poètes, les philosophes, les romanciers, les historiens. A tous ces charmeurs, d'aucuns préfèrent les musiciens. Comprenons cette préférence; mais constatons qu'il faut des années d'études pour acquérir l'habileté sans laquelle toute opération sur le violon, sur le piano, peut être autre chose qu'un régal pour les auditeurs. Tandis que la

diction est relativement facile... du moins ce qu'il en faut pour lire clairement, pour communiquer en partie les sensations de beauté que Ton éprouve.

Et pourquoi, de temps à autre, ne pas agrandir son auditoire? Pourquoi ne pas lire au peuple, si privé de nourriture intellectuelle et morale, les chefs-d'œuvre qu'il peut comprendre? C'est ce qui se fait à Paris, dans plusieurs arrondissements; c'est ce qui commence en province. Il y a beaucoup à espérer de cette œuvre, à laquelle se consacre ardemment le poète éducateur Maurice Bouchor.

Voici en quoi consistent les lectures populaires.

Il s'agit d'aVoir une salle et, à un bout, une estrade. Cette salle, on la trouve dans une école, dans une mairie. Tel maire intelligent et de bonne volonté accorde le théâtre de la ville. On est quelques lecteurs hommes et femmes. Au besoin, on se passerait de femmes... ce qui serait disgracieux. Il faut, du moins, se passer de décors, de costumes spéciaux et, autant que possible, d'accessoires. Chacun, debout, parfois assis, lit son rôle. On gesticule comme on peut. On joue si l'on sait jouer.

On supprime tout ce qui, étant donnés les moyens dont on dispose et le public auquel on s'adresse, ne saurait être représenté ou manquerait d'intérêt ou de convenance. Une causerie explicative, s'il y a plusieurs actes, accompagne la pièce. L'entrée de la salle est gratuite.

Et voilà en partie réalisé ce fameux Théâtre populaire qui nous est depuis longtemps promis. Voilà commenl on interprète de belles pièces de tout genre, de touU époque, françaises ou traduites de langues étran* gères, avant ou après lesquelles on lit ou récite dd

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